Technologie

ISO 20022, prochaine révolution de l’open finance

Créé le

18.07.2022

En imposant un nouveau langage commun pour les échanges financiers, ISO 20022 s’apprête à rebattre les cartes des messages de paiements et représente une véritable aubaine pour les acteurs financiers. Tour d’horizon des prochaines échéances et conseils pour réussir sa migration.

Si l’open banking a bouleversé le marché financier, ce dernier n’a pas fini de se transformer en profondeur, et sa prochaine révolution réside dans l’adoption d’ISO 20022. Cette norme internationale basée sur les messages XML (ou MX) a pour objectif de faciliter l’échange de données électroniques entre les établissements financiers, leurs clients, les utilisateurs, les entreprises, etc., et d’harmoniser l’interopérabilité des paiements nationaux et internationaux, et ce quelle que soit l’infrastructure utilisée. Ce langage commun s’applique à tous les échanges et concerne aussi bien les paiements que les devises, les cartes bancaires, les titres, etc.

Pour comprendre son utilité, un rapide rappel historique s’impose. En 1973, la communauté bancaire décide de numériser son infrastructure télex et fonde la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT) pour permettre l’échange d’informations préalables aux paiements entre institutions financières. Ainsi, en 1977, le réseau SWIFT transmet le premier message électronique sous la norme MT (message type). Toutefois, ce format n’est plus adapté au volume actuel des flux financiers, qui nécessitent davantage de cohérence et de structure pour rationaliser le traitement des échanges. Résultat : 90 % des messages MT utilisent des champs annexes pour apporter des informations supplémentaires, ce qui rend difficile leur automatisation.

Or, à l’échelle de SWIFT, qui gère quotidiennement 42 millions de messages et 7,5 trilliards de dollars de paiements, le coût peut être considérable. C’est en grande partie pour répondre à ce défi qu’a été pensée la norme ISO 20022 et du format de message MX à l’échelle mondiale.

Le calendrier réglementaire

L’Union européenne, avec le système de paiement Target 2, devra amorcer sa période transitoire dès novembre 2022. Banques et organisations financières auront 3 ans pour délaisser progressivement le format MT et adopter le MX. Grâce à des outils qui permettront de communiquer entre les deux formats, ces derniers pourront tout à fait cohabiter pendant la migration. D’ici à 2025, les acteurs bancaires et financiers du monde entier devront avoir finalisé leur migration vers ISO 20022, sous peine de ne plus être en mesure de communiquer de façon intelligible et sécurisée avec leurs parties prenantes.

Si cette échéance vaut pour tous, certaines régions sont plus en avance que d’autres. À ce titre, 70 pays font déjà d’ISO 20022 leur standard par défaut, parmi lesquels la Suisse, le Japon, la Chine. Les États-Unis, eux, devront délaisser MT à partir de 2023. Tandis qu’en France, au même titre que le reste de l’Union européenne, cela se fera dès la fin 2022.

De multiples avantages pour
les organisations financières

Le nouveau format MX est par nature plus structuré et riche en informations que son prédécesseur. Il contient une bibliothèque de 1 500 données-types mise à la disposition de tous les acteurs et qui vient simplifier la manière dont les informations sont échangées entre eux. Grâce à sa structure hiérarchique, le message MX est donc extrêmement simple à compléter et à lire automatiquement. Ce sont non seulement les opérations financières qui s’en trouvent optimisées, mais aussi la vérification des informations relatives à chaque transaction. À la clé : clarté, cohérence, traitement facilité et efficacité accrue, grâce à des échanges de données informatisées de bout en bout. Cette uniformisation permet aux banques et institutions financières d’automatiser les processus de gestion des flux financiers et, in fine, d’optimiser les coûts opérationnels et le pilotage des liquidités.

La norme ISO 20022 amène également une plus grande transparence. Avec une nomenclature commune, les marchés financiers gagnent en conformité, en intégrité et en sécurité, puisque cela limite les risques d’erreurs humaines et les opérations frauduleuses. Par ailleurs, grâce à une meilleure lisibilité et des informations plus complètes, les données échangées gagnent en richesse et en qualité. Un moyen pour les banques de se réapproprier leurs données clients et un argument de taille, alors que les fintechs et les big techs préemptent la gestion de cet « or gris » depuis plusieurs années.

L’automatisation des tâches et l’enrichissement des données ouvrent le champ des possibles pour les acteurs financiers, qui pourront redéployer leurs efforts sur des missions à plus forte valeur ajoutée. Ils auront notamment les clés pour travailler directement sur l’amélioration de l’expérience utilisateur, comprendre et anticiper les besoins des clients et concevoir de nouvelles offres pour y répondre.

Par ailleurs, ISO 20022 envisage davantage d’inclusion pour les TPE et PME, qui pourront proposer de nouveaux services à leurs clients à moindre coût et tenter de faire jeu égal avec les leaders du marché et les early adopters des nouvelles technologies et du format MX. En effet, les fintechs ont été les premières à adopter ce format et ont su révolutionner le marché des services bancaires et financiers à destination des particuliers, en proposant toute une panoplie de services toujours plus rapides et instantanés, de la consultation de son solde à l’agglomération de comptes en passant par les virements. Alors que les acteurs de l’open banking ont réussi à capter plus de 30 % des revenus des établissements traditionnels, ISO 20022 donne une chance aux banques de limiter la désintermédiation financière et de contrer leur montée en puissance.

Assurer une migration réussie

L’adoption d’ISO 20022 est un chantier d’envergure qui présente deux principaux défis. Tout d’abord, le risque d’une déperdition d’informations entraînée par la cohabitation des messages MT et MX, notamment durant la période transitoire.

De plus, la migration technologique en elle-même peut s’avérer difficile, en particulier pour les plus grands acteurs dont l’infrastructure informatique est plus complexe. Il s’agit d’un processus long qui doit être déployé au gré d’un agenda clairement défini. Pour les structures intermédiaires, certes plus agiles, la difficulté porte davantage sur les ressources et les capacités de stockage étendues nécessaires pour traiter un volume de données accru.

Néanmoins, ces défis peuvent être relevés facilement et la solution tient en un mot : la collaboration. Grandes et petites structures doivent avoir recours aux bons partenaires technologiques. S’adjoindre les services des acteurs les plus innovants, notamment au sein de la fintech, dont le langage « natif » est le MX, est l’assurance d’optimiser les ressources à mobiliser dans le cadre de leur migration.

S’il est compliqué de se figurer tous les possibles de la norme ISO 20022, on peut facilement imaginer qu’avec l’automatisation des échanges et l’important volume de données à traiter, banques et institutions financières feront de plus en plus appel aux technologies reposant sur l’intelligence artificielle et le machine learning. Grâce à une visibilité d’une précision inédite sur les flux financiers, qui sait, par ailleurs, si elles ne seront pas en mesure de développer une vision prédictive à partir de laquelle elles développeront des produits toujours plus disruptifs.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº870