Même face à un nouveau scénario catastrophe, les banques européennes resteraient solides. C’est ce que montrent les tests de résistance 2025 de l’Autorité bancaire européenne (ABE) menés auprès de 64 établissements représentant 75 % des actifs bancaires de l’Union européenne. 8 banques françaises sont dans le périmètre étudié.
L’exercice prend en compte le nouveau cadre réglementaire européen CRR3 et CRD6 en vigueur depuis début 2025. Il simule dans son « scénario défavorable », une récession plus sévère que la crise de 2008 et que les chocs récents (pandémie, guerre en Ukraine, tensions commerciales), avec un produit intérieur brut en recul de 6,3 % et un chômage en hausse de 5,8 points entre 2024 et 2027.
Malgré des pertes s’élevant à 547 milliards d’euros, le ratio de fonds propres CET1 agrégé enregistré à 15,8 % en 2024, s’éroderait de 370 points de base (pb) à 12,1 %, à la fin 2017 (voir graphique ci-dessous). Cette baisse est moins importante que celle observée lors des tests de 2023 (-459 pb). Elle s’explique par des banques débutant l’exercice avec des positions en capital et une rentabilité supérieures à celles des années précédentes.
Choc limité pour les banques d’Europe du Sud
Selon l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), le ratio CET1 agrégé des banques françaises se contracterait de 15,91 % à 10,52 %. Pour le ratio de levier, il reculerait de 5,54 % à 4,14 %. Si, aux yeux de l’ACPR, ces chiffres confirment la résilience du système bancaire français et sa capacité à absorber un choc macro-financier sévère, ils laissent entrevoir des acteurs hexagonaux plus affaiblis que la moyenne de leurs pairs européens. La succursale française de Bank of America, Bank of America Securities Europe SA, subirait la plus forte chute, avec -1 293 pb, mais son ratio CET1 resterait au-dessus des 10 % à 10,73 %. Pour la Confédération Nationale du Crédit Mutuel (12,52 %), le Crédit Agricole (11,01 %), HSBC Continental Europe SA (11,01 %), BPCE (10,91 %) et BNP Paribas (10,48 %), le ratio CET1 se dégraderait de 500 à 700 pb. Le cas de la Société Générale est atypique. La banque rouge et noire affiche une baisse de son ratio moins prononcée, avec 394 points de base en moins, mais elle basculerait sous le seuil des 10 %, à 8,75 %.
Pour trois banques allemandes, Landesbank Hessen-Thüringen Girozentrale, Morgan Stanley Europe Holding SE et Landesbank Baden-Württemberg, la correction s’annonce rude : leurs ratios plongeraient de 900 à 1 000 pb. À l’inverse, le choc serait limité pour plusieurs banques d’Europe du Sud, dont la solvabilité s’est redressée ces dernières années : Bankinter (-186 points de base à 20,95 %), National Bank of Greece (-62 pb à 17,47 %), Intesa Sanpaolo (-62 pb à 12 %) et Caixa Geral de Depósitos (stable à 20,71 %). Anecdotique, le ratio de Bank Polska Kasa Opieki progresserait de 106 pb à 17,14 %.
Une meilleure résistance des banques de détail
Malgré un capital résilient, la prudence s’impose côté risques. Les pertes de crédit atteignent 394 milliards d’euros, soit -437 pb sur le CET1, contre 347 milliards en 2023, touchant en grande partie les prêts aux entreprises non financières. Les pertes de marché réduisent le CET1 de 108 pb, dont 45 % s’expliquent par les écarts de crédit, affectant les banques très exposées au risque de marché. La génération de revenus s’est, elle, renforcée, comme le montre la contribution des revenus nets d’intérêts et des commissions, qui devrait accroître le CET1 de 509 pb d’ici 2027, contre 364 pb en 2023. Les banques de détail avec une base de dépôts solide résistent mieux au scénario défavorable. Sur ce terrain, les bons résultats au deuxième trimestre 2025 des banques de détail françaises se veulent particulièrement rassurants.