Créé par la loi relative à l’industrie verte du 23 octobre 2023, le Plan d’épargne avenir climat (PEAC) est une nouvelle enveloppe dédiée aux jeunes. Pouvez-vous nous en rappeler les principes ?
Le PEAC s’adresse aux clients âgés de 0 à 20 ans. Son plafond de versement est aligné sur celui du Livret A, soit 22 950 euros. Il permet aux parents, puis aux enfants devenus majeurs, de constituer une épargne investie sur les marchés obligataires et actions, avec une orientation explicite vers la transition énergétique et environnementale.
Conçu dans le cadre de la loi Industrie verte, ce produit vise à flécher l’épargne, notamment celle des plus jeunes, vers le financement de cette transition. Par construction, il s’agit d’un produit de long terme, avec des caractéristiques spécifiques. Il propose deux modes de gestion.En gestion libre, les parents ou l’enfant devenu adulte peuvent choisir parmi une liste de supports et arbitrer eux-mêmes dans le temps entre ces supports et le fonds en euros. Notre PEAC, qui a été structuré par BPCE Assurances, recense ainsi quatre fonds soigneusement sélectionnés (Ecofi Agir Pour le Climat, Mirova Global Green Bond Fund, Dorval European Climate Initiative et Mirova Europe Environmental Equity). En gestion pilotée, le PEAC repose sur une sécurisation progressive de l’épargne, s’appuyant sur un fonds principal – Ecofi Agir pour le Climat – et le fonds en euros BPCE Vie.
Deux profils de risque sont proposés : équilibré et prudent. Le cadre réglementaire impose a minima un profil équilibré, mais nous avons souhaité offrir un choix supplémentaire avec un profil prudent. Sur ce dernier, la sécurisation progressive implique une part de fonds en euros de 90 % deux ans avant la date estimée de liquidation, contre 70 % pour le profil équilibré. Cette approche permet au conseiller d’aborder avec les familles les notions de risque et de fonctionnement des marchés financiers.
À quel besoin répond ce nouveau produit ?
Le PEAC constitue une proposition différente du Livret A. Il s’agit d’un contrat de capitalisation, principalement destiné à préparer le financement des études ou à constituer un capital de départ dans la vie adulte. La liquidation peut intervenir jusqu’aux 30 ans du souscripteur.
La différence majeure avec le Livret A réside dans l’espérance de rendement : le PEAC est investi sur des supports plus risqués, avec un potentiel de performance supérieur. Il répond aussi à une conviction forte : la culture financière des ménages reste insuffisante. Ce produit permet d’introduire, dès le plus jeune âge, la notion d’investissement et d’intéresser les enfants aux placements.
Quel est, selon vous, son principal atout ?
Son principal atout réside dans la gestion profilée avec sécurisation progressive, une mécanique inspirée du plan d’épargne retraite individuel et rarement proposée pour des produits destinés aux enfants en assurance vie. À cela s’ajoute un univers d’investissement exclusivement orienté vers des supports verts. Enfin, le PEAC est juridiquement dédié à l’enfant : les fonds ne sont disponibles qu’à sa majorité, ce qui garantit que l’épargne lui bénéficie pleinement. Enfin, le cadre fiscal est identique à celui du Livret A, avec une exonération totale d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux.
Pourquoi avoir limité l’offre à quatre fonds seulement en plus du fonds en euros BPCE VIE ?
Nous nous sommes fixés des exigences élevées en matière de sélection de fonds. Ceux-ci doivent être gérés selon une approche ISR (investissement socialement responsable) et disposer d’un label environnemental exigeant, comme Greenfin, ISR ou Finansol. À noter d’ailleurs que le fonds Ecofi Agir pour le Climat cumule ces trois labels. Ce produit étant destiné à une distribution très grand public, il est essentiel de proposer un univers resserré afin de ne pas désorienter les épargnants, notamment les plus jeunes.
Vous êtes encore relativement seuls sur ce créneau. Comment l’expliquez-vous ?
Certains acteurs ont mis en avant la complexité du produit et un potentiel commercial jugé limité. De notre côté, cela ne nous a pas freinés. Nous nous appuyons sur notre expertise acquise avec le PER individuel. En tant que deuxième réseau bancaire accompagnant les familles dans toutes les étapes de leur vie, il nous paraissait naturel de proposer ce produit. La principale difficulté a concerné la mise en place des gestions à échéance progressive et la sélection des fonds, deux sujets sur lesquels nous avons mobilisé l’expérience et les compétences internes du groupe.
Quel premier bilan tirez-vous de ce lancement ?
Nous sommes très satisfaits de cette première année, le produit s’installe progressivement dans la gamme. La gestion pilotée à sécurisation progressive représente 99 % des souscriptions, ce qui confirme qu’elle répond à une attente forte des parents. C’est un élément rassurant pour eux. Par ailleurs, et c’est une surprise, 85 % des investisseurs ont opté pour le profil équilibré, composé à 100 % d’unités de compte 20 ans avant l’échéance, traduisant une réelle acceptation du risque sur le long terme. Environ 70 % des plans sont alimentés par des versements programmés, pour un montant moyen de 50 euros par mois. C’est un montant très cohérent par rapport à ce que l’on peut voir sur d’autres produits d’épargne. L’âge moyen des bénéficiaires est aujourd’hui de 10 ans mais les résultats de cette première année de commercialisation ne présagent pas forcément de la suite.
Dans le contexte actuel, la dimension climatique du produit est-elle un atout ou un frein ?
C’est clairement un atout. Les clients sont en quête de sens pour leur épargne et cette attente est encore plus forte lorsqu’il s’agit de celle de leurs enfants. Les jeunes sont aussi très sensibles à la thématique environnementale et poussent leurs parents à se montrer responsables. Par ailleurs, les fonds que nous avons sélectionnés sont très diversifiés puisqu’ils couvrent la transition énergétique, écologique et l’économie solidaire.
L’objectif annoncé par Bruno Le Maire est d’obtenir une performance plus attractive que celle du Livret A. Est-ce votre cible ?
Le PEAC s’appuie sur un profil d’investissement intégrant une exposition aux marchés actions et obligataires. Sur le long terme, cette prise de risque mesurée permet d’espérer un rendement supérieur à celui des placements monétaires. Nous restons toutefois très prudents dans notre discours vis-à-vis des clients : nous insistons systématiquement sur l’existence d’un risque de perte en capital, en contrepartie d’un potentiel de performance plus élevé.
À titre d’illustration, le fonds Ecofi Agir pour le Climat a enregistré en 2025 une performance très satisfaisante de 11,55 %, supérieure à celle du CAC 40, qui a progressé d’environ 10 % sur la même période. Concernant le fonds en euros BPCE Vie, la rémunération pour 2025 s’établit à 2,05 %. Ces résultats doivent néanmoins être appréhendés dans une logique de long terme. Le PEAC est un produit conçu pour être conservé sur une durée comprise entre 10 et 30 ans, avec des phases possibles de sous-performance comme de surperformance. Il s’agit d’un investissement de long terme, permettant de lisser les cycles de marché.
Quelles sont vos autres initiatives en matière de fléchage de l’épargne ?
Nous constatons une demande croissante pour une épargne thématique, avec des produits plus granulaires ou régionalisés. Des attentes existent également autour de la défense et de la souveraineté. À titre d’exemple, un fonds de Vega IS a récemment été rethématisé sur le secteur de la défense et nous l’incluons dans les portefeuilles modèles de nos clients. D’autres projets sont à l’étude, mais il est encore trop tôt pour les détailler.