D’un côté, la Région administrative spéciale (RAS) de Hong Kong cherche à se positionner comme l’une des places financières de référence en matière d’échanges d’actifs virtuels, multipliant les lancements d’ETF (fonds négociés en bourse) crypto ; de l’autre, la Chine continentale les bannit. Certes, l’Empire du Milieu est le premier pays émetteur au monde de monnaie digitale (contrôlée par sa banque centrale, la PBOC). À l’étude dès 2014, émise à partir d’avril 2020 dans diverses zones de test, cette monnaie digitale chinoise s’appelle le « Renminbi digital » : e-CNY, ou DCEP (Digital Currency Electronic Payment).
Si le recours au e-CNY est encouragé par les autorités chinoises centrales, le minage et la participation aux échanges de cryptomonnaies (comme Bitcoin ou Ether) sont en revanche interdits depuis 2021. La raison majeure est d’endiguer la fuite des capitaux. Théoriquement, les investisseurs chinois continentaux n’ont pas non plus le droit d’acheter des parts de produits financiers investis en cryptomonnaies à l’étranger. Par exemple, ils ne doivent pas acquérir des parts de l’ETF Bitcoin et Ether (ETH) au comptant, lancé par la place financière de Hong Kong en avril dernier.
Un marché gris
À côté de cette réglementation stricte, en Chine continentale, des accès aux plates-formes OKX, Binance ou à d’autres canaux d’échanges de gré à gré, sont bel et bien fournis. Les particuliers acquièrent des cartes émises par les banques rurales puis achètent des cryptomonnaies auprès de revendeurs « gris », usant de transactions plafonnées afin d’échapper au contrôle. Entretenue par la soif des ménages chinois pour les cryptomonnaies – jugées plus prometteuses que les investissements en actions ou en actifs immobiliers locaux –, l’activité grise se développe malgré la volonté des autorités de l’éradiquer.
Pour les résidents de Chine, un autre moyen d’acquérir des crypto-actifs est d’ouvrir des comptes bancaires à l’étranger. Même si, d’après la réglementation en vigueur, le quota annuel d’achat de devises étrangères par citoyen chinois – plafonné à une valeur de 50 000 dollars US – ne doit être utilisé que pour l’éducation, les voyages ou les consultations de médecins à l’étranger.
En dépit des règles continentales strictes, de l’autre côté de la frontière, Hong Kong profite de l’engouement des Chinois continentaux pour les cryptos : les magasins physiques d’échange de ces actifs, hors ligne et sans obligation de fournir des documents d’identité, fleurissent.
C’est dans ce contexte que la Securities and Futures Commission (SFC) doit jouer son rôle de promotion de la place financière du Port au Parfum à l’international, tout en protégeant les investisseurs des escroqueries. Estimant que la mise en conformité réglementaire des services de trading de cryptomonnaies est primordiale, l’autorité des marchés de Hong Kong a sommé toutes les bourses de cryptomonnaies, dites VAT (Virtual asset trading platform operators), exerçant dans la RAS, de lui faire une demande de licence avant le 31 mai. Toutes celles qui n’ont pas suivi cette requête, ou dont l’application est rejetée, doivent fermer. Les listes des VAT licenciées, de celles en attente de licences, ou dont la licence a été annulée, sont publiées sur le site internet de la SFC. À la date du 21 août, on note que, depuis le premier janvier 2024, 9 licences de VAT sont en cours d’application, que 11 demandes ont été annulées, une retournée, et que 31 VAT sont référencées comme suspectes. À l’heure actuelle, seulement deux plateformes sont licenciées par la SFC, OSL Exchange (depuis 2020) et HashKey Exchange (depuis 2022).
La régulation bancaire hongkongaise évolue aussi, car la multiplication des services digitaux fait émerger un besoin impérieux de clarification. Pour y répondre, la HKMA (Hong Kong Monetary Authority) a qualifié les huit prêteurs digitaux de Hong Kong de « banques numériques agréées » (licensed digital bank), au lieu de « banques virtuelles » (virtual banks). Un objectif de ce changement est d’éliminer la connotation négative associée au terme chinois « virtuel », suggérant « fictif ». Tout en insistant sur la qualité des services bancaires proposés, la HKMA s’aligne sur les tendances internationales – un point cher à Hong Kong –, une terminologie similaire étant adoptée en Europe, en Malaisie et à Singapour.