Les cryptos, grandes gagnantes des élections américaines ?

Créé le

22.10.2024

-

Mis à jour le

05.11.2024

Ils étaient honnis des Républicains
et des Démocrates. Avec l’élection de 2024, les crypto-actifs ont fait plus que se racheter une virginité. Ils bénéficient désormais de vents favorables. Mais pas
au point de devenir une monnaie...

Autrefois décriées par les candidats des deux camps, démocrate comme républicain, les cryptomonnaies ont fait une incursion remarquée dans la campagne présidentielle américaine. Le premier à louer les actifs numériques a été Donald Trump. Alors qu’en 2019, il déclarait encore que les cryptos n’étaient que du vent, le candidat républicain est devenu le champion des cryptomonnaies. Lors de la conférence Bitcoin à Nashville, le 27 juillet, il s’est engagé à faire de l’Amérique « la capitale cryptographique de la planète », laissant miroiter des réglementations favorables et la création d’une réserve stratégique de bitcoins similaire aux réserves d’or du gouvernement américain. Il a également promis de limoger Gary Gensler, le président cryptosceptique de la Securities and Exchange Commission (SEC) et l’artisan d’une régulation stricte des actifs numériques, avec plusieurs poursuites engagées contre les grands noms de l’industrie comme Ripple, Binance ou, tout récemment, Kraken.

Trump investit le secteur

« Nous mettrons en place des régulations, mais à partir de maintenant, elles seront écrites par des personnes qui aiment votre secteur, pas par ceux qui le détestent », a précisé Donald Trump.

L’ancien président ne se limite pas aux discours. La preuve : avec sa famille, il a lancé World Liberty Financial, un protocole de finance décentralisée permettant d’emprunter, de prêter et de percevoir des intérêts sur les cryptomonnaies. Un projet qui doit vendre des jetons à trois semaines du scrutin. Par ailleurs, la campagne de Trump a accepté les dons en bitcoins et commercialisé des cartes à collectionner numériques NFT... à l’effigie de l’ancien président !

De son côté, Kamala Harris semble rompre avec la méfiance affichée par Joe Biden à l’égard du bitcoin. Si les cryptos ne font pas l’unanimité dans son propre camp, la candidate démocrate a exprimé son soutien au secteur. « Nous encouragerons les technologies innovantes comme l’intelligence artificielle et les actifs numériques, tout en protégeant les investisseurs et les consommateurs » a-t-elle notamment déclaré lors de la campagne.

Il faut dire que le lobbying pro-crypto bat son plein. Selon Public Citizen, l’industrie cryptographique a dépensé 119 millions de dollars (dont 50 millions de dollars pour Coinbase et 49 pour Ripple) afin d’influencer les élections au sein d’un super comité d’action politique (PAC) non partisan dédié à l’élection de candidats pro-crypto et à la défaite des cryptosceptiques.

Une arme électorale qui vise
avant tout les jeunes

Les cryptomonnaies suscitent aussi un intérêt croissant de l’électorat américain. D’après une enquête réalisée par la société de gestion Grayscale en septembre, 8 électeurs sur 10 considèrent que les régulateurs ont un rôle à jouer dans la gestion des technologies nouvelles et émergentes et les deux tiers d’entre eux déclarent tenir compte de la position des candidats sur les cryptomonnaies dans leur vote.

Mais au-delà de ce soutien électoral et d’une régulation potentiellement plus favorable, l’élection du nouveau président va-t-elle réellement changer la donne pour la démocratisation des devises numériques ? Aaron Klein, chercheur au Brookings Institute, en doute. Pour lui, ce soutien politique s’explique avant tout par le désir d’attirer les jeunes électeurs et les dons de campagne. « Les devises numériques demeurent des actifs spéculatifs. Quinze ans après leur création, elles ne se trouvent toujours pas dans le portefeuille des particuliers et ne sont pas utilisées aux caisses comme les autres monnaies », explique-t-il. Quant à l’approbation par la SEC des ETF en bitcoin en janvier dernier, cela ne traduit pas, à ses yeux, une acceptation par le grand public. « Il ne s’agit pas d’adoption. L’adoption, c’est l’utilisation des cryptomonnaies comme monnaie. Les cryptomonnaies ne deviendront pas des monnaies tant qu’elles n’auront pas trouvé le moyen de concilier le fait d’être un actif spéculatif dont la valeur fluctue fortement avec la stabilité nécessaire pour devenir un moyen d’échange », poursuit l’expert.

Dans un rapport publié en mai, la Réserve fédérale estime que seuls 7 % des Américains détenaient ou utilisaient des cryptomonnaies en 2023. La prudence est de mise pour les comparaisons avec les 12 % publiés en France par l’association pour le développement des actifs numériques (ADAN). Une étude de Gemini de septembre 2024 chiffre le taux de détention à 18 % dans l’Hexagone, contre 21 % outre-Atlantique. Preuve qu’il est difficile d’établir des vérités en la matière.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº897