CSRD

Les exigences de la directive
peuvent être créatrices d’opportunités

Créé le

20.04.2023

Les normes et reportings extra-financiers représentent
des enjeux métiers considérables, mais ils constituent aussi
un véritable levier de transformation pour les entreprises prêtes à relever le défi.

La Corporate Sustainable Reporting Directive (CSRD), directive sur les rapports de développement durable des entreprises, doit entrer en vigueur en 2025. Son rôle est de renforcer, de clarifier et d’harmoniser les exigences de reporting extra-financier. Elle s’inscrit dans le « Pacte vert pour L’Europe », nouvelle stratégie de croissance de l’Union européenne, qui vise la neutralité carbone en Europe d’ici 2050. La CSRD a pour objectif de garantir la clarté et la sécurité des informations présentées au public sur les risques que représente la dégradation des conditions sociétales et environnementales sur l’activité de l’entreprise, mais aussi sur l’impact de l’entreprise sur ces mêmes facteurs. C’est le concept de double matérialité.

Ainsi, la CSRD propose aux entreprises un cadre réglementaire et un langage commun. Elle impose une transparence accrue et hisse l’information extra-financière aux mêmes niveaux de standards que l’information financière. Elle requiert une certaine exigence de contrôle interne, qui garantit la qualité, la fiabilité et l’accessibilité de l’information. Elle préconise également une information auditée, avec des standards de vérification supérieurs à ceux actuels.

L’ordre établi bouleversé

Pour les banques, la CSRD entraîne bien des changements : elles devront publier leurs propres informations financières et y intégrer celles des entreprises qu’elles financent. Se posent alors les questions de traitement et de récupération des données, la mise en place de cette norme devant engendrer une collecte de données auditées, normées et traçables. Comment récupérer les données des autres entreprises ? Quelles sources utiliser ? Comment gérer les enjeux de souveraineté sur l’acquisition de ces données ? Que se passe-t-il pour les entreprises non soumises à la CSRD ? La réglementation suscite de nombreuses questions.

Les établissements financiers doivent aussi s’interroger sur les moyens à déployer. RSE, finance, juridique, conformité, technologies, projet... les ressources à mobiliser sont colossales ! À cela s’ajoutent des enjeux de sourcing, de mise en qualité, de normalisation, de distribution de la donnée environnementale, sociale et de gouvernance (ESG), ainsi que le coût d’accès à celle-ci. Il faudra aussi veiller à harmoniser les diverses exigences entre reportings financiers et extra-financiers.

Cette directive va définitivement bouleverser l’ordre établi. Les normes et reportings extra-financiers représentent des enjeux métiers considérables. En matière de refinancement, les conséquences sont déjà perceptibles. Dans une démarche de décarbonation des portefeuilles, la note extra-financière d’une société va devenir décisive pour les investisseurs et les banques seront contraintes de se désengager des contreparties les moins vertueuses...

Mais ce nouveau cadre présente également des opportunités. C’est l’occasion d’accompagner les clients dans leurs enjeux de décarbonation, de nouer des partenariats pour aider les entreprises à réaliser leur diagnostic de performance énergétique ou encore développer de nouveaux produits, dans le cadre du financement de la transition.

Un fort enjeu stratégique

Aujourd’hui, les exigences réglementaires et les initiatives liées au climat s’intensifient et se multiplient. La donnée climatique devient un élément clé de la stratégie des acteurs banquiers et financiers, qui doivent se préparer et se positionner dès à présent et, pour cela, prendre des engagements. Cela commence par évaluer la situation actuelle, définir des objectifs et identifier les actions à mener. Il s’agira ensuite de suivre et piloter ces engagements en mettant en place les systèmes appropriés. Enfin, il faudra faire preuve de transparence en analysant et publiant les résultats. Cela permettra aux parties prenantes d’examiner et d’interroger les différents acteurs sur des bases comparables et d’affiner leur approche.

Pour répondre aux réglementations actuelles et à venir, les entreprises se doivent d’utiliser des méthodologies robustes, scientifiques et transparentes. Elles devront notamment intégrer les risques climatiques et la préservation de la biodiversité dans les dispositifs de gestion interne et former leurs collaborateurs. Pour une entreprise, piloter son extra-financier constitue désormais un objectif stratégique.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº880