Le 18 novembre dernier, l’Observatoire de la Fintech a présenté les conclusions du rapport « 2025, les rapprochements changent la donne – Retour sur 10 années d’opérations M&A dans la Fintech », conçu en collaboration avec Morgan Lewis. Avec plusieurs constats. D’abord, le marché est dynamique : plus d’une cinquantaine d’opérations par an depuis 2022, soit environ une opération par semaine, alors qu’il y en avait une par mois en 2020. Ensuite, toutes les verticales sont désormais concernées. Jusqu’à fin 2021, les opérations concernaient principalement le secteur des paiements et, dans une moindre mesure, celui des néobanques.
Un mouvement généralisé
À partir de 2022, tous les secteurs sont impliqués : paiement, financement, assurtech, regtech... Même si le domaine des services aux entreprises est devenu le principal secteur concerné au cours des dernières années. Enfin, 43 % des opérations sont désormais portées par d’autres fintechs. 20 % des acquéreurs sont des éditeurs de logiciels, qui ont initié un mouvement de rattrapage en matière d’innovation en élargissant leurs capacités via des acquisitions ciblées. Les acteurs traditionnels, banques et assureurs, les plus actifs en première partie de cycle, viennent désormais en troisième position avec environ 14 %. Ces acteurs sont désormais plus sélectifs et, pour certains, n’hésitent pas à revendre certaines fintechs précédemment acquises. Dans le détail, les acquéreurs sont principalement français (près de 80 %). Toutefois, la part d’acquéreurs étrangers est en augmentation ces dernières années, les acquéreurs américains prenant la deuxième place, avec 5,6 %.
Les effets du ralentissement
des levées
Le secteur des fintechs a atteint une nouvelle étape de maturité. Après une phase d’expansion dynamique, l’heure est à la rationalisation et à la consolidation (voir encadré), d’autant que les levées de fonds sur ce marché se sont nettement contractées à compter de 2023, à l’instar de la plupart des autres marchés, en comparaison avec le pic enregistré en 2021 et 2022. Les fusions-acquisitions jouent ainsi un rôle de plus en plus crucial, soit comme outil de croissance et d’acquisition de technologies, soit comme moyen de pérennité pour certaines entreprises qui ne sont plus en position de lever des fonds pour assurer leur développement.
Cette étude est l’occasion de faire le point sur certaines dynamiques comme le développement de start-up studios au sein de certaines banques et compagnies d’assurance. S’ils ont pour vocation première de constituer un vivier d’innovation, ces start-up studios offrent également un moyen d’attirer des fondateurs de fintechs en croissance souhaitant s’adosser à un groupe de plus grande envergure, afin de poursuivre leur développement dans un cadre plus structuré tout en conservant une réelle autonomie. À noter aussi, la disparition progressive des acteurs de niches. Le mouvement de consolidation actuellement à l’œuvre fait émerger des acteurs de plus en plus généralistes, notamment dans les services, laissant présager une raréfaction progressive des acteurs spécialisés.
Des acteurs bientôt paneuropéens
Autre constat : le marché a atteint un véritable niveau de maturité. L’augmentation du nombre d’acteurs rentables est susceptible d’attiser l’intérêt des fonds de private equity, alors que ces derniers ne se classent pour l’instant qu’en quatrième position dans la typologie des acquéreurs. Enfin, il faut s’interroger l’internationalisation des acteurs : elle pourrait être facilitée à l’échelle européenne par l’harmonisation des règles applicables sur certains segments sur lesquels les fintechs évoluent. Avec cette question : certaines fintechs arriveront-elles à réussir là où les banques n’ont pas forcément réussi, c’est-à-dire devenir des acteurs pleinement paneuropéens ?