Bons résultats pour les banques françaises

Ces questions que pose
le Liquidity Coverage Ratio

Créé le

26.11.2025

-

Mis à jour le

01.12.2025

Une banque peut être solvable, mais pour autant devoir mettre la clef sous la porte pour des problèmes de liquidité. C’est sur ce principe qu’est né le Liquidity Coverage Ratio (LCR). Explications de son mode de calcul, de son fonctionnement
et de ses limites.

Les banques, en particulier les banques françaises, sont souvent décrites comme des institutions financières ayant un financement particulier de leurs investissements. D’un côté, elles empruntent à court terme en utilisant notamment comme ressources les dépôts à la clientèle, sans maturité ou avec une maturité courte. De l’autre, elles investissent à long terme au travers des prêts qu’elles accordent aux ménages et aux entreprises, avec une maturité moyenne en années, par exemple dix ou quinze ans. Connue sous le nom de « transformation de maturité », cette pratique engendre naturellement un risque de liquidité. D’un point de vue économique, elle se justifie par le fait que les courbes de taux sont généralement croissantes avec la maturité, de sorte qu’en empruntant à court terme et en prêtant à long terme, la banque perçoit le term premium. Traduction pratique : la prime liée à la transformation de maturité, mesurée comme la différence entre un taux long, perçu par la banque, et un taux court, payé par même banque.

SVB face à 40 milliards
de retraits

Une banque parfaitement solvable, c’est-à-dire satisfaisant aux différents ratios de solvabilité réglementaires, peut donc faire face à un problème de liquidité et se retrouver ainsi dans l’incapacité de faire face à ses engagements de court terme. Récemment, en 2023, la banque américaine SVB a dû faire face à un retrait massif de plus de 40 milliards dans une journée et a, par la suite, fait faillite.

En pratique, en l’absence d’aide extérieure venant d’une banque centrale, une banque n’ayant essentiellement que des actifs illiquides tels que des prêts bancaires et faisant face à un problème de liquidité serait contrainte de « brader » une partie de ses actifs illiquides. Mais en procédant de la sorte, elle ferait une perte et altérerait ses ratios de solvabilité. L’objectif des ratios de liquidité est notamment d’éviter ce scénario de « ventes forcées », en contraignant les banques à avoir un « stock » d’actifs liquides et de bonne qualité susceptibles d’être utilisés en situation de tensions financières, qu’elles soient systémiques ou propre à la banque.

LCR : un ratio de court terme

Dans son document en date de 2013 dédié au ratio de liquidité à court terme, le comité de Bâle rappelle que la crise financière de 2007 a montré que des banques « dotées d’un niveau de fonds propres adéquat » se sont retrouvées en situation difficile du fait de l’assèchement brutal et durable de la liquidité. Selon le comité de Bâle, « la crise a fait apparaître l’importance de la liquidité pour le bon fonctionnement des marchés financiers et du secteur bancaire ». Depuis Bâle III, les banques sont donc tenues de respecter, en plus des ratios de solvabilité, deux ratios de liquidité, l’un à court terme, le LCR (Liquidity Coverage Ratio), et l’autre à moyen ou long terme, le NSFR (Net Stable Funding Ratio).

Le ratio de couverture de liquidité à court terme (LCR) est défini comme le ratio entre la valeur totale des actifs liquides de haute qualité (High-Quality Liquid Assets, HQLA), appelé coussin de liquidité par les banques, et le total des sorties de trésorerie, nette des entrées, sur une période de stress de 30 jours. Ce ratio LCR s’applique à toutes les banques actives sur le plan international à partir d’une base consolidée, c’est-à-dire au niveau du groupe, comme d’ailleurs les différents ratios de solvabilité. Tel qu’il est formulé dans le dispositif de Bâle (voir Basel framework, LCR 20), l’objectif de ce ratio est de s’assurer que les établissements bancaires disposent d’actifs liquides de haute qualité et en quantité suffisante pour surmonter une période de tension sur une durée de 30 jours calendaires.

Que sont les High Quality Liquid Assets ?

Il reste bien entendu à préciser ce que sont les HQLA, les actifs liquides de haute qualité, mais aussi ce que signifie période de tension dans le calcul du ratio. Les trois caractéristiques fondamentales d’un actif qualifié de HQLA non grevé (unencumbered), c’est-à-dire exempt de toute forme de restrictions pouvant venir limiter l’aptitude de la banque à vendre ou mettre en pension l’actif, sont : un faible risque ; une valorisation simple et sûre ; une faible corrélation avec le « marché ».

