La déferlante des cryptoactifs attire les convoitises de toutes parts. D’un point de vue réglementaire, Europe et États-Unis se sont dotés de cadres : Mica sur le Vieux Continent, Genius de l’autre côté de l’Atlantique. Pour les gestionnaires d’actifs, il y a là un nouveau terrain de jeu. D’autant que Blackrock a réussi à développer de l’autre côté de l’Atlantique un ETF sur le bitcoin (iShares Bitcoin Trust ou IBIT) et à en faire son produit le plus rentable en quelques mois. Encours fin octobre 2025 : plus de 90 milliards de dollars !
Blackrock domicilié en Suisse, homologué en Allemagne...
Le gestionnaire américain l’a au printemps décliné en Europe, cette fois, sous forme d’ETP avec détention physique de bitcoin via Coinbase Costudy International. Un produit domicilié en Suisse, avec un prospectus en Allemagne, et une cotation à Paris, Francfort et Amsterdam ! Si d’autres acteurs proposent déjà des solutions de ce type, permettant notamment à des investisseurs institutionnels de s’exposer dans la détention directe de cryptoactifs, l’annonce d’une éventuelle entrée du géant européen Amundi sur ce marché a fait grand bruit. Selon le marché The Big Whale, l’entité dirigée par Valérie Baudson s’apprêterait à lancer un ETP sur le Bitcoin dans les prochains mois. Probablement début 2026.
Dans cet environnement, une autre information fait sensation. Une tribune de Jean-Paul Faugère, vice-président de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution, chez nos confrères des Echos. Son titre : Assurance et cryptomonnaies : « Que chacun reste dans son couloir, en toute clarté ! » C’est l’occasion de réagir à l’idée que l’assurance-vie pourrait être, via des unités de compte, le support d’investissement en cryptoactifs. La réponse du superviseur est nette : c’est non. Explication : le Code des assurances garantit la « protection de l’épargne » et l’épargne a une fonction de « soutien à l’économie ». « L’avantage fiscal dont dispose l’assurance-vie est justifié par cette architecture, dont la stabilité est nécessaire. », rajoute-il, avant de trancher : « l’univers des cryptoactifs obéit à une logique étrangère à cette architecture ».
L’ACPR prévoit déjà l’éventuel contournement
Pour mémoire, conformément à l’article L. 131-1 du Code des assurances, « le capital ou la rente garantis peuvent être exprimés en unités de compte constituées de valeurs mobilières ou d’actifs offrant une protection suffisante de l’épargne investie et figurant sur une liste dressée par décret en Conseil d’État. » Si les cryptoactifs ne sont pas dans la liste, quid des produits exposés sur des cryptos sans en être juridiquement ? Dans le viseur évidemment, les ETP entre autres ? Réponse : « Le fait qu’éventuellement des cryptoactifs soient « packagés » dans des ETF ou des ETN (NDLR : respectivement fonds et titres de créances cotés) ne change pas la nature du problème. Et ce n’est pas en changeant la rédaction des textes réglementaires que l’on contournera le principe de précaution qui est codifié par la loi. » La porte de l’assurance-vie est donc fermée. Voilà de quoi redonner des arguments aux traditionnels comptes-titres.