Les infrastructures rencontrent toujours l’intérêt des banques

Créé le

06.01.2023

-

Mis à jour le

23.01.2023

Si l’univers crypto multiplie les crises, les infrastructures sous-jacentes restent très prometteuses. Les banques, en particulier dans
les métiers du financement
et de l’investissement, multiplient les projets
sur les marchés de capitaux.

L’année 2022 restera certainement dans les annales de la finance comme celle durant laquelle « l’hiver des cryptos » a commencé. Après l’accentuation de la chute des monnaies numériques, qui a débuté en 2021, l’effondrement des ventes de NFT et d’un écosystème entier autour de la crypto Luna (Terra) et, in fine, la faillite frauduleuse de FTX, le retour en grâce de ce secteur semble a priori bien éloigné. Pourtant, la plupart des grands acteurs bancaires continuent de s’y intéresser. Ainsi, la banque américaine Goldman Sachs a-t-elle indiqué, début décembre, vouloir acquérir des entreprises du secteur. En France, le gestionnaire de patrimoine Nortia a annoncé au mois de novembre un partenariat avec Coinhouse, principale plateforme d’échanges hexagonale, peu de temps après la suspension par cette dernière des transactions sur son livret en crypto. Et les exemples se multiplient.

Cette situation n’est pas si paradoxale. En effet, ces dernières années, les banques se sont peu positionnées sur les transactions en crypto, à quelques exceptions près, comme Delubac. Elles ont systématiquement privilégié les infrastructures sous-jacentes. « Il faut distinguer l’univers des cryptos, pour lequel les avancées sont encore très timides dans la finance traditionnelle, de la technologie blockchain, qui intéresse la plupart des banques », confirme Maximilien Nayaradou, directeur général de Finance Innovation.

Pour les acteurs traditionnels, les risques associés au trading sur crypto sont en effet trop importants, a fortiori s’il s’adresse à un public non averti. « Les risques et litiges peuvent être nombreux notamment dans le cadre des transactions sur les cryptomonnaies réalisées par le grand public. Avant de démarrer une activité de trading, les banques vont devoir adapter leur système de contrôle des risques à cet univers. Elles favorisent ainsi plutôt des initiatives autour des services dans le domaine du B2B à destination d’entreprises et/ou d’investisseurs institutionnels », explique Jean-Christophe Liaubet, associé du cabinet de conseil et de développement numérique Fabernovel.

De la tradition à la « tokenisation »

Les principaux cas d’usage sur lesquels les banques ont avancé se situent ainsi plutôt dans les métiers traditionnels, par exemple en s’appuyant sur la technique des registres distribués (DLT) ou blockchain pour améliorer le financement des entreprises et plus généralement celui des acteurs économiques. Le financement prend alors la forme d’un jeton (token), représentation numérique d’un actif (action, obligation, immobilier, matière première, art, etc.) ou d’une part de fonds sur une blockchain. Selon Emilija Kostoska, consultante senior chez Periclès Consulting, les avantages de la tokenisation sont multiples : « Souscriptions simplifiées, faibles coûts de transactions, règlement-livraison plus rapide voire une liquidité plus importante... »

Les banques se sont donc emparées de ce sujet et mènent des projets à la fois dans les activités de tenue de compte et de conservation et dans les métiers de la banque de financement et d’investissement. « Un grand nombre de banques sont en train d’explorer les opportunités dans la tokenisation d’actifs (obligations, immobilier) et la conservation des actifs numériques. Les acteurs anglo-saxons, tels que JP Morgan et sa plateforme Onyx, ont une longueur d’avance mais les acteurs français réagissent. C’est le cas notamment de BNP Paribas et de Société Générale », explique Jean-Christophe Liaubet. Pour ces dernières, il ne s’agit pas moins que de prendre part à une véritable révolution !

« L’utilisation de la blockchain porte en germe une révolution copernicienne pour les marchés financiers, à l’image de ce qui s’était passé dans les années 1980 avec le big bang et l’électronification des marchés », souligne Didier Lallemand, directeur général de SG Ventures au sein du groupe Société Générale. La banque travaille ainsi de longue date sur ces sujets (voir encadré). « Cette technologie peut être utilisée afin d’assurer l’émission de titres, leur négociation et leur conservation. Le règlement-livraison est mis en œuvre de façon immédiate alors qu’il prend généralement entre 24 et 48 heures. Les coûts sont amoindris, à titre d’exemple, il n’est plus nécessaire de procéder à différentes réconciliations entre intermédiaires puisque l’accès à l’information est le même pour tous les opérateurs sur la blockchain. Enfin, elle permet une distribution à l’international des titres émis auprès d’un panel d’investisseurs beaucoup plus large », énumère Didier Lallemand.

Les premiers pas dans l’obligataire

Ces derniers mois, de nombreuses expérimentations ont été menées dans l’univers obligataire afin de tester et de préciser les modalités opérationnelles de ces émissions « tokenisées ». L’été dernier, BNP Paribas a structuré et distribué une obligation numérisée destinée à financer un projet d’énergie renouvelable dans le solaire porté par EDF, via sa filiale EDF-ENR.

Pour la banque, c’est une première, qui lui a permis de tester l’interopérabilité entre blockchain et systèmes traditionnels. L’obligation tokenisée a pu être facilement transformée en une obligation au format traditionnel dans les 48 heures suivant son émission. Outre les facilités opérationnelles, la blockchain constitue dans ce cadre l’occasion d’ouvrir un nouveau marché. « Près de la moitié des besoins de financement dans les énergies renouvelables proviendront de projets de petits montants, qui rencontrent aujourd’hui des difficultés à trouver des financements de manière efficace », a déclaré la banque lors de l’émission.

D’autres banques européennes ont suivi et réalisé des émissions obligataires. La BEI (Banque Européenne d’Investissement) a collaboré avec Goldman Sachs, Santander et la Société Générale pour l’émission d’un titre syndiqué en octobre. Il a ensuite été admis parmi les titres cotés à la Bourse du Luxembourg. La banque suisse UBS a annoncé pour sa part, en novembre, l’émission d’une obligation numérique qui, cette fois, s’est échangée simultanément sur une blockchain publique et sur un marché réglementé. Grâce à ces initiatives, ces acteurs contribuent au vaste chantier de la numérisation des marchés de capitaux.

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Les partenariats indispensables pour investir le Web3

La plupart des banques collaborent entre elles ou mettent en place des partenariats pour investir le Web3. À ce titre, BNP Paribas annonçait l’été dernier un partenariat avec JP Morgan et plus précisément sa division Onyx Digital Assets sur des opérations de repo.

Autre exemple, la Société Générale collabore avec des fintechs et a créé un département dédié, auquel elle laisse les mêmes libertés d’action qu’à une start-up. « Nous avons constitué une équipe qui a agi au sein de la banque comme une véritable start-up et nous lui avons donné les moyens de développer des projets à titre expérimental, tout en s’appuyant sur différentes expertises du Groupe », explique Didier Lallemand, directeur général de SG Ventures au sein du groupe Société Générale. Pour certains projets, les équipes de la Société Générale s’appuient sur des fintechs. « Grâce à notre partenariat avec Metaco, par exemple, nous disposons de la technologie pour sécuriser les clefs des actifs numériques de nos clients et donc réaliser la conservation de ces actifs (des securities token notamment). Nous collaborons aussi avec une plateforme d’échanges, Kraken, pour fournir une tenue de registre à notre client Arquant Capital. Pour aller vite dans nos développements, nous recourons parfois à des technologies élaborées par des experts extérieurs à la banque », conclut-il.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº877