L’indépendance énergétique
et la préservation du climat :
deux priorités à concilier

Créé le

20.07.2022

-

Mis à jour le

02.01.2023

La capacité d’énergies renouvelables va doubler dans l’Union européenne entre 2020 et 2050. Pour autant, une meilleure efficacité dans les industries s’impose pour répondre à une demande en électricité toujours plus forte.

L’invasion de l’Ukraine a créé un choc énergétique, la dépendance de l’Europe (en particulier de l’Allemagne) à l’égard du pétrole et du gaz russes qui était auparavant souhaitée (Northstream 2), est devenue indésirable et la rhétorique sur la politique énergétique a été modifiée du jour au lendemain. Ce choc a suscité de nombreux débats sur la transition et la sécurité énergétique de l’Europe. Nombreux sont ceux qui argumentent que ces deux objectifs sont incompatibles. Certains investisseurs considèrent que les prix de l’énergie actuellement très élevés remettent en question une croissance à long terme fondée sur la transition énergétique. Nous ne sommes pas d’accord.

La flambée des prix de l’énergie met en évidence la vulnérabilité énergétique de l’Europe du fait de sa dépendance à l’égard du gaz russe. Les prix du pétrole ont grimpé bien au-dessus de 100 dollars le baril, tandis que les prix mondiaux du gaz et du gaz naturel liquéfié (GNL) dans l’Union européenne (UE) sont proches des sommets historiques. La Russie exporte actuellement 5 % du pétrole brut mondial, 7 % du gaz mondial, et fournit en particulier environ 31 % du gaz naturel de l’Europe (hors Turquie). Les perturbations de ces exportations, découlant des sanctions, ont un impact significatif sur l’approvisionnement énergétique mondial, amplifiant des conditions de marché déjà tendues pour le pétrole et le gaz.

Nous voyons cette situation comme un catalyseur du soutien politique pour une énergie durable dans le monde entier, en particulier en Europe et aux États-Unis. Il est tout d’abord important de souligner que la tension entre la transition et la sécurité énergétique n’a pas été alimentée que par le conflit russo-ukrainien mais aussi par un certain nombre de facteurs :

– les prix des matières premières qui étaient déjà en hausse avant le conflit ;

– le stress important du réseau électrique résultant du changement climatique et les défis opérationnels liés au déploiement croissant des énergies durables ;

– les préoccupations croissantes des investisseurs suite à une série de problèmes de logistique et d’approvisionnement, exacerbée par la pandémie, perturbant la chaîne d’approvisionnement en énergie renouvelable.

Promouvoir l’accès aux énergies renouvelables

Compte tenu de l’évolution de la dynamique géopolitique, pourrions-nous voir une plus grande pression des consommateurs pour une transition énergétique vers les énergies renouvelables ?

La solution privilégiée par l’UE pour réduire ses besoins en gaz naturel russe pourrait, selon nous, soutenir le développement de nouveaux projets de GNL aux États-Unis. L’Allemagne a annoncé son intention de construire deux terminaux GNL afin de pouvoir recevoir des importations en provenance des États-Unis, et nous attendons l’apparition d’initiatives similaires à travers l’Europe. Cependant, les délais de construction de nouvelles capacités de liquéfaction, estimés à 3-5 ans, réduisent les perspectives de cette alternative sur le court terme.

À long terme, la stratégie climatique de l’Europe vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990, et à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Cet objectif nécessite que les énergies renouvelables atteignent 64 % à 67 % de la production d’électricité d’ici 2030 (contre 39 % actuellement). L’UE a publié son plan REPowerEU pour promouvoir un accès sûr et abordable aux énergies durables. La Commission a remanié le plan pour réduire la dépendance énergétique européenne à l’égard du gaz russe avant 2030, en mettant l’accent sur la décarbonation et l’efficacité énergétique.

Le plan reconnaît l’importance de simplifier et d’accélérer la délivrance de permis comme une condition nécessaire à sa réalisation. La décarbonation de l’économie repose sur les énergies propres. Nous estimons que la capacité d’énergies renouvelables doublera presque dans l’ensemble de l’UE entre 2020 et 2050. Cependant, la plus grande accélération de croissance annuelle de la capacité renouvelable installée ne s’observera pas avant 2028 ou 2030. Les préoccupations en matière de sécurité énergétique peuvent accélérer l’investissement pour augmenter les ajouts de capacité au cours de la prochaine décennie. EDPR, Orsted et Acciona Energia sont trois entreprises européennes particulièrement bien positionnées pour la production d’énergies renouvelables.

Aux États-Unis, la croissance se poursuit à un rythme rapide, et le mix énergétique va évoluer au cours de la prochaine décennie au profit des énergies renouvelables qui devraient passer de 12 % en 2020 à 42 % en 2030.

La croissance inévitable de l’électrification

L’efficacité énergétique a pour objectif de réduire la demande ; une action nécessaire étant donné la croissance inévitable de l’électrification résultant des stratégies de décarbonation. En effet, cette électrification va démultiplier les besoins en énergie résultant aussi de la croissance démographique à venir. L’Europe a déjà annoncé de nombreuses mesures parmi lesquelles l’adoption de pompes à chaleur visant à électrifier le chauffage ; l’instauration de nouvelles normes énergétiques pour l’immobilier ou l’adoption d’une économie plus circulaire. Des acteurs comme Sika, qui fournit des matériaux favorisant l’efficacité énergétique dans le secteur de la construction, font partie des entreprises qui vont contribuer à changer la donne. La trajectoire vers les objectifs « Net Zero » passera indéniablement par une optique de réduction de la consommation d’énergie, et non seulement la recherche de nouvelles sources ou moyens de production.

Les entreprises participant à cette transition énergétique bénéficieront à la fois d’une plus grande relocalisation de production/ de prix énergétiques plus élevés et d’un soutien gouvernemental aux énergies renouvelables en plus de la baisse des coûts et enfin d’une plus grande compétitivité économique par rapport aux sources d’énergie traditionnelles.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº869bis