Stress-test biodiversité : le CAC 40 à l’épreuve de la crise écologique

Créé le

09.06.2026

-

Mis à jour le

10.06.2026

En appliquant une méthodologie inédite de stress-test, une étude d’EthiFinance montre comment les chocs écologiques peuvent se diffuser dans les chaînes de valeur et faire émerger un risque financier encore méconnu.

L’érosion de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes peuvent-elles affecter la solvabilité financière des plus grosses capitalisations boursières françaises ? Pour répondre à cette question, nous avons mesuré via une méthodologie inédite de stress-test biodiversité l’exposition des entreprises du CAC 40 à la dégradation des écosystèmes, à la propagation des chocs dans les chaînes de valeur mondiales et leur propre santé financière (voir détail méthodologique dans l’encadré en page suivante).

Une forte dépendance à l’eau

Les résultats mettent en évidence une vulnérabilité très différenciée selon les capitaux naturels. À l’échelle du portefeuille CAC 40, l’Eau apparaît comme le facteur de risque dominant (voir tableau) : sous un scénario pessimiste, la dégradation du stress hydrique entraîne une augmentation moyenne d’environ 33 % de la probabilité de défaut entre 2025 et 2050. Cette forte matérialité s’explique par la dépendance directe et indirecte de nombreux secteurs à la ressource en eau.

Les Espèces et les Habitats constituent également des sources majeures de risque, avec des hausses de la probabilité de défaut respectivement de l’ordre de 24 % et 23 %, traduisant l’impact systémique de la perte de biodiversité fonctionnelle et de la fragmentation des écosystèmes sur la continuité des chaînes de production. À l’inverse, les capitaux Atmosphère et Sols ne génèrent pas, dans ce cadre, d’effet financier significatif à horizon 2050, soit en raison de dépendances sectorielles faibles, soit parce que les seuils de perte de fonctionnalité économique ne sont pas atteints dans les scénarios considérés.

Une vulnérabilité sectorielle hétérogène

L’analyse sectorielle révèle une hétérogénéité marquée. Les secteurs de l’hôtellerie, de l’immobilier, des laboratoires et de l’automobile apparaissent nettement plus exposés, avec des distributions de probabilité de défaut étendues et des valeurs extrêmes élevées, principalement sous l’effet du stress hydrique et de la dégradation des espèces. Ces secteurs combinent une forte dépendance aux ressources naturelles et des chaînes de valeur longues et complexes, amplifiant la transmission des chocs. À l’opposé, les secteurs de services tels que la finance, les télécommunications ou les services informatiques, présentent une exposition directe limitée et des niveaux de risque contenus, même sous un scénario défavorable.

Un risque qui croît dans le temps

L’étude montre également que la dynamique temporelle du risque est cohérente avec la sévérité croissante des scénarios (voir « Évolution temporelle de la probabilité de défaut »). Le scénario pessimiste génère les hausses de probabilité de défaut les plus marquées, tandis que le scénario optimiste limite la progression du risque. Une exception notable concerne l’Eau : sous le scénario optimiste, la probabilité de défaut associée au stress hydrique est plus élevée que sous le scénario pessimiste, en raison d’une transition agricole plus durable mais plus consommatrice en eau, notamment dans les régions tempérées. Ce résultat souligne l’importance d’interpréter les scénarios non seulement en termes de dégradation globale, mais aussi de transformation structurelle des modes de production.

Une résilience menacée pour une dégradation de la note de crédit

La notation de crédit apparaît comme le principal facteur modérateur du risque. Tant que les entreprises conservent des notations élevées, les hausses de la probabilité de défaut restent modestes, ce qui confère au CAC 40 une résilience financière face à la crise écologique. En revanche, des simulations de dégradation de notation montrent une amplification non linéaire (voir tableau) : une dégradation d’un cran de notation (ou notch) multiplie les probabilités de défaut par environ cinq, et deux notches par vingt à trente, pour l’ensemble des capitaux naturels. Les émetteurs de type high yield deviennent alors particulièrement vulnérables, les chocs liés à la biodiversité devenant difficilement absorbables financièrement. Cette dynamique dépasse les différences entre capitaux naturels et met en évidence le rôle central de la santé financière initiale du CAC 40.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº918
Distribution sectorielle de la probabilité de défaut modélisée en 2050 sous le scénario PES,
pour chacun des capitaux naturels considérés
$!Stress-test biodiversité : le CAC 40 à l’épreuve de la crise écologique
Évolution temporelle de la probabilité de défaut modélisée pour chacun des scénarios et des capitaux naturels considérés
$!Stress-test biodiversité : le CAC 40 à l’épreuve de la crise écologique
Évolution de la probabilité de défaut moyenne
entre 2025 sous scénario business-as-usual
et 2050 sous scénario pessimiste par capital naturel (en %)
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Méthodologie : l’Eau, les Espèces, les Habitats, l’Atmosphère et les Sols passés en revue
• L’approche repose sur un cadre conceptuel clair, articulé autour de trois dimensions essentielles (voir Schéma) : les capitaux naturels et leur dynamique de dégradation, appréhendée de manière géolocalisée ; les dépendances économiques des secteurs et de leurs fournisseurs aux services écosystémiques, elles aussi géolocalisées ; enfin, la vulnérabilité financière des entreprises, mesurée à travers leur note de crédit.
Cinq capitaux naturels sont étudiés, choisis pour leur compatibilité avec l’horizon temporel des exercices prudentiels : l’Eau, les Espèces, les Habitats, l’Atmosphère et les Sols. Leur dégradation est quantifiée à partir d’indicateurs scientifiques reconnus, puis projetée à l’horizon 2050 selon trois scénarios socio-économiques contrastés : un scénario pessimiste (SSP5-RCP8.5), un scénario optimiste (SSP1-RCP2.6) et un scénario business-as-usual (SSP2-RCP4.5).
• Un risque avant tout fournisseurs
La sensibilité des secteurs aux services écosystémiques est mesurée à partir de la base ENCORE (Exploring Natural Capital Opportunities, Risks and Exposure), qui permet d’identifier ceux pour lesquels une perturbation écologique peut entraîner une perte significative de fonctionnalité, puis de productivité. Cette sensibilité est ensuite propagée dans les chaînes d’approvisionnement mondiales grâce à un modèle d’entrées-sorties de Leontief (EXIOBASE). L’approche repose sur une hypothèse centrale : pour des groupes multinationaux comme ceux du CAC 40, l’exposition aux risques liés à la biodiversité se situe avant tout chez les fournisseurs et dans les régions où ils opèrent, souvent plus directement dépendants des ressources naturelles que les activités propres des entreprises.
• La notation de crédit comme proxy
La perte de production induite par la dégradation de chaque capital naturel est ainsi estimée à l’échelle géo-sectorielle, puis modulée par un paramètre décrivant la vulnérabilité financière. La notation de crédit est ainsi utilisée comme proxy de la résilience financière, car elle synthétise la capacité d’une entreprise à absorber des chocs, à financer des adaptations et à maintenir l’accès au capital. La perte de production est ensuite traduite en variation de la probabilité de défaut via un cadre Merton-Vasicek, en cohérence avec les travaux récents de la BCE qui suggèrent une relation linéaire entre choc macroéconomique et risque de crédit.-
Trois dimensions essentielles
$!Stress-test biodiversité : le CAC 40 à l’épreuve de la crise écologique
Vulnérabilité financière du portefeuille CAC 40 aux risques liés
à la biodiversité par capital naturel pour une dégradation
de 1 et 2 crans de notation (notch) de la note de crédit
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Références
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