Décevante. La COP 30, qui s’est tenue du 10 au 21 novembre à Belém, sous la présidence du Brésil, n’a pas prolongé l’élan créé par la COP28 à Dubaï, où les engagements climatiques des États avaient été renforcés. Elle a été largement critiquée, notamment en Europe, pour l’absence d’une feuille de route claire vers la sortie des énergies fossiles. Plus de 80 pays réclamaient un cadre flexible permettant à chaque État de réduire charbon, pétrole et gaz à son rythme. Toutefois, les grands pays producteurs de pétrole ont réussi à obtenir le retrait de toute mention contraignante. Face à cette impasse, 29 pays avec notamment France, Allemagne, Espagne et le Royaume-Uni ont menacé de bloquer l’accord. Mais ils ont finalement accepté le compromis, le texte intégrant malgré tout plusieurs mesures structurantes.
New wording : Belém Package
et Belém mission to 1,5 °C
Approuvé par les 195 parties, le Belém Package prévoit de tripler le financement de l’adaptation d’ici 2035 à 120 milliards de dollars, un soutien crucial aux pays vulnérables. Pas moins de 59 indicateurs volontaires serviront au suivi des progrès vers l’objectif mondial d’adaptation. Ils couvrent plusieurs secteurs (eau, alimentation, santé, infrastructures...) tout comme des enjeux transversaux (financement, technologie, renforcement des capacités).
La COP 30 institue un mécanisme de transition centré sur l’équité et la coopération internationale. Elle va par ailleurs accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris via le Global Implementation Accelerator, qui soutient l’exécution des contributions nationales et plans d’adaptation, et la Belém Mission to 1,5 °C, chargée de stimuler l’ambition collective sur atténuation, adaptation et investissement. Un autre mécanisme, le Fostering Investible National Implementation (Fini) rendra les plans nationaux finançables et mobilisera jusqu’à 1 000 milliards de dollars sur trois ans, avec 20 % de fonds privés.
Un déploiement de financements innovants
La feuille de route marque un tournant pour l’architecture financière internationale. Les flux financiers climatiques seront portés à au moins 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, et s’accompagneront d’une mobilisation accrue des secteurs public et privé, ainsi qu’un accès renforcé en faveur des pays en développement. Sont également prévus dans le cahier des charges les réformes des banques multilatérales, le renforcement des financements concessionnels et subventionnés, et le déploiement d’instruments innovants. Parmi eux : la finance mixte (blended finance), combinaison de capitaux publics et privés pour soutenir des projets climatiques et réduire les risques pour les investisseurs, et les échanges dette-climat (debt-for-climate swaps), permettant à un État de racheter une partie de sa dette à prix réduit en s’engageant à investir dans des projets climatiques certifiés.
Pas de consensus sur le pétrole
Malgré ces avancées et les ambitions de certains pays ou régions, la COP 30 a été donc incapable de produire un consensus sur la sortie des énergies fossiles. L’Union européenne (UE) s’était d’ailleurs rendue à Belém avec ses propres convictions et objectifs, portée par la nouvelle contribution déterminée au niveau national annoncée par le Conseil européen dans le cadre de l’accord de Paris : celle-ci prévoit la réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre entre 66,25 % et 72,5 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2035, une étape clé en vue d’une réduction nette de 90 % d’ici à 2040 et de la neutralité climatique de l’UE d’ici à 2050. Les rapports 2025 sur l’union de l’énergie ont confirmé la trajectoire vers 2030 : les émissions nettes ont reculé de 2,5 % en 2024 par rapport à 2023, soit -37,2 % depuis 1990, tandis que le produit intérieur brut a crû de 71 %.
Si les États tardent à prendre les mesures nécessaires, la facture internationale pourrait s’envoler. Selon le NGFS, le réseau des banques centrales sur la finance verte, un retard de trois ans dans la transition ferait grimper son coût de 0,5 % à 1,3 % du produit intérieur brut mondial d’ici 2030, un scénario particulièrement défavorable pour les économies vulnérables, la stabilité macroéconomique et les chaînes d’approvisionnement. L’urgence d’agir reste totale.