Monde virtuel, le métavers financier n’est pas un monde particulièrement excitant. On ne peut pas y faire l’expérience de sports extrêmes comme le saut à l’élastique, s’immerger dans une représentation interactive d’art virtuel ou y dépenser une fortune en vêtements de marques pour son avatar. Les utilisateurs peuvent uniquement manipuler des actifs synthétiques qui sont des représentations de classes d’actifs. Les fonds d’investissement, les bons de chargement, les placements collectifs en valeurs mobilières, les indices financiers et leur fond indiciel coté (ETF), les produits dérivés, la titrisation, les récépissés d’entreposage du grain, les crédits carbones sont autant de déclinaisons d’actif synthétiques. On pourrait aussi y ajouter les jetons non fongibles pour jouer l’enthousiasme lié aux cryptomonnaies. Leur « sous-jacent », c’est-à-dire ce qui est représenté par le signe, est d’une grande variété.
Plateforme informatique impliquant une communauté de participants, qui interagissent par voie informatique pour manipuler ces actifs synthétiques, la finance globale est peut-être le métavers aux enjeux les plus élevés. Ces outils financiers sont devenus la colonne vertébrale de la finance de marché. La liquidité financière, initialement observée dans les grands échanges de valeurs ou sur le marché des devises, se concentre de plus en plus sur ses derniers.
Ils sont les représentations financières de matières premières, de biens immeubles, de stratégies abstraites d’investissement, de prêts hypothécaires, de crédits carbones ou d’autres instruments financiers...
La finance n’est pas fictive
Répertorier la finance comme un monde virtuel ne veut pas dire que la finance est fictive. Il convient de rappeler que « virtuel » ne s’oppose pas à « réel ». Les actifs synthétiques peuvent exercer une influence sur leur sous-jacent. Le système financier global est plus qu’un simple simulateur géant. La représentation financière interagit avec le monde physique. Quand un hedge fund fait un pari sur le cuivre parce qu’il pense qu’une récession va impacter son prix, il agit sur le marché physique. Les cours du prix peuvent à leur tour amener un minier à fermer un de ses sites, dont les coûts de production sont trop élevés.
Considérons par ailleurs un investisseur financier qui cherche une exposition au prix du pétrole brut. Entreposer du pétrole brut pose un certain nombre de problèmes opérationnels. La substance physique est difficile à entreposer. Le composé organique est inflammable, ce qui oblige l’investisseur à considérer le type de réservoir le plus approprié pour stocker la matière étant donné sa nature dangereuse. De plus, le pétrole brut est une substance organique qui évolue dans le temps et qui peut perdre sa viscosité après une durée de vie limitée. Des résidus d’hydrocarbure peuvent s’accumuler au fond du réservoir. Alternativement, l’investisseur peut investir dans un actif synthétique par l’intermédiaire d’un futur sur le pétrole ou d’un ETF. Une telle alternative présente des avantages opérationnels certains.
Le métavers comme réalité mixte
Mais un contrat futur n’est pas seulement digital. Dans le cas de l’or, il implique une série d’entrepôts physiques contenant les barres d’or qui peuvent être délivrées dans le contrat. Ceci implique des procédures impliquant des poids-lourds sur des routes en goudron. La finance globale ne se joue pas uniquement dans les mondes virtuel ou physique, mais représente un monde hybride d’une réalité physique augmentée. Dans ce sens, le métavers financier peut être vu comme une réalité mixte.
De temps en temps, la convergence des réalités physique et virtuelle devient toutefois problématique. À la suite de la pandémie du Covid-19, les acheteurs du futur sur les cours du WTI se sont fait payer pour prendre livraison à cushing (prix négatif) pendant que le pétrole brut était acheté contre monnaies sonnantes et trébuchantes dans le reste du pays. Gérer la relation entre réalité virtuelle et physique est une tâche difficile. Les indices de référence et les procédés de règlement doivent être constamment supervisés afin de maintenir la correspondance.