La finance verte et la digitalisation sont devenues des thématiques d’investissement incontournables et populaires. Toutefois, après l’euphorie, viennent le coup de bâton et la désillusion. La multiplication des accusations de greenwashing visant de grandes banques internationales ou encore le redémarrage à venir de centrales à charbon en Europe à la suite de la guerre en Ukraine plongent les acteurs de la transition écologique dans le doute, tandis que les inquiétudes sur les risques que représentent la cybercriminalité ou les crypto-actifs pour la stabilité financière et les consommateurs se font prégnantes. Ce contexte donne en tout cas raison aux autorités, qui poursuivent inlassablement leurs réflexions et leurs travaux pour renforcer et parfaire les cadres réglementaires et de surveillance pour ces deux tendances prédominantes. « Les implications à long terme de l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine, notamment pour l’énergie, l’alimentation, l’économie, la sécurité, la défense et la géopolitique, affecteront clairement la voie de l’Europe vers des transitions vertes et numériques équitables, souligne la Commission européenne. Cependant, ces défis futurs et d’autres ne détourneront pas l’Union européenne de ses objectifs à long terme. Avec le bon ensemble de politiques, elles peuvent servir de catalyseur pour accélérer leur réalisation. » Dans son rapport de prospective stratégique 2022, Bruxelles examine le jumelage des transitions verte et numérique et leur capacité à se renforcer mutuellement pour atteindre les objectifs de développement durable des États membres. L’invasion russe en Ukraine a révélé l’importance des aspects géopolitiques de la transition énergétique : la Commission croit en la capacité des technologies numériques à garantir la sécurité énergétique de l’UE, rendre l’agriculture et les transports plus verts et gérer l’offre et la demande des grands utilisateurs industriels d’énergie dans un système aux sources et matières premières diversifiées.
Inclure le risque climatique
dans les tests de résistance
Dans son rapport annuel 2021, l’Autorité bancaire européenne (EBA) indique faire des critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG) l’une de ses priorités pour 2022. L’autorité bancaire compte discuter de la meilleure manière d’inclure le risque climatique dans un cadre de test de résistance et travailler à l’élaboration d’un cadre de surveillance et de suivi des risques ESG et pour la stabilité financière liés au climat. Elle va également étudier comment assurer un suivi approprié de l’utilisation du produit des prêts verts et éviter le greenwashing. Concernant le numérique, l’EBA, en étroite coordination avec les autres autorités de surveillance européennes, va continuer à plancher sur la mise en œuvre de la nouvelle législation DORA (Digital Operational Resilience Act), afin de préciser les détails techniques de mise en œuvre des exigences légales.
Cybersécurité : « des risques accrus »
Dans le même temps, le régulateur prévoit de surveiller l’évolution des Titres III et IV de la directive MiCA (Markets in Crypto-Assets), qui portent sur les jetons se référant à des actifs et ceux de monnaie électronique, et d’identifier les étapes nécessaires à la préparation des éventuelles fonctions de surveillance des émetteurs de jetons « significatifs » ou de ceux qui se soumettent volontairement à la surveillance au niveau de l’UE. Côté paiement, l’EBA va entreprendre, entre autres, des analyses de l’impact de la numérisation des services de paiement et de sujets liés comme l’évolution du marché des paiements, l’authentification forte du client ou encore les nouveaux risques de sécurité. Risques et opportunités découlant de la numérisation des marchés ont été en 2021 au centre des préoccupations de l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), dont le rapport annuel a paru en juin. « L’accélération de la numérisation a suscité des inquiétudes accrues concernant la cybersécurité. Les travaux en cours sur l’élaboration de réglementations intersectorielles sur la résilience opérationnelle numérique et les crypto-actifs visent à faire face à ces risques », précise l’ESMA, qui a élaboré l’année dernière sa feuille de route concernant la finance durable pour la période 2022-2024. Ses travaux prioritaires sur ce sujet incluent la lutte contre le greenwashing et la promotion de la transparence, le renforcement de ses propres capacités et de celles des autorités nationales compétentes et la surveillance, l’évaluation et l’analyse des marchés et des risques ESG.