Cryptomonnaies

La fin de la lune de miel ?

Créé le

15.09.2022

-

Mis à jour le

28.09.2022

La bulle cryptomonnaie serait-elle en train d’éclater ? Depuis le début de l’année 2022, après l’emballement pour les NFT (Non Fongible Token) et les plates-formes d’investissement en monnaies virtuelles, le soufflé est largement retombé et de nombreux signes pointent du doigt les dérives des cybermonnaies et de la spéculation qu’elles entraînent. Du côté des plates-formes de finance décentralisée (DeFI), Celsius s’est déclarée en faillite, avec grand bruit, le 13 juillet dernier. Ce n’était que la dernière d’une longue lignée, après Three Arrows Capital et Voyager Digital. BlockFi, Coinflex, Finblox et Babelfi étant, eux aussi, sur la sellette des investisseurs.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les financements sont un peu trop miraculeux et un peu trop opaques. Les plateformes sont liées entre elles par des prêts et par des clients communs, qui empruntent sur l’une pour prêter sur l’autre. Dans le cas d’une crise systémique, tout le monde joue à sauve-qui-peut et chacun tente de se défausser sur les autres. Pour certains observateurs – comme la chaîne CNBC –, les DeFi s’apparentent à des systèmes de Ponzi.

Dans ce contexte, certains acteurs, comme le français Morpho Labs, parviennent à se distinguer. Ce dernier se veut un parfait exemple de finance décentralisée réellement sans intermédiaire, en ajoutant aux protocoles Aave ou Compound – qui servent de marchés monétaires aux cryptomonnaies – son propre protocole maison, qui met en relation des prêteurs et des emprunteurs en peer-to-peer, en calculant un taux d’intérêt optimisé grâce à un système d’allocation dynamique.

Sauf que... Tout ceci repose sur du code et qu’en l’absence d’autorité centrale, « le code fait loi ». Or, fin août, le FBI a averti les investisseurs que des failles dans les contrats intelligents (smart contracts) sont exploitées pour voler des fonds sur les plateformes de finance décentralisées. « Un contrat intelligent est un contrat auto-exécuté avec les termes de l’accord entre l’acheteur et le vendeur, écrit directement dans des lignes de code, à travers un réseau blockchain distribué et décentralisé. Les cybercriminels cherchent à profiter de l’intérêt accru des investisseurs pour les cryptomonnaies, ainsi que de la complexité des fonctionnalités interchaînes et de la nature open source des plateformes DeFi », indique l’agence fédérale américaine. Celle-ci enjoint également aux investisseurs à se méfier des « pools d’investissement DeFi avec des délais d’adhésion extrêmement limités et un déploiement rapide de contrats intelligents, en particulier sans l’audit de code recommandé. »

Souviens-toi de te méfier

Du côté des NFT, ou jetons non fongibles (voir Revue Banque n° 865), l’heure est également à un retour à la réalité. Deux rapports, l’un français émanant du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) et l’autre américain issu de la société d’investissement Galaxy, arrivent à une conclusion similaire : acheter un NFT, ce n’est qu’acheter du vent, même si celui-ci se fait souvent payer très cher. Dans son étude, Galaxy remarque que « la plupart des gens pensent qu’acheter des NFT, c’est acheter des jpeg, les fichiers images que l’on voit par exemple sur OpenSea. Mais en réalité, les émetteurs des collections de NFT conservent la propriété entière de ces images. Le simple fait qu’un NFT pointe vers une image ne donne pas, en soi, au propriétaire du NFT un droit quelconque sur cette image, pas plus que créer un NFT de la Joconde donne à son créateur de droits sur la Joconde ». Quant au CSPLA, il conclut que, sauf exception, le NFT ne peut s’apparenter « à une œuvre d’art au sens du code de la propriété intellectuelle, son smart contract ne pouvant, en l’état des capacités techniques observables, contenir le fichier sous-jacent dans la blockchain, ni à un certificat d’authenticité, en l’absence de tout tiers vérificateur de l’authenticité du fichier associé ou de sa paternité ».

Et pourtant, les NFT ne bénéficient pas d’un vide juridique : « Par défaut, les fichiers protégés vers lesquels ils pointent restent soumis au droit d’auteur et aux droits voisins. Sauf contractualisation explicite ou conditions générales prévues par la plateforme, les NFT ne sont donc pas automatiquement cédés avec l’ensemble des droits associés à ces fichiers. »

Et si finalement les cryptomonnaies en 2022 ne connaissaient pas la même crise de croissance qu’Internet au début des années 2000 ? À l’époque, la bulle a éclaté et entraîné plusieurs start-up, avant d’assainir le marché et faire de l’e-commerce et des services Internet des outils indispensables. Une fois le ménage fait dans le monde des cryptomonnaies et dans leurs écosystèmes, peut-être verra-t-on émerger de véritables offres, loin de toute spéculation sans base réelle.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº872