Pour décarboner l’économie,
il faut soutenir les énergéticiens

Créé le

07.11.2023

-

Mis à jour le

20.11.2023

La transition vers une économie bas carbone suppose une prise de risque vis-à-vis des technologies nouvelles, voire plus de financements d’activités fortement émettrices.

Entre le bâton que représente la taxonomie de l’Union européenne (UE) et la carotte que sont l’Inflation Reduction Act américain, le projet de règlement européen pour une industrie à zéro émission nette ou la stratégie de transformation verte (GX) annoncée au Japon, sur la voie de la neutralité carbone, nous aurons besoin à la fois de la carotte et du bâton pour garantir que suffisamment de capitaux soient dirigés vers ce que le secteur financier appelle la « finance de transition ».

L’annonce récente, par la Commission européenne, de son intention de mieux définir la finance de transition dans le cadre de l’UE est à saluer. Permettre à d’importantes institutions financières de financer la transition représente une immense opportunité commerciale, qui suppose d’identifier avec précision où se situe le risque climatique dans nos économies et nos bilans financiers.

Le succès de la stratégie du secteur financier d’atténuation des risques liés au changement climatique dépendra de la capacité des gouvernements, des entreprises et des institutions à prendre des décisions éclairées sur la meilleure manière de déployer les financements. Il est possible que le déploiement du financement de transition entraîne une augmentation temporaire de nos « émissions financées ».

Crédible, réaliste et rentable

La transition nécessaire pour parvenir à un monde bas-carbone est sans précédent et demande une transformation de fond en comble des secteurs de l’industrie et de l’énergie. Elle exige une compréhension profonde des technologies disponibles et viables. Elle repose également sur un dialogue entre les décideurs politiques, la société et le secteur privé, afin qu’ils s’accordent pour décider si les hypothèses actuelles, les méthodologies et les nouvelles technologies disponibles aujourd’hui et à l’avenir peuvent nous permettre d’atteindre notre objectif « zéro émission nette » de manière crédible, réaliste, mais aussi rentable.

Au Japon, l’énergie et l’industrie (verre, ciment, acier, papier, chimie) sont responsables de 70 % des émissions. L’accent est souvent mis sur le « E » de « ESG », mais si nous ne procédons pas à une réforme totale du système énergétique mondial, nous ne serons pas en mesure de décarboner d’autres secteurs importants. Réduire le CO2 dans le secteur de l’énergie se justifie dans de nombreux autres pays d’Asie.

Le financement de transition constitue l’approche la plus adaptée pour réduire le risque climatique dans notre propre bilan financier. Il est de notre responsabilité de soutenir la gestion des risques associés à la transition vers le « zéro émission nette ». Cela implique d’interagir avec l’économie réelle et d’aider nos clients professionnels à réussir leurs stratégies de transition. Si nous nous désengageons, qui aidera ces secteurs extrêmement polluants à se décarboner ?

Un engagement global

Le dialogue permanent avec nos clients est la condition de la mise en œuvre d’une planification de la transition. Depuis la publication, par la Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ), de son premier guide de planification de la transition, en novembre 2022, de nombreuses institutions financières se sont engagées dans un processus intense de soutien de cette planification, avec pour ambition de mieux formuler leur stratégie individuelle. Les considérations, hypothèses et décisions stratégiques qui résultent de ce processus constitueront le plan de transition spécifique de chaque institution.

Les décisions stratégiques prises par une banque afin de déployer au mieux son capital pour financer la transition et les résultats d’un tel financement constituent des critères pour déterminer la crédibilité d’un plan de transition. Cela implique un processus, respectueux mais rigoureux, d’évaluation et d’étude de faisabilité des plans de transition des clients.

Soutenir la décarbonation du secteur de l’énergie – notamment en Asie – contribuera à décarboner l’économie réelle. Les secteurs public et privé devront se concentrer sur un financement permettant de s’éloigner des sources d’émission. Nous devons tous nous engager et, dans une certaine mesure, assumer les risques liés aux investissements dans de nouvelles technologies crédibles. Les grandes banques sont engagées et se sentent tenues de garantir l’évolution de leurs bilans financiers vers la neutralité carbone. Avant d’adhérer à la GFANZ, la plupart des institutions financières ne disposaient d’aucun plan de transition.

Après un travail considérable pour définir sa contribution aux efforts mondiaux de décarbonation, MUGF commence à mettre en œuvre ses plans et l’avenir du monde dépend aujourd’hui de ceux qui ont un plan de transition.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº886