Diversification des actifs

Le financement de la transition sous-tend les prises de décision

Créé le

20.10.2023

Une page s’est tournée. Avec la fin de la politique monétaire expansionniste, les comportements doivent changer. L’analyse financière reprend ses droits tandis que les investisseurs ont l’embarras du choix. Les critères environnementaux, sociétaux et de gouvenance (ESG) permettent de passer à un nouveau chapitre.

La décennie 2010-2020 a été fortement marquée par les politiques monétaires non conventionnelles des banques centrales : forte appréciation du prix des actifs, grande corrélation entre eux et stabilité des marchés financiers. Aujourd’hui, nous avons changé de paradigme et la diversification des actifs doit reprendre ses droits. Je crois beaucoup à la vertu de la diversification, à son apport au couple rendement-risque. Je crois aussi à l’apport d’un financement durable de l’économie et à son rendement pour l’investisseur grâce à des projets porteurs de croissance. Pour cela, il faut être deux : le passif (les clients) et l’actif (les investissements).

En ce qui concerne le passif, la réglementation – dont Solvabilité 2 – a poussé les banques et les assurances à adopter des politiques de risques quantitatives qui les conduisaient à investir simultanément dans les mêmes classes d’actifs. Cette situation contribuait à créer un contexte peu favorable à la diversification. Et pourtant, seule une gestion proactive du risque de taux, de signature, de marchés, de liquidité et du capital contribue de manière positive à l’accumulation de capital nécessaire à ces acteurs, sur la durée. Dans ce contexte, il nous semble urgent d’assouplir quelques règles.

Du côté de l’actif, pendant plus de 10 ans, les politiques monétaires très expansionnistes et les taux d’intérêt négatifs ont renversé les tables de la théorie financière. Sur cette période, les prix d’actifs n’étaient que trop peu le reflet de l’offre et de la demande. Ils ont été administrés par les banques centrales. Aujourd’hui, avec la remontée significative des taux nominaux et, petit à petit, des taux réels – qui n’a pas été anticipée par les banques centrales –, le paradigme des années 2010 est probablement en train de disparaître.

Différenciation

La mondialisation pèsera toujours dans le « beta » des actifs ; la différenciation des zones géographiques reste une source de diversification utile. Dans le contexte géopolitique actuel, de taux d’intérêt plus volatils, de tensions sociales et politiques majeures, on ne peut imaginer que les comportements de marchés restent identiques à ceux que l’on a connus dans la décennie passée. L’allocation stratégique et tactique des portefeuilles entre classes d’actifs et géographiques, la sélection d’assets, de stratégies, de styles de gestion différents au sein d’une même classe d’actifs, sans oublier le market timing sont des outils de construction de portefeuille d’autant plus intéressants que les prix des actifs sont moins dirigés.

Après une décennie pendant laquelle le put Banque Centrale a fait les returns de marchés, l’analyse financière reprend ses droits. C’est une excellente nouvelle pour l’économie tout entière et pour les investisseurs. Nous revenons à une allocation saine du capital. C’est la promesse de choix d’investissements qui reposeront de plus en plus sur des critères extra-financiers pour lesquels les investisseurs affichent un intérêt croissant. À mesure que la matérialité du facteur ESG (critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance) devient évidente, son intégration dans la performance financière et l’analyse du risque de marché est de plus en plus essentielle. Cela va favoriser la dispersion entre les différents émetteurs, notamment entre les plus vertueux et ceux qui le sont moins.

Tout cela a deux conséquences fortes : les changements de comportement des investisseurs et le retour de l’analyse financière, qui est au cœur du métier de la gestion d’actifs.

Recommandations

Dans ce contexte, l’AFG formule plusieurs recommandations. La première porte sur la liquidité, dont les enjeux sont majeurs. Les sociétés de gestion de la place sont encouragées à mettre en place des outils de gestion de la liquidité (liquidity management tools), parce que si ce n’est pas un sujet aujourd’hui, elle le sera demain ou après-demain. La deuxième recommandation concerne l’éducation financière, essentielle pour prendre les bonnes décisions, soit dans la gestion individuelle de portefeuille, soit dans le choix de bons gérants pour les portefeuilles en gestion sous mandat. Aujourd’hui, l’éducation économique et financière des Français est insuffisante. L’AFG œuvre pour l’améliorer, aux côtés d’autres acteurs de place, afin notamment de favoriser l’épargne longue. Enfin, l’AFG préconise de mettre l’accent sur la promotion du financement de la transition, cette dernière allant de pair avec la diversification des actifs et le retour de l’analyse financière.

Après presque 15 ans de politique monétaire expansionniste, il faut donc se préparer à une plus grande volatilité. Les professionnels de la gestion d’actifs y sont prêts. Il y a du chemin à parcourir, mais nous allons dans la bonne direction.

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº7