Course à la licence bancaire
des fintechs américaines

Créé le

21.01.2026

-

Mis à jour le

26.01.2026

Que ce soit pour opérer au niveau fédéral ou d’un État, les sociétés financières innovantes, notamment dans les cryptomonnaies, sont de plus en plus nombreuses en quête du Graal américain.

Le contraste est saisissant. Alors qu’aucune fintech ou entreprise cryptographique n’a déposé de demande de licence bancaire en 2024, depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, elles se bousculent au portillon. Selon les données de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) en charge de traiter les dossiers, les fintechs et cryptos ont soumis pas moins de 18 demandes d’agrément bancaire fédéral au régulateur américain en 2025, soit le nombre le plus élevé depuis 2020 (voir graphique).

Avalanche de demandes...

Parmi les dernières candidates, World Liberty Financial, la société crypto liée à la famille du président américain, a sollicité début janvier une licence bancaire nationale pour émettre et conserver des stablecoins. « Une charte nationale de dépôt fiduciaire nous permettra de regrouper l’émission, la conservation et la conversion au sein d’une offre complète sous l’égide d’une entité hautement réglementée », a déclaré son patron, Zach Witkoff.

Mais on compte également les grands noms des cryptos comme Ripple, Coinbase ou encore Circle, tous en quête du sésame – la charte nationale de banque fiduciaire – qui doit leur donner accès au système financier bancaire et leur permettre d’être dépositaire des actifs cryptos pour leur compte ou celui de leurs clients, sans pouvoir toutefois accepter de dépôts ni accorder de prêts comme les banques traditionnelles.

Du côté des fintechs, elles sont également dans la course pour obtenir une licence bancaire, afin de sécuriser une source de financement stable et peu coûteuse. En lice notamment, le géant des paiements PayPal, qui cherche à obtenir une licence de banque industrielle dans l’Utah pour développer ses prêts au niveau national. « La création de PayPal Bank nous permettra de mieux soutenir la croissance des petites entreprises et les opportunités économiques à travers les États-Unis », a expliqué son P-DG, Alex Chriss. PayPal Bank pourrait aussi offrir des comptes d’épargne rémunérés et les dépôts de ses clients seraient éligibles à la couverture d’assurance de la Federal Deposit Insurance Corp (FDIC).

D’après un rapport d’Oliver Wyman, cette urgence récente est motivée par la maturation des fintechs mais aussi par le contexte politique et réglementaire qui crée une opportunité unique pour elles d’obtenir une licence bancaire. Certaines fintechs s’inquiètent aussi des risques à long terme, liés au fait de dépendre d’une banque sponsor pour accéder aux infrastructures bancaires et de paiement. « La conversion d’une partie des fintechs en banques devrait entraîner l’arrivée massive de nouvelles banques dans le classement des 100 premières banques », prévient le rapport.

...et d’approbations

D’ores et déjà, la banque Erebor, spécialisée dans les cryptomonnaies, a reçu l’autorisation préliminaire de l’OCC et de la FDIC et devrait être lancée en 2026. Le 12 décembre, l’OCC a aussi approuvé sous condition deux nouvelles chartes de banques fiduciaires nationales pour Circle et Ripple, et a autorisé BitGo, Paxos et Fidelity Digital Assets à convertir leurs licences d’État en chartes nationales, leur permettant ainsi d’opérer dans tout le pays. « Les nouveaux entrants dans le secteur bancaire fédéral permettent aux consommateurs d’accéder à de nouveaux produits, services et sources de crédit, et garantissent un système bancaire dynamique, compétitif et diversifié », a souligné Jonathan Gould, en charge de l’OCC.

Ce n’était pas arrivé depuis 2021, avec la première charte bancaire obtenue par Anchorage Digital Bank. Il s’agit donc d’une étape clé pour l’intégration des actifs numériques dans le système bancaire. D’autres autorisations devraient suivre : « L’OCC continuera à offrir une voie pour les approches traditionnelles et innovantes des services financiers afin de garantir que le système bancaire fédéral suive le rythme de l’évolution de la finance et soutienne une économie moderne », a indiqué Jonathan Gould.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº913
Entre l’industrie crypto et les banques américaines, le torchon brûle
En cause, les récompenses ou remises attractives faites aux détenteurs de jetons numériques par les plateformes cryptos. Selon la loi Genius, les émetteurs ne peuvent pas offrir de rendement sur les stablecoins, mais cette interdiction ne vaut pas pour les affiliés ou tiers.
Les plateformes, comme Coinbase, Kraken ou Binance, versent des paiements annuels aux investisseurs allant jusqu’à 3,5 % de rendement sur certains stablecoins ou offrent des incitations financières, sous forme de remises ou de bons d’achat. Or ces récompenses sont bien supérieures aux taux d’intérêt versés sur les dépôts bancaires, qui sont en moyenne de moins de 0,1 % pour un compte courant standard rémunéré.
L’American Bankers Association (ABA) crie au loup et y voit une menace pour les dépôts bancaires et in fine pour les prêteurs, exhortant le Trésor à interdire ou restreindre les intérêts pour le paiement des stablecoins. De son côté, la Blockchain Association estime que cela favorise une concurrence loyale et l’innovation. En attendant, la législation sur la structure du marché des cryptomonnaies en discussion au Sénat est au point mort.
2025 : année record pour les dépôts
d’applications bancaires fintech et crypto
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