Le secteur crypto sous les feux des projecteurs

Créé le

15.03.2023

-

Mis à jour le

20.03.2023

Le caractère décentralisé et relativement anonyme des cryptomonnaies en a fait un véhicule idéal pour les activités illicites. Faut-il pour autant en blâmer la technologie sous-jacente ?

Le blanchiment d’argent aura été un terrain fertile pour les détracteurs des cryptomonnaies, et cela depuis les débuts du bitcoin. Ce sont en premier lieu les achats illégaux sur le dark web qui ont attiré l’attention sur la possible utilisation du bitcoin pour des transactions illégales. Un thème dominant en 2013, lorsque les autorités américaines ont fermé le site Silk Road et arrêté son fondateur, Ross Ulbricht.

Une question légitime se pose depuis lors : faut-il blâmer la technologie qui se cache derrière le bitcoin pour l’utilisation de cryptomonnaies dans des transactions illégales ? Si tel est le cas, il conviendra de réserver le même traitement au billet vert, la devise privilégiée dans les activités de blanchiment d’argent. En effet, un tel raisonnement imposerait de condamner la Réserve fédérale américaine, émettrice du dollar américain, pour l’utilisation illicite des billets qu’elle imprime.

Une activité économique à part entière

Il convient de rappeler que le blanchiment d’argent n’est apparu qu’au début du XXe siècle, avec le développement de l’économie souterraine et l’apparition des premières organisations criminelles organisées. Les mafias ont été les premières à utiliser des techniques perfectionnées pour blanchir leurs revenus issus de la prostitution, des jeux d’argent et du trafic de drogue. Au fil des années, ces pratiques se sont perfectionnées, avec l’utilisation de sociétés écrans et de transferts internationaux. C’est ainsi que le blanchiment d’argent est devenu une activité économique à part entière, représentant plusieurs centaines de milliards de dollars chaque année.

Les techniques de blanchiment ont évolué avec la technologie et le caractère décentralisé et relativement anonyme des cryptomonnaies en a fait un véhicule idéal pour les activités illicites telles que le blanchiment d’argent et la corruption. Cependant, de nombreux acteurs clés de l’industrie des cryptomonnaies ont pris des mesures pour lutter contre cette perception.

Par ailleurs, de nombreuses avancées ont été réalisées au fil des ans : les exchanges de cryptomonnaies doivent à présent se conformer aux lois antiblanchiment (AML) et à la réglementation financière dans leurs juridictions respectives, tout en mettant en place des procédures de vérification d’identité de leurs clients (KYC).

Des solutions de surveillance

Les acteurs de l’industrie ne sont pas restés passifs face à la critique et ont également développé des solutions pour surveiller les transactions suspectes et les associer à des adresses IP ou à des portefeuilles numériques spécifiques.

Malgré les améliorations du secteur en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, les autorités financières ont mis en garde contre les risques associés aux exchanges, susceptibles de faciliter le blanchiment d’argent. C’est dans ce contexte épineux que Binance est actuellement sous les feux des projecteurs, accusée d’être un foyer d’activités financières illégales aux États-Unis. Les trois sénateurs américains à l’origine de ces soupçons exigent d’en savoir plus sur la politique de lutte contre le blanchiment d’argent de l’exchange et sur sa relation avec sa filiale américaine. Si ces soupçons sont avérés, cela pourrait impacter d’autres exchanges majeurs et nuire aux projets décentralisés, premières victimes des dérives de la centralisation.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº879