C’est l’un des rares acteurs à oser des pronostics chiffrés dans ce secteur. Comme chaque année, le cabinet Facts & Figures vient de livrer sa prévision de rendement moyen pour les fonds en euros en assurance vie. Cyrille Chartier-Kastler, son dirigeant et fondateur a indiqué le 17 octobre attendre à 2,65% en 2025. De quoi renforcer l’attractivité de ce support, qui a capté 62% des cotisations depuis le début de l’année selon les chiffres de France Assureurs.
Selon le cabinet de consultant, le taux de rendement des fonds en euros devrait donc rester très proche de 2024 où il s’était établi à 2,64% de rendement moyen à l’échelle du marché. Cela permettra aux fonds en euros de creuser l’écart avec un Livret A, désormais à 1,7% et probablement en baisse en février prochain, et des livrets ordinaires guère mieux lotis si l’on tient compte de la fiscalité.
Ne pas omettre les prélèvements sociaux... ni l’inflation
Car la comparaison entre placements, susceptible d’orienter les flux sur tel ou tel, a vocation à s’effectuer sur base comparable. Si le taux moyen présenté s’entend bien net de frais de gestion contrat, cette estimation est brute de prélèvements sociaux. Déduction faite des 17,2% ponctionnés à la source, la revalorisation moyenne des poches en euros réellement obtenue par les assurés devrait donc se situer autour des 2,19% cette année. Un chiffre bien au-dessus du rendement annuel moyen des dix dernières années (1,56%).
Pour une analyse pertinente, un second calcul est en outre nécessaire, le capital ne gagnant en pouvoir d’achat que s’il rapporte plus que l’inflation. “Depuis 2017, les épargnants ont cessé de s’enrichir avec les fonds en euros, rappelle à cet égard Fact & Figures. Le rendement moyen net de frais, net d’inflation et net de prélèvements sociaux et fiscaux est globalement négatif depuis 2018.” Selon nos calculs, ce rendement “réel” hors inflation et prélèvements a en effet affiché une moyenne négative au cours des dix dernières années (-0,25% par an). Pire encore, il a plongé à -3,6% et -2,7% en 2022 et 2023 du fait de la flambée des prix (voir graphique).
Des assurés pas tous servis
de la même manière
L’inflation plus modérée couplée à la politique offensive de nombreux assureurs a permis aux fonds en euros d’amorcer une inflexion l’an passé avec un rendement réel redevenu légèrement positif (+0,19%). Pour y parvenir, ils ont pioché dans leurs réserves pour soutenir les rendements et la collecte, ce qui est l’une des causes de la légère baisse en 2024 de ratio de solvabilité des assureurs français, passé de 250 à 239%, un niveau très convenable. Pour le fonds en euro, le retour aux gains de pouvoir d’achat est donc appelé à se poursuivre en 2025 et de belle manière. Si l’on se fonde sur l’hypothèse d’inflation de la Banque de France voisine de 1%, les fonds en euros pourraient rapporter réellement quelque 1,2% cette année... Ce qui constituerait un record depuis 2016.
Il convient enfin de ne pas oublier que cette projection globale est une moyenne : elle recouvre des réalités bien différentes selon le type de contrat et le canal de distribution. À titre d’illustration, en 2024, la clientèle dite “standard” des grands réseaux n’a obtenu “que” 2,16% de rendement brut moyen (-0,21% après prélèvements et inflation) alors que les clients “patrimoniaux” des groupes mutualistes ont bénéficié d’un rendement moyen de 3,05%, soit 0,52% net de prélèvements et d’inflation.