Adoubé par Donald Trump pour prendre la tête de la Banque Centrale en mai prochain – sous réserve de la confirmation du Sénat –, Kevin Warsh n’est pas un inconnu. C’est même un vétéran de Wall Street et de la Fed.
Pur produit du rêve américain
Issu de la classe moyenne, Kevin Warsh fait un parcours sans faute. Né en 1970, il grandit à Loudonville, dans la banlieue d’Albany dans le Nord de l’Etat de New York. Son père dirige plusieurs entreprises et sa mère est journaliste indépendante.
Diplômé de l’université de Stanford puis de la faculté de droit de Harvard, il débute sa carrière au sein de Morgan Stanley en 1995 à New York où il gravit les échelons et est nommé directeur exécutif du département des fusions-acquisitions.
De Wall Street à la Fed
En 2002, il poursuit son ascension et quitte Wall Street pour la Maison Blanche où il prend le poste de secrétaire exécutif du Conseil économique national de George W. Bush avant de devenir, à l’âge de 35 ans, le plus jeune membre jamais nommé au Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale.
C’est au sein du conseil d’administration de la banque centrale américaine qu’il va faire ses preuves. Rapidement, il se distingue comme un ardent défenseur de l’indépendance de la Fed et prononce même un discours intitulé « Ode à l’indépendance » en mars 2010. « L’indépendance de la banque centrale est précieuse. Elle peut être considérée comme acquise en période favorable, mais elle est mise à l’épreuve lorsque les temps deviennent difficiles. Et nous avons encore des moments difficiles à traverser », déclare-t-il alors devant un parterre d’économistes. Il s’impose surtout comme l’homme de liaison entre la banque centrale et Wall Street au plus fort de la crise financière de 2008. Il fait partie du cercle resserré du président de la Fed Ben Bernanke et son expérience dans les fusions et acquisitions se révèle utile notamment pour le sauvetage de l’assureur AIG, l’acquisition de Bear Stearns par JP Morgan ou encore la vente de la banque Wachovia à Wells Fargo. Ce qui lui vaudra l’estime du marché, « Kevin Warsh est un leader très respecté et expérimenté, tant dans le domaine gouvernemental que dans celui des affaires et de l’éducation, que j’ai vu agir avec intégrité et dévouement pour améliorer notre pays », dit alors de lui Jamie Dimon.
Mais en 2011, Kevin Warsh conteste la décision de la Fed de baisser rapidement les taux d’intérêt et s’oppose au projet de la Fed d’acheter pour 600 milliards de dollars de titres du Trésor, un désaccord l’acculant à la démission. Il rejoint alors la fondation Hoover, un think tank conservateur, et devient associé du Duquesne Family Office et professeur à Stanford. Il se fait aussi connaître sur la scène internationale comme administrateur du Groupe des Trente (G30). En 2017, lors du remplacement de Janet Yellen, Kevin Warsh est pressenti mais sa candidature à la tête de la Fed est retoquée en raison de son trop jeune âge. Depuis, il critique ouvertement la politique de Jerome Powell appelant de ses vœux une baisse des taux d’intérêt et une profonde réforme de la Fed.
De précieuses connexions familiales
Mais c’est dans la sphère privée que son ascension continue. Marié depuis 2002 à Jane Lauder, héritière de l’empire Estée Lauder, et père de deux enfants, son beau-père n’est autre que l’ancien camarade de classe de Trump à l’université de Pennsylvanie et un de ses proches confidents et donateurs. Pour la petite histoire, Ronald Lauder est aussi le milliardaire qui a investi au Groenland et qui aurait convaincu son ami Donald d’acquérir le territoire danois. Des connexions familiales qui lui permettent sans doute à 55 ans de gagner la confiance du président américain en conflit ouvert avec Jerome Powell et avide de lui trouver un remplaçant plus docile. « Je connais Kevin depuis longtemps et je ne doute pas qu’il restera dans les annales comme l’un des grands présidents de la Fed, peut-être même le meilleur », a commenté Donald Trump sur les réseaux sociaux lors de l’annonce de sa nomination.