Premier gestionnaire d’actifs européen, avec plus de 2 300 milliards d’euros d’encours à fin septembre 2025, Amundi se lance dans la tokenisation de fonds. Ce procédé consiste à émettre et enregistrer un actif sous une forme numérique, par le biais d’une base de données distribuée au sein d’une communauté d’utilisateurs. « La nouveauté réside dans l’enregistrement des parts de fonds sous forme de jetons – ou tokens – échangés sur des registres distribués plutôt qu’auprès d’un dépositaire central des titres comme pour un fonds monétaire traditionnel, expliquent Nicolas Barbaroux, Claire Brousse et Déborah Zribi sur le blog de la Banque de France. Ceci permet l’automatisation des opérations, par des programmes informatiques, nommés smart contracts à des fins de réduction des coûts et d’accélération des transactions. »
Un test grandeur nature
Après quatre ans de réflexions et de travaux au sein du groupe, Amundi franchit une première étape avec la création d’une part tokenisée du fonds monétaire Amundi Funds Cash, sur la blockchain publique Ethereum. « Étant donné l’évolution de l’écosystème et l’avènement d’un cadre réglementaire européen, nous avons souhaité réaliser un premier test grandeur nature, car nous pensons que les parts de fonds tokenisées peuvent devenir des instruments incontournables pour certains cas d’usage compte tenu de leur connectivité et portabilité », explique Gilles Cutaya, directeur marketing et produits chez Amundi. C’est Caceis qui fournit la technologie et l’infrastructure de tokenisation de parts de fonds, les portefeuilles digitaux pour les investisseurs, ainsi que la plateforme digitale de passage d’ordre pour les souscriptions et rachats. « Nous avons adopté une approche “groupe” car elle nous permet de maîtriser l’ensemble des éléments de la chaîne et ainsi d’offrir les meilleures garanties de sécurité », renchérit Gilles Cutaya.
Tokénisation pratique pour les monétaires et les actifs privés
Le gestionnaire d’actifs rejoint ainsi d’autres acteurs, à l’instar du géant américain BlackRock. En mars 2024, il avait lancé le fonds monétaire tokenisé BUIDL, fort désormais de 1,8 milliard de dollars de capitalisation. « Connus pour leur liquidité et leurs investissements à faible risque, les fonds monétaires apparaissent comme des candidats idéaux à la tokenisation d’actifs, souligne dans une note Catherine Philippe, consultante spécialisée sur les actifs numériques. En effet, ces produits présentent une structure relativement simple et jouent un rôle crucial dans la gestion de la liquidité à court terme pour un grand nombre d’institutionnels. » Mais les statistiques le démontrent (voir graphique), les actifs privés sont aussi très sensibles aux charmes de la tokenisation.
24 h/24, 7 j/7...
Les bénéfices pour les investisseurs consistent en une exécution instantanée des ordres, une opérabilité 24 heures /24 et 7 jours/7 ainsi que des coûts plus modérés. Pour la société de gestion, un élargissement de la distribution de fonds à de nouvelles générations d’investisseurs peut être espéré. « À moyen terme, cela pourrait contribuer à rapprocher ces investisseurs de la finance traditionnelle et démocratiser l’investissement en en facilitant l’accès grâce, notamment, à la possibilité de fractionner les parts beaucoup plus facilement », indique Gilles Cutaya. Des perspectives qui nécessitent toutefois que des infrastructures de marché dédiées se développent dans toute l’industrie.