L’actif qui satisfait par excellence ces trois caractéristiques est le dépôt à la banque centrale, par exemple à la Banque Centrale Européenne (BCE). Tel est également le cas des actifs considérés comme très liquides et peu risqués, ceux qui peuvent être convertis en cash rapidement et sans perte, ou avec une perte très faible. En pratique, le comité de Bâle fait une distinction entre deux types d’actifs. Les actifs de niveau 1 sont très liquides, alors que les actifs de niveau 2, le sont un peu moins. Ils sont d’ailleurs répartis en deux sous-catégories, 2A et 2B. Les actifs de niveau 2A incluent, par exemple, certains titres d’État, des obligations sécurisées et des titres de dette d’entreprises. Les actifs de niveau 2B se composent d’obligations d’entreprises moins bien notées, de titres adossés à des prêts hypothécaires sur immobilier résidentiel ainsi que d’actions remplissant certaines conditions. Le comité de Bâle introduit par ailleurs deux contraintes supplémentaires, puisque ces actifs de niveau 2 ne peuvent excéder 40 % de la valeur totale pondérée des actifs HQLA, et celle de niveau 2B ne peut pas excéder 15 %.

Ces inévitables retraitements

Entré en vigueur en 2015, ce ratio de liquidité a été implémenté de manière graduelle, c’est-à-dire qu’il devait être supérieur à 60 % en 2015 pour atteindre le seuil minimal de 100 % en 2019. En réalité, la crise du Covid avait partiellement assoupli cette contrainte. Dans le Basel Framework LCR 20.5, le comité de Bâle précise toutefois qu’en situations réelles de tensions financières, « il serait toutefois tout à fait approprié que les banques utilisent leur stock d’actifs liquides de haute qualité (non grevés), ce qui pourrait entraîner un passage sous le seuil minimal ». Dire que les banques utilisent leurs actifs liquides non grevés signifie bien entendu qu’elles peuvent vendre ces actifs pour obtenir du cash, mais cela signifie aussi qu’elles peuvent, pour obtenir du cash, les utiliser comme collatéral dans une opération de mise en pension avec une autre banque ou à la BCE lorsque cet actif fait partie des collatéraux éligibles.

Une fois les HQLA définis, reste à définir la manière de calculer le numérateur et le dénominateur du ratio LCR. Une manière naturelle consisterait, pour chaque banque, à évaluer ses actifs satisfaisant le critère HQLA ainsi que les sorties de trésorerie, nette des entrées. Ce n’est toutefois pas comme cela que ce ratio LCR doit être calculé ! Le Comité de Bâle a introduit, pour chaque actif, des décotes réglementaires, qui incorporent implicitement un scénario de stress, et que les banques doivent utiliser pour calculer le ratio de liquidité.

Jusqu’à 50 % de décote

Au dénominateur, les dépôts à vue de la clientèle de détail de maturité inférieure à 30 jours ont une décote de 5 % (LCR 99). Ceci signifie donc que si la banque a des dépôts à vue d’une valeur de 100, même si la banque anticipe que ces dépôts resteront de manière durable au sein de l’établissement, elle doit leur appliquer cette décote de 5 %. Ce qui revient à faire l’hypothèse que la sortie de trésorerie est égale à 5. Selon leur origine, les dépôts considérés comme moins stables peuvent avoir une décote de 10 %, voire plus.

Au numérateur, le principe est identique, la banque calcule une valeur pondérée, égale à la valeur d’un actif multipliée par un coefficient inférieur ou égal à un. Il représente donc une décote réglementaire. Puisque les dépôts d’une banque à la banque centrale représentent l’actif liquide par excellence, il n’y a pas de décote pour ces dépôts et leur poids réglementaire est de 1. Toutefois, selon les actifs financiers, le poids réglementaire diffère. Il peut être de 85 % ou de 50 % pour un titre de dette. Pour une action, la décote réglementaire est de 50 %. Autrement dit, lorsqu’une banque détient pour une valeur de 100 en actions, sa valeur pondérée est de 50.

Et si la crise durait un trimestre ?

C’est dans le pilier 3 que les banques rapportent les informations réglementaires concernant leurs ratios de solvabilité, mais également leurs ratios de liquidité. Bien que les banques rapportent de nombreuses informations, elles ne rapportent que la valeur totale pondérée de ses actifs, c’est-à-dire le chiffre associé au numérateur du ratio LCR.

Force est de constater que les grandes banques françaises ont des ratios de liquidité très confortables (voir tableau), bien au-dessus du minimum requis par le comité de Bâle. Si rassurant soit ce résultat, la méthodologie du LCR pose de nombreuses questions. Puisqu’il s’agit d’un ratio stressé sur 30 jours, que se passerait-il si une crise de liquidité durait non pas un mois, mais un trimestre ? Par ailleurs, il est stipulé qu’en situation de tension financière, une banque peut ne pas satisfaire à sa contrainte de liquidité et avoir un ratio de liquidité LCR inférieur à 100 %. Cependant, les documents officiels ne disent pas explicitement comment sont définies ces périodes de tension financière, laissant une marge d’incertitude sur l’implémentation pratique du LCR dans ces périodes.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº910
Un exemple pratique pour mieux comprendre le LCR
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En France, BNP Paribas a les ratios de liquidité les plus faibles
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