Mise en place après la crise financière de 2008, l’organe de régulation chargé de la défense des intérêts des clients de services bancaires et financiers était la bête noire des géants bancaires de Wall Street. Depuis sa création, le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) a récupéré 19,7 milliards de dollars d’aide aux consommateurs et imposé 5 milliards de dollars de sanctions civiles au secteur (voir graphique).
Durant la campagne présidentielle, Donald Trump avait promis la tête de l’agence fédérale, symbole d’une régulation excessive du secteur bancaire, et de son directeur Rohit Chopra. Dès fin janvier, sans surprise, ce dernier est remercié et remplacé, par intérim, par l’un des fidèles du nouveau président, Russell Vought, ayant participé à la rédaction du Projet 2025 et nouveau directeur du budget de la Maison Blanche. Jonathan McKernan, ancien membre de la Federal Deposit Insurance Corporation, lui succède comme directeur en titre du CFPB.
Un mail : “you are fired !”
À peine en fonction, Russell Vought ferme le siège du CFPB à Washington. Il ordonne, dans un courriel à ses 1 700 employés, d’arrêter immédiatement de travailler et licencie 200 personnes. L’objectif : éliminer jusqu’à 95 % du personnel du CFPB avant le 14 février. Le résultat ne se fait pas attendre. Cinq poursuites en cours contre des banques sont abandonnées, dont celles visant Capital One, Vanderbilt et Rocket Homes. Six autres actions sont mises en pause. Mais la mise à l’arrêt du bureau fait craindre un vide réglementaire et une possible résurgence des risques de subprimes, les prêts immobiliers à haut risque accordés à des Américains disposant de faibles revenus qui avaient causé la crise de 2008.
Seules les petites banques sont désormais contrôlées
Les turbulences au sein de l’agence de régulation pourraient aussi pénaliser les petites banques régionales, agréées et toujours régulées au niveau des États, tandis que les plus grandes institutions échappent de facto à la supervision fédérale du CFPB. C’est ce que dénoncent 23 procureurs généraux d’État dans une requête en justice. Pour l’instant, l’action des juges, qui a bloqué les licenciements et ordonné la réintégration des personnels, permet au CFPB de rester en sursis. Mais Elon Musk ayant publiquement juré de détruire le bureau, son avenir reste plus qu’incertain.