José Luis Escrivá,
un nouveau banquier
central déjà décrié

Créé le

17.09.2024

-

Mis à jour le

23.09.2024

La Banque d’Espagne connaît le nom de son nouveau gouverneur : José Luis Escrivá. La nomination non consensuelle de cet ancien ministre de Pedro Sánchez fait bondir l’opposition à la veille de l’opération BBVA/Sabadell.

La Banque centrale espagnole, la Banco de España (ou Bde), tient enfin son nouveau gouverneur. Pablo Hernández de Cos, l’ancien détenteur du poste est – il est vrai – parti depuis le 11 juin, remplacé de façon intérimaire par la sous-gouverneure Margarita Delgado. Le 4 septembre, le gouvernement de Pedro Sánchez a donc annoncé la nomination de José Luis Escrivá, pour une durée de six ans.

Sur le papier, ce professionnel de presque 64 ans coche toutes les cases pour reprendre en main la direction de la Banque Centrale espagnole : diplômé en sciences économiques et en économétrie, il compte déjà à son actif une expérience au sein de la maison. Il y a en effet déjà travaillé, à la sous-direction du département des études monétaires et financières avant d’accéder à la responsabilité de l’unité d’investigation monétaire de cet organisme. Il a également fait un passage au service d’études de la deuxième banque espagnole, BBVA, et assuré la présidence de l’Airef, l’autorité indépendante de la responsabilité fiscale, chargée de garantir la bonne gestion des comptes publics. Son parcours fait aussi état de cinq années passées au sein de la division de la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne (BCE), au moment de la création de la monnaie unique.

« José Luis Escrivá possède les qualifications techniques nécessaires et sa vaste expérience au sein d’institutions financières publiques et privées, ainsi qu’une connaissance approfondie de la Banque d’Espagne, en attestent », a ainsi indiqué le ministre de l’Économie espagnol Carlos Cuerpo, lors de la nomination du nouveau Gouverneur.

La droite se hérisse

Mais, aux yeux de ses détracteurs, le nouveau gouverneur de la Bde présente un défaut de taille : il a fait partie du gouvernement du socialiste Pedro Sánchez depuis 2020. Il y a été ministre de l’Inclusion et de la Sécurité sociale, avant de prendre le poste de ministre de la Transformation numérique et de la Fonction publique. Sa nomination a suscité un véritable tollé au sein de la droite conservatrice du Parti populaire et du parti d’extrême-droite Vox : ils l’accusent de ne pas donner les gages d’indépendance attendus dans une banque centrale.

La décision de Pedro Sánchez de nommer José Luis Escrivá vient aussi rompre une tradition en vigueur depuis 1994 selon laquelle le gouvernement et l’opposition s’accordent généralement sur la nomination du gouverneur de la banque centrale et de son adjoint.

Jusqu’à présent, cette tradition n’a été rompue qu’une seule fois, en 2006, lorsque le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero a nommé l’ancien ministre Miguel Ángel Fernández Ordóñez, malgré les objections de l’opposition. Ce dernier a, par la suite, été largement critiqué pour sa gestion de la crise financière espagnole et la nationalisation de Bankia, pour un montant de 19 milliards d’euros, rachetée en 2020 par son concurrent CaixaBank.

L’appartenance politique de José Luis Escrivá pourrait ainsi compromettre son jugement dans le projet d’offre publique d’achat de BBVA sur son concurrent Sabadell. À de nombreuses reprises, le gouvernement de Pedro Sánchez a signalé son opposition à ce projet, qui a reçu le feu vert de la BCE.

La stabilité du secteur financier en ligne de mire

Pour l’heure, la feuille de route de José Luis Escrivá n’est pas encore connue. Pour autant, le ministre de l’Économie espagnol a d’ores et déjà évoqué quelques sujets d’étude : le nouveau gouverneur devra ainsi « influencer, soutenir et adopter les décisions de la BCE, afin d’encourager la poursuite de la modération des prix et de contribuer au rétablissement du pouvoir d’achat des ménages et à ce que l’on appelle l’atterrissage en douceur ». Sur le front domestique, la poursuite du maintien de la stabilité du secteur financier espagnol fait aussi partie des priorités.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº896