Patrick Montagner,
la supervision dans la peau

Créé le

24.12.2024

-

Mis à jour le

06.01.2025

Jeune, il s’était passionné pour les crises bancaires du XIXe siècle.
Il a vécu celle de 2008, puis celle de la dette souveraine. Désormais,
il représente la banque centrale au Conseil de surveillance prudentielle. Sans crise, ce serait mieux...

Dans le monde financier, il est une pratique fréquente : le passage de l’administration au privé, et vice versa. La pratique fait débat, au point que la pratique du pantouflage est désormais réglementée. Cette règle, Patrick Montagner l’a connaît-il ? Qu’importe, il n’a jamais eu à l’utiliser tant son parcours est rectiligne. Ce parcours est marqué par une curiosité de jeunesse pour les crises bancaires du XIXe siècle. Aussi quand diplômé de Sciences Po Grenoble, il doit se lancer dans la vie active, postservice militaire, Patrick Montagner n’hésite pas longtemps. Fort de son succès au concours, il dispose d’un choix entre la Banque de France et la Caisse des Dépôts. Ce sera donc la Banque de France.

En 1988, il fait donc ses premiers pas dans cette institution qui marquera sa vie professionnelle. Début à la direction des entreprises puis, très vite, il rejoindra le plus noble des services maisons, l’inspection générale. À la fin du siècle passé, dans l’univers bancaire et économique, il est un projet majeur : l’avènement d’une monnaie unique sur le continent européen. Oui, l’euro !  : les parités sont fixées. Souvenez-vous : 6,55957 francs français pour un euro. Reste qu’au-delà des écritures comptables sur les comptes bancaires, il y a aussi un sujet pratique : fabriquer les nouvelles pièces et irriguer le pays pour les mettre à disposition. À quelques mois de l’échéance, d’innombrables problèmes apparaissent. Patrick Montagner se retrouve alors à replanifier, avec d’autres, toute la logistique de l’opération. Des pièces fabriquées à Pessac, des camions de la Sernam pour livrer, sans oublier l’importation de pièce de 50 centimes d’Espagne. Quand Choupinette pourra payer sa baguette en euro sans la moindre anicroche, bref le jour J, il pourra demander à passer à autre chose !

Toujours essayer de comprendre

Le voilà donc inspecteur principal, chef de mission du contrôle bancaire sur place, puis directeur adjoint de la seconde direction du contrôle des banques en 2006 et 2007. Étape suivante : directeur de la première division du contrôle de 2008-2012. La première division, c’est la surveillance des banques étrangères, mais aussi de BNP Paribas et de la Société Générale. 2008, c’est l’année des subprimes ! Lui, curieux des crises, va pouvoir être servi... Il sera parmi les premiers à découvrir l’affaire Kerviel, bien avant que les médias ne s’en emparent. Il passera une nuit entière sur le bouclage du sauvetage de Dexia. En 2008, il est de bon ton de dire que la banque française a parfaitement fait face ! Lui se rappelle la signification des acronymes aujourd’hui oubliés : la SPPE (Société de prise de participations de l’État) et la SFEF (Société de financement de l’économie française). « À cette époque, j’ai tiré profit de l’expérience d’avoir été confronté à la crise de l’immobilier et à la mise en place de structure de défaisance au début de ma carrière », reconnaît-il. Trois ans plus tard, nouvelle crise : celle des dettes souveraines.

Ces curiosités de jeunesse se sont désormais exaucées... ça tombe bien, depuis 2010, il a changé d’employeur en raison de création de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Un organisme né de la fusion du Comité des entreprises d’assurance (CEA), du comité des établissements de crédit et des entreprises d’investissement (CECEI), de la Commission bancaire et de l’Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles (ACAM). Il bascule du côté de l’assurance. « Certes, c’est un monde différent ! Mais les réflexes de superviseur restent les mêmes : voir où sont les risques, comment ils sont évalués ? » Bref, d’éviter que « chacun fait ce qui lui plaît, plaît », dans des structures où bien souvent le contrôle de risques se trouve confronté aux dérapages d’égo. Ce passage à l’assurance n’est donc pas un chagrin d’amour, même s’il retrouve avec plaisir le monde bancaire, douze ans plus tard, avec sa nomination comme représentant de la Banque Centrale Européenne au Conseil de surveillance prudentielle.

Désormais, depuis son bureau à Francfort, il voit les tours des sièges de grandes banques allemandes. Derrière lui, une céramique moderne, sa grande passion, acquise avec la collecte faite par ses anciens collègues de l’ACPR. « Voyez-vous, demander un agrément, ça comporte des désagréments !», une de ses maximes fétiches, se rappelle-t-on dans les couloirs de l’ACPR. Continuera-il à délivrer dans la langue de Shakespeare utilisée là-bas son humour pince-sans-rire. Pour ses sorties musicales, loin de Paris, il ira à l’opéra de Stutggart et de Mayence. Mais au quotidien, l’amoureux de la supervision fera valoir sa vision au niveau européen. À l’heure où la voix de notre pays porte de moins en moins, c’est un point important.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº899-900