Réglementation

L’échec de FiDA déroulerait
le tapis rouge pour les GAFAM

Créé le

03.04.2026

-

Mis à jour le

22.04.2026

L’Europe hésite, tergiverse et reporte une fois de plus les négociations en trilogue sur l’open finance. Les cas d’usage concrets, eux, n’attendent pas. Une tribune portée par l’EDFA (European Digital Finance Association), l’EFA (European Fintech Association) et l’ETPPA (European Third Party Providers Association).

Chaque jour, des millions de consommateurs européens utilisent des outils d’intelligence artificielle (IA) générative pour obtenir des conseils financiers, patrimoniaux ou en assurance. Ce faisant, ils partagent volontairement et massivement des données personnelles, financières et parfois très sensibles. À titre d’exemple, le Consumer Digital Index publié en 2025 par le Lloyds Banking Group indique que 56 % de la population adulte au Royaume-Uni déclare avoir utilisé des outils d’IA au cours des 12 derniers mois pour gérer ses finances personnelles1. Ces usages ne sont pas théoriques : ils existent déjà.

Les régulateurs s’interrogent dès à présent sur l’application des règles existantes aux services financiers pilotés par l’IA2. Cela doit servir d’électrochoc : l’ère des agents d’IA interagissant avec les consommateurs dans la finance a déjà commencé, et l’Europe a urgemment besoin d’un cadre clair, tel que le règlement proposé sur l’accès aux données financières (Financial Data Access, FiDA), afin de garantir que ces services se développent dans un écosystème de données européen sécurisé et souverain.

Affirmer que « les consommateurs ne veulent pas de FiDA » est non seulement faux, mais aussi dangereux. Les consommateurs veulent des services simples, personnalisés, efficaces et abordables. Et, en l’absence de cadre européen, l’accès aux données continuera de s’étendre via des écosystèmes propriétaires.

Une dépendance croissante
aux géants américains

Ne nous trompons pas de débat : en l’absence d’un cadre européen sur l’open finance, la dynamique de marché sera de plus en plus façonnée par des acteurs opérant selon des philosophies réglementaires et des infrastructures différentes, pas toujours au bénéfice de l’Union européenne, des consommateurs et des entreprises.

En reportant continuellement FiDA, l’Europe manquera une fenêtre critique pour renforcer son marché intérieur et sa capacité d’innovation dans les services financiers et d’assurance. Les données financières et assurantielles sont le carburant de l’IA, des systèmes à agents, de la tarification dynamique, de la prévention des risques, de la détection des fraudes et des innovations de demain.

Si l’Europe ne met pas rapidement en place un cadre clair, équilibré et sécurisé pour le partage des données, celui qu’elle adoptera finalement sera déjà obsolète, tant les usages et l’innovation auront évolué plus rapidement ailleurs. Entre-temps, les Européens se tourneront vers des technologies et services non européens.

Le statu quo n’est pas neutre. Il encourage déjà des pratiques de collecte de données non régulées ainsi qu’une dépendance croissante des banques et assureurs européens aux infrastructures et intermédiaires américains.

FiDA n’est pas parfait, mais l’inaction serait bien pire

Par ailleurs, l’argument avancé par certains assureurs selon lequel FiDA profiterait principalement aux Big Techs n’est pas crédible. Les institutions financières et les assureurs dépendent déjà fortement de ces acteurs pour leurs activités de communication et d’acquisition client. Ainsi, sur la base de données issues de cabinets de conseil, d’organisations professionnelles du secteur de la publicité et de sources des GAFAM, il est estimé que le secteur de l’assurance en France dépense chaque année entre 450 et 730 millions d’euros en publicité digitale via les canaux Search et Social sur Google et Meta.

En favorisant le développement d’applications reposant sur un accès élargi et sécurisé aux données, FiDA permettrait de proposer aux consommateurs des outils de comparaison et de sélection plus personnalisés et transparents. Ces solutions constitueraient une alternative crédible aux moteurs de recherche, où la visibilité dépend aujourd’hui largement des dépenses publicitaires et du référencement payant.

Le texte FiDA peut et doit être amélioré. Il a besoin à ce jour de davantage de progressivité, d’une priorisation plus claire des cas d’usage, d’une attention renforcée sur la cybersécurité et la soutenabilité opérationnelle, et enfin d’un meilleur centrage sur le client.

Aucune de ces améliorations ne justifie cependant de retirer le texte ni de maintenir l’inertie actuelle. L’histoire récente nous l’a montré : DSP2 n’était pas parfaite, mais elle a permis l’émergence de l’open banking en Europe ; le RGPD non plus, mais il a donné à l’Europe une voix mondiale sur la protection des données.

Un appel à la responsabilité collective

Souveraineté, compétitivité, relation client : ces enjeux dépassent FiDA. Au fond, le texte pose des questions essentielles. L’Europe veut-elle garder le contrôle de ses données financières et permettre à la finance numérique d’innover et d’améliorer l’expérience utilisateur ? A-t-elle pour ambition de renforcer la relation client avec les banques et les assureurs et de préserver un modèle financier et assurantiel européen standardisé, inclusif et compétitif ?

L’EDFA, l’EFA et l’ETPPA appellent non seulement les institutions européennes à maintenir FiDA à l’agenda et à accélérer les discussions, mais aussi les États membres à dépasser leur posture attentiste, et les dirigeants des banques et assurances à assumer une responsabilité collective dans la construction du secteur pour les vingt prochaines années et à s’engager activement dans la mise en place de l’open finance en Europe. Cela implique de dépasser les considérations de court terme et de reconnaître que les investissements précoces dans les infrastructures de données et l’interopérabilité seront essentiels pour favoriser l’innovation, la résilience et la compétitivité mondiale.

L’ensemble de l’écosystème financier européen doit travailler ensemble pour améliorer le texte, plutôt que de l’enterrer. Sans FiDA, il n’y aura pas de souveraineté des données, pas de finance européenne pilotée par l’IA, pas d’alternative crédible aux Big Techs.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº916
À retenir
« L’ensemble de l’écosystème financier européen doit travailler ensemble pour améliorer le texte, plutôt que de l’enterrer. Sans FiDA, il n’y aura pas de souveraineté des données, pas de finance européenne pilotée par l’IA, pas d’alternative crédible aux Big Techs », précise Alessandra Guion, présidente du Board de l’EDFA.
Notes :
1 Rapport « 2025 Consumer Digital Index» de Lloyds Banking Group : https://www.lloydsbankinggroup.com/assets/pdfs/media/consumer-digital-index/2025/2025-consumer-digital-index.pdf.
2 L’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) a récemment saisi la Commission européenne d’une question (Q&A 3407) visant à déterminer si les chatbots fondés sur l’IA interagissant avec les clients pourraient relever de la Directive sur la Distribution d’Assurances. À ce sujet, « Is ChatGPT an Insurance Distributor in the EU?», Andres Lehmets Advisory : https://andreslehtmets.com/blog/is-chatgpt-an-insurance-distributor-in-the-eu