Les chiffres ne bougent guère et restent à haut niveau. En 2021, selon un sondage d’Opinion Way pour l’Autorité des marchés financiers (AMF), 76 % des Français considèrent l’impact des placements sur l’environnement comme un sujet important. La seconde vague de cette enquête, menée deux ans plus tard, confirme cette sensibilité majeure, avec 75 % de répondants. Aujourd’hui, les acteurs de la finance n’ont donc plus le choix : ils doivent transformer en profondeur leur modèle. Cela s’applique au monde de l’investissement. Mais la banque, elle aussi, doit se décarboner.
La grande responsabilité des banques
Régulièrement épinglées pour leur participation au financement des énergies fossiles, les banques sont amenées à prendre conscience de leur responsabilité sur le sujet. Et celle-ci est gigantesque. À elles seules, les six plus grandes banques françaises représentent, selon Oxfam, près de huit fois les émissions totales de la France, soit 3,3 milliards de tonnes de CO2eq1. Ces dernières années, de nombreuses initiatives émergent néanmoins, de la part de nouveaux venus sur le marché, mais aussi d’acteurs plus traditionnels, de plus en plus nombreux à s’engager dans une démarche écoresponsable. Ainsi, d’ici à 2025, les produits financiers prenant en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) devraient représenter 9 000 milliards d’euros sur le marché européen, soit environ la moitié du total des actifs sous gestion en Europe2.
Les clients veulent des preuves
On ne peut que se réjouir de cette prise de conscience, même si elle demeure timide, souvent limitée à la face émergée de l’iceberg. Pourtant, faut-il le rappeler, celui-ci, justement, est en train de fondre. De plus, les citoyens ont du mal à évaluer le degré réel d’engagement de leur banque vis-à-vis de la transition écologique : seuls 4 % des Français ont confiance dans les institutions financières pour agir contre le changement climatique3. Le sondage de l’AMF montre également de fortes attentes et de réelles déceptions (voir infographie). La multiplication des labels ne les y aide pas : ISR (Investissement socialement responsable) ou encore Greenfin, pour ne citer que deux d’entre eux, soutenus en France par deux ministères différents, le ministère de l’Économie et des Finances pour le premier, le ministère de la Transition énergétique pour le second.
Des initiatives à saluer
Par ailleurs, les notions de placement durable, de critères ESG ou extra-financiers, leur apparaissent trop floues et trop opaques. Ce qu’ils attendent, ce sont des preuves concrètes de l’impact de leur placement, qui leur garantissent que leur argent est utilisé conformément à leurs valeurs et ne servira pas à financer des industries polluantes.
Des initiatives existent. Par exemple, le site www.change-de-banque.org aide les épargnants à identifier les acteurs financiers adaptés, ayant jugé que cinq acteurs sur la place correspondaient à des alternatives responsables pour les particuliers (six pour les professionnels). De son côté, l’application Rift se consacre à analyser et détailler les placements financiers.
B Corp™ est un label plus large, qui permet d’évaluer une entreprise dans sa globalité, en prenant en compte à la fois les aspects environnementaux et sociétaux, ainsi que la gouvernance, les collaborateurs, la collectivité et les clients (voir encadré).
L’impact positif de la communauté B Corp™
La construction d’un monde plus durable ne sera possible que si les différents acteurs déclinent leurs engagements responsables à la totalité de leur modèle. La sortie des énergies fossiles est bien sûr un préalable, mais il faut aller plus loin, en réallouant les fonds en direction de secteurs clés, tels que l’agriculture durable, les énergies renouvelables et la mobilité bas carbone. Aujourd’hui, plus de 8 900 entreprises ont rejoint le mouvement B Corp™ à travers le monde. Nous sommes 450 en France. Pourtant, parmi elles, on ne compte encore qu’une poignée d’acteurs du secteur bancaire. Ces derniers, qui disposent de puissants leviers pour accélérer la transition écologique, y ont bien toute leur place. Pour cela, ils doivent tendre vers un impact positif de leur modèle. Cet objectif ne relève plus de philosophies utopistes ou altermondialistes : il répond bien à la réalité du marché, désormais guidé par de nouvelles attentes des épargnants, en matière de développement durable.