Parmi les 27 Commissaires européens proposés par Ursula von der Leyen, et approuvés par le Parlement, la portugaise Maria Luis Albuquerque a été désignée pour le portefeuille des Services financiers et de l’Union de l’épargne et des investissements. Elle est membre du Parti social-démocrate (PSD, droite), un parti rattaché au PPE, premier groupe du Parlement. Tel était aussi le cas de Mairead McGuiness, sa prédécesseure à la Commission.
Ses axes de travail recouvrent des sujets épineux : l’union bancaire, la transposition de Bâle 3 mais aussi la révision du cadre réglementaire de la titrisation, le développement de l’investissement des particuliers et le soutien à la compétitivité européenne, pour ne citer qu’eux. L’équation pour les mettre en œuvre paraît complexe. Sa mission se jouera sur une ligne de crête.
Maria Luis Albuquerque ne part pas d’une feuille blanche. Elle a ainsi fait partie d’un groupe d’experts, en 2019 et 2020, mandaté par la Commission européenne pour travailler sur l’Union des marchés de capitaux.
Issue de la haute administration portugaise, elle fut ensuite ministre, avant de travailler dans le privé : des fonctions successives au sein de parties prenantes dont les intérêts ne sont pas forcément alignés. Revers de la médaille : elle a dû montrer patte blanche lors de son audition, début novembre, par les eurodéputés sur d’éventuels conflits d’intérêts, comme sur sa volonté de renforcer la stabilité financière.
Familière des discussions
sur le « front » européen
Ministre déléguée au Trésor en 2011, cette économiste, également titulaire d’un doctorat en sciences politiques, a ensuite été nommée ministre des Finances entre 2013 et 2015. Au Portugal, son nom est associé aux mesures post-crises financière de 2008 et de la dette souveraine en 2012. Son mandat fut synonyme d’austérité. Les eurodéputés portugais n’ont d’ailleurs pas manqué de revenir sur sa gestion des affaires durant cette période.
À Bruxelles, elle incarne la figure du bon élève, prompt à se conformer à des exigences de gestion budgétaire stricte, de même que celle d’une personnalité politique familière des discussions sur le « front » européen.
Aussi urgent que soit le développement de l’Union des marchés de capitaux, ses prérequis sont loin de faire consensus. La nouvelle commissaire y répond par un discours qui se veut pragmatique. Face au Parlement, elle ne s’est ainsi pas arc-boutée sur la méthode pour mettre en place une supervision intégrée, laissant la porte ouverte à une prérogative demeurant en partie à la main des États. Concernant le projet de garantie des dépôts européen (EDIS), actant que l’approche actuelle « ne fonctionne pas », elle choisit de mettre l’accent sur le résultat (« la même protection pour tous les déposants ») plutôt que sur les moyens d’y parvenir.
Sur un nouveau produit d’épargne européen, Maria Luis Albuquerque, prudente, se garde de tirer toute conclusion des échecs précédents : « Qu’il s’agisse d’améliorer ceux qui existent ou d’en créer de nouveaux, j’ai besoin de comprendre pourquoi [ceux qui existent] n’ont pas fonctionné. »
La « stabilité financière » a disparu de l’intitulé du commissariat, au profit de l’« Union de l’épargne et de l’investissement ». Elle occupe cependant la première place dans les déclarations de Maria Luis Albuquerque. Il n’est pas interdit de penser que cette hiérarchisation vise aussi à rassurer.
S’agissant de Bâle 3 par exemple, elle entend promouvoir une meilleure application sur le plan international avant de finaliser l’ensemble des accords au niveau européen. « Il ne s’agit pas de dérégulation, a-t-elle souligné. Il s’agit de s’assurer que la réglementation existante est mieux appliquée. » En effet, la future commissaire devra prendre en compte la problématique de la compétitivité. « L’Europe devra choisir : “tenir ses promesses” en matière de compétitivité ou voir son rôle sur la scène mondiale décliner davantage. », a d’ailleurs déclaré Wim Mijs, Chief Executive Officer de la Fédération bancaire européenne à l’issue de l’audition de Maria Luis Albuquerque.
Sa mission requerra une finesse politique affirmée. Elle s’est engagée sur des évolutions significatives concernant l’Union des marchés de capitaux d’ici un horizon de cinq ans. L’avenir nous dira si elle a péché par excès d’optimisme.