La technologie blockchain contribue à transformer la banque

Créé le

05.04.2023

-

Mis à jour le

20.04.2023

Les cryptomonnaies non régulées et non représentatives d’une économie réelle ont longtemps été le cas d’usage
de référence de la blockchain. Mais il y a bien d’autres façons d’utiliser cette technologie dans le secteur financier.

La blockchain, brique fondamentale de la cryptomonnaie Bitcoin introduite en 2008, est souvent qualifiée de rupture technologique dans le domaine monétaire. Mais elle n’est qu’une nouvelle étape dans l’évolution de nos systèmes d’information et du web. En tant que « technologie à usage général » (Bresnahan et Trajtenberg, 1992), elle peut être adoptée par la plupart des secteurs, se développe et s’améliore avec le temps, et catalyse l’innovation dans des technologies complémentaires, entraînant l’invention de nouveaux produits ou processus.

Le potentiel disrupteur de la technologie de la blockchain, ou, plus généralement, des registres distribués (Distributed Ledger Technology – DLT), réside dans ses cas d’usage, pour améliorer des processus existants ou en créer de nouveaux. La blockchain nous invite à explorer un type inédit d’architecture informatique décentralisée, ainsi que de nouveaux modèles commerciaux. Elle ne se substitue pas aux intermédiaires traditionnels, mais elle a le potentiel de transformer la nature de l’intermédiation.

Face à l’intérêt mondial et fulgurant pour la blockchain et les crypto-actifs, les régulateurs ont réagi assez rapidement. Parmi ses actions de soutien de l’économie et la société numériques, l’Union européenne a adopté des mesures telles que le Régime Pilote pour les infrastructures de marché reposant sur la DLT, le Règlement sur les marchés de crypto-actifs (MiCA) et celui sur la résilience opérationnelle numérique (DORA). Les plus grandes institutions financières mondiales comme Goldman Sachs, JP Morgan, ou encore BNP Paribas, n’ont cependant pas attendu cette réglementation pour mener des expérimentations sur ces sujets. Des banques de plus petite taille, d’investissement et de détail, observaient l’évolution du marché et la maturation de l’offre autour de la technologie en attendant la mise en place d’un cadre réglementaire sûr.

Des infrastructures sur mesure

Aujourd’hui, l’offre disponible sur le marché ne cesse de se diversifier pour convenir à toutes les stratégies et tous les niveaux d’implémentations. Des blockchains privées, adaptées pour le secteur financier telles que Quorum et Corda, ont vu le jour dès 2016 et 2017 ; des offres en cloud, Blockchain-as-a-Service, comme celles proposées par Kaleido depuis 2018, ont permis l’abstraction de la couche physique et l’accès à tout type de blockchain : privée, publique ou de consortium, offrant ainsi la possibilité de concevoir des infrastructures blockchain sur mesure, bien plus adaptées pour l’expérimentation et la montée en charge graduelle.

Les fournisseurs de solutions blockchain ont ensuite développé des suites logicielles et intergicielles conçues pour répondre plus spécifiquement aux besoins métier des institutions financières. Par exemple, fin 2019, a été lancée la suite logicielle de Codefi, spécifique de la blockchain Ethereum.

Cependant, face à l’explosion du nombre de nouvelles blockchains perçues à haut potentiel et concurrentes d’Ethereum, les fournisseurs de solutions ont adopté une nouvelle stratégie dans le développement de leurs produits, pour assurer leur pérennité dans un environnement qui se veut « multi-chaînes ». L’offre s’étoffe aujourd’hui de plateformes qui permettent l’émission, la conservation et la gestion du cycle de vie des crypto-actifs de façon agnostique en assurant la prise en compte d’un nombre toujours croissant de protocoles blockchain et de tokenisation.

Signature cryptographique, crypto-actifs et smart contracts

Trois concepts sont aux fondements de l’usage de la technologie blockchain.

Premièrement, chaque transaction sur la blockchain est signée cryptographiquement. Il faut posséder une signature cryptographique pour émettre une transaction, afin d’assurer sa traçabilité et d’identifier partiellement son auteur. La signature cryptographique suppose la détention d’un « portefeuille », le logiciel de conservation de « crypto-actifs », qui va permettre l’interaction avec le réseau blockchain. L’accès au portefeuille est protégé par une clef de chiffrement privée, et son adresse sur le réseau est désignée par la clef publique correspondante. Pour faciliter et sécuriser l’interaction avec une blockchain, il existe une multitude de solutions de gestion de clefs d’accès et de solutions de conservation dite froide, tiède ou chaude.

Deuxièmement, la technologie Blockchain permet de créer des actifs numériques : les crypto-actifs, pas forcément des actifs, mais plutôt des objets numériques cryptographiquement inscrits sur le registre blockchain et représentants des objets du monde réel. Dans l’univers des blockchains, nous parlons souvent de tokenisation, le processus de création de jetons (tokens). Il y a les jetons fongibles comme les cryptomonnaies, et les jetons non fongibles comme les NFT. Sous ces deux grandes catégories de jetons se cache un nombre illimité de types de jetons.

Pour faciliter le développement de l’écosystème et répondre aux cas d’usage spécifiques, des normes ont été établies. Par exemple, sur Ethereum, les normes ERC1400 , ERC1410, ou CMTAT, qui servent à créer des jetons qui représentent des titres (des actions par exemple). Ces normes de jetons sont de plus en plus nombreuses. Elles sont adaptées pour une implémentation convenant à chaque blockchain. Par exemple, la norme CMTAT est aussi implémentée sur Tezos et, depuis peu, sur zkSync, une blockchain de deuxième couche. Les nouveaux fournisseurs de plateformes BaaS proposent aujourd’hui une variété de protocoles de tokenisation adaptée aux différents cas d’usage et aux différentes blockchains.

Troisièmement, le concept de smart contracts, ou contrats intelligents, fait référence à la capacité de créer des programmes informatiques qui s’exécutent sur le réseau décentralisé d’une blockchain. Les blockchains qui possèdent nativement cette capacité de programmation sont dites de 2e génération. La tokenisation a été largement permise par l’arrivée de ces smart contrats avec la blockchain Ethereum en 2015. En effet, l’existence d’un jeton est soit native à une blockchain, c’est-à-dire codée en dur dans le protocole du réseau, comme c’est le cas pour les cryptomonnaies Bitcoin et Ethereum ; soit elle est le fruit d’un smart contract d’émission de jetons. La norme ERC20 est la plus répandue pour émettre des jetons fongibles, et les normes ERC721 et ERC11555 pour des jetons non fongibles.

Les smart contracts présentent des avantages encore peu mesurés. Bien qu’ils soient aujourd’hui au cœur de la « DeFi », la finance décentralisée, et des solutions d’interopérabilité entre les réseaux blockchain, leur potentiel, pour l’automatisation des processus au sein d’un réseau de banques et assurances par exemple, reste peu exploité. Certaines plateformes fournissent des librairies de smart contracts, mais ceux-ci restent à ajuster au cas par cas et requièrent une forte compétence en développement et en audit de sécurité.

Gestion de trésorerie et opérations de change

Au-delà de la controverse sur la valeur des cryptomonnaies et leur impact écologique, il est difficile de nier les prouesses d’un système basé sur la technologie de la blockchain. Elle permet de construire de nouvelles infrastructures plus résilientes, plus évolutives, plus inclusives et plus auditables : son potentiel va au-delà des tendances du marché autour des cryptomonnaies et des NFT.

Concrètement, son utilisation dans le secteur financier apporte une forte valeur ajoutée sur tout processus nécessitant réconciliation et règlement. Le gain en rapidité et la réduction significative des écarts sont incontestables. La blockchain est ainsi utilisée dans la gestion de la trésorerie et les opérations de change. Suivre les transactions en temps réel réduit les risques de contrepartie et les délais de paiement.

Améliorer la relation client

Du côté de la relation avec les clients, la blockchain peut renforcer la confiance. La dématérialisation des contrats, l’automatisation des opérations de gestion des comptes ou de l’octroi des prêts apportent une amélioration du service.

La tokenisation des actifs et des passifs d’une banque ou d’une entreprise n’est rien d’autre qu’une nouvelle forme de digitalisation plus sûre et plus évolutive. Un contrat intelligent n’est autre que la programmation d’un processus sur une infrastructure qui bénéficie d’une automatisation de façon plus native et plus flexible. Des garde-fous doivent évidemment être mis en place ainsi que des plans de contingence. Une maîtrise des risques est indispensable, comme c’est le cas pour toutes nos activités.

Enfin, la blockchain est une technologie d’infrastructure numérique, comme Internet. Son usage est transparent pour l’utilisateur final. Il accédera à des applications basées sur la blockchain comme il accède aujourd’hui à ses outils numériques.

Beaucoup de ces travaux dépendent des règles internes de chaque banque, mais aussi de facteurs extérieurs. Un travail de fond est aujourd’hui mené par la Banque de France sur la tokenisation de l’euro et de l’identité numérique. Le cadre réglementaire est ouvert pour l’expérimentation et tous les acteurs sont invités à y prendre part.

Les dates clefs de la blockchain
À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº880
Un registre immuable et distribué
La blockchain est un registre immuable et distribué auprès des opérateurs d’un réseau plus ou moins décentralisé, contenant des « transactions » – paiement, inscription d’une donnée, signature d’un contrat. Ces transactions, une fois vérifiées et validées, sont regroupées de façon séquentielle, dans des blocs cryptographiquement liés les uns aux autres, qui forment ainsi la « chaîne de blocs ».
Un nouveau modèle d’intermédiation et de confiance
La blockchain est une évolution technologique des systèmes d’information et du Web qui s’inscrit dans un contexte d’évolution institutionnelle. Tout au long de l’histoire, les échanges commerciaux – échanges de « valeur » – ont nécessité diverses institutions comme les banques, les organismes d’assurance, ou encore les organismes de certification, pour établir la confiance et réduire les incertitudes entre les acteurs.
La blockchain, avec la certification infalsifiable des informations qui y sont inscrites et le transfert univoque d’une « valeur », présente les prémices d’une nouvelle institution technologique ouverte et partagée.
Bitcoin, la première application de la technologie blockchain, a attiré l’attention de la communauté internationale, en permettant, pour la première fois de l’histoire de notre civilisation, d’établir la confiance dans un système de paiement totalement digital et autonome, résistant aux cyberattaques et à la censure, sans recours à une autorité centrale. Son usage est ouvert à toute personne sans permission préalable, et il n’est pas limité à une zone géographique donnée. Grâce à un mécanisme de consensus basé sur une incitation financière, les opérateurs du réseau sont encouragés à mettre à jour correctement les données de la blockchain et à maintenir son bon fonctionnement. Ces opérateurs ne sont soumis à aucun contrôle d’accès. Ils peuvent rejoindre ou quitter le système à tout moment, tout comme les utilisateurs.
Comme nous ne pouvions pas encore imaginer tout le champ du possible au début d’Internet, nous sommes aujourd’hui encore loin d’imaginer tout le potentiel de la blockchain.
Grâce à la transparence paramétrable, grâce à sa sécurité et l’immuabilité de ses données, la blockchain a montré qu’un nouveau modèle d’intermédiation et de confiance basé sur la technologie est possible.