Les acteurs financiers européens sont-ils à même de financer la transition sans mettre à mal la stabilité de l’ensemble du système ? La réponse est a priori positive. Le pire des scénarios macroéconomiques serait susceptible de désorganiser la transition écologique, mais il ne menace pas la sécurité du système financier européen. C’est ce qui ressort du premier « test de résistance climatique » évalué sur une période de huit ans à l’aune de l’ensemble du système financier européen, effectué par les autorités de supervision européennes (ESA).
Pour la première fois, à la demande de la Commission européenne, l’Autorité bancaire européenne, l’Autorité de supervision des marchés financiers, l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles ainsi que la Banque Centrale Européenne (BCE) ont fait subir ce test non pas à un segment du marché, mais simultanément à la plupart des institutions financières : 110 banques (à hauteur de 83 % de la totalité des actifs détenus par le système bancaire européen), 2 331 assureurs, 629 institutions gestionnaires de fonds de pension et près de 22 000 fonds domiciliés dans l’Union européenne.
Trois scénarios ont été proposés (voir infographie). Les résultats sont plutôt rassurants pour le scénario le plus clément, le projet « Fit for 55 », avec une simple mise en œuvre des mesures de transition écologique. Le scénario 2, avec un abandon soudain des « actifs bruns », ne conduit pas non plus à enregistrer des pertes de nature à remettre en cause la stabilité du système financier. Certains secteurs, comme l’énergie ou les transports, seraient lourdement affectés par le scénario 3 et une fois les chocs propagés aux autres secteurs. Le financement de la transition pourrait alors être entravé, mais la sécurité du système financier ne serait pas menacée.
D’un scénario à l’autre, des courbes de pertes inversées
Dans les deux premiers scénarios, les banques auraient le plus à perdre. Le phénomène inverse se produirait pour les fonds d’investissement et les assureurs. À mesure que les impacts liés aux interdépendances entre secteurs se font jour, les pertes bancaires décéléreraient. Les pertes sont quasiment multipliées par quatre pour les fonds d’investissement dans le troisième scénario et une fois que les effets des chocs macroéconomiques se sont propagés, avec une pression croissante sur la liquidité.
Les banques, protégées par une moindre exposition aux risques de marché, ne seraient « globalement pas affectées » par cette propagation, selon les ESA et la BCE. Mais aussi parce qu’une partie de leurs actifs sont détenus jusqu’à échéance. Les dépôts bancaires, également, sont présumés ne pas être liquidés. Précisons que les données bancaires analysées correspondent à 35 % du total de leurs expositions aux risques de crédit, et 26 % pour les risques de marché.
Pour cette première, les données sont parcellaires et leur qualité parfois sujette à caution. Les autorités européennes pointent cependant la cohérence des résultats obtenus, destinés à identifier des risques et, partant, à améliorer les outils internes de pilotage des risques de transition.