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L’année 2022 aura été marquée par un focus sans précédent sur le changement climatique. Exacerbée par la crise énergétique et l’intensification d’aléas climatiques extrêmes, la prise de conscience de l’urgence à agir s’est étendue à l’ensemble des parties prenantes : pouvoirs publics, investisseurs, financiers, consommateurs. Toutefois, les actions engagées depuis l’Accord de Paris, en 2015, tardent à produire leurs effets dans l’économie réelle. « Nous devons aller plus vite, nous devons aller plus fort, nous devons faire preuve de plus de transparence », a rappelé Bruno Le Maire au secteur financier lors du Climate Finance Day, le 27 octobre dernier.
Au cœur de l’économie, les banques sont ainsi pressées d’accélérer leur transformation pour réorienter plus efficacement leurs flux de capitaux vers les investissements et financements nécessaires à la transition climatique.
Un calendrier fourni
Les banques seront aidées par un calendrier réglementaire soutenu en 2023 dont les principaux jalons sont les suivants :
– la production, au premier trimestre, du premier rapport Pilier 3 ESG tel qu’exigé par l’Autorité bancaire européenne, comprenant des informations détaillées sur le risque de transition et le risque physique de leurs encours, comme les diagnostics de performance énergétique (DPE) pour l’immobilier ;
– le respect des échéances indiquées par la Banque Centrale Européenne (BCE), lors de son rappel à l’ordre de novembre dernier, à la suite de sa revue thématique sur les risques climatiques et environnementaux et sa conclusion sur les résultats des banques, jugés insuffisants, soit, avant fin mars 2023 : catégorisation de l’ensemble des risques climatiques et environnementaux et évaluation exhaustive de leurs impacts sur les activités de la banque ; avant fin 2023 : intégration de ces risques dans la gouvernance, la stratégie et la gestion des risques (crédit, marché, opérationnel) ; avant fin 2024 : mise en conformité à l’ensemble des attentes prudentielles, y compris l’intégration de ces risques dans l’ICAAP (Internal Capital Adequacy Assessment Process) et les tests de résistance. La BCE sera particulièrement attentive au respect de cette feuille de route lors des prochaines évaluations individuelles réalisées dans le cadre du Supervisory Review and Evaluation Process (SREP), qui pourront conduire, le cas échéant, à des exigences additionnelles en fonds propres ;
– l’entrée en vigueur du niveau II du règlement SFDR au 1er janvier 2023 pour les acteurs des marchés financiers, exigeant la déclaration sur les principales incidences négatives (PAI, Principal Adverse Impact) et imposant de nouvelles exigences sur la classification des fonds durables Article 8 et Article 9 ;
– et, en France, les exigences renforcées au titre de l’article 29 de la loi Énergie Climat, avec la publication de la part des encours durables (alignés sur la taxonomie européenne) et des encours des entreprises actives dans les combustibles fossiles.
Des trajectoires ambitieuses, complètes et précises
Les banques seront également très attendues sur le suivi de leurs engagements au titre de la Net Zero Banking Alliance (NZBA), qu’elles ont majoritairement rejointe après sa création en avril 2021.
Le premier rapport d’avancement publié en novembre dernier affiche un constat mitigé : même si 90 % des membres ont défini des cibles intermédiaires de décarbonation (2030 au plus tard), celles-ci sont limitées à trois secteurs parmi les neuf les plus émissifs définis par la NZBA.
Les efforts doivent donc augmenter de manière significative et rapide pour couvrir l’intégralité des secteurs et décliner ces cibles intermédiaires jusqu’en 2050.
En parallèle, les établissements bancaires doivent mettre en place les outils de mesure nécessaires au pilotage de l’alignement de leur trajectoire à ces cibles et publier annuellement leurs émissions (en absolu et en intensité). Enfin, elles doivent définir, publier et mettre en œuvre les plans d’actions et jalons pour atteindre ces cibles. Les promesses doivent faire place à l’action !
Au-delà de la transparence, l’enjeu en 2023 va reposer sur la capacité des banques à développer des stratégies et trajectoires ambitieuses, complètes et précises, en s’appuyant sur des mesures et méthodologies robustes, et à transformer profondément leur modèle d’affaires. Les risques liés au climat et à la perte en biodiversité devront être intégrés dans toutes les étapes de leurs processus internes (de la décision de crédit ou d’investissement, au suivi et pilotage des risques, et enfin à l’engagement auprès de leurs clients, grandes entreprises, PME ou particuliers).
Une transformation aussi importante dans un calendrier aussi serré exige une forte implication des équipes dirigeantes, une gouvernance pro-active et transverse (métiers, finance, risques, durabilité), et surtout les investissements nécessaires dans les données, les systèmes d’information et la formation, pour appréhender correctement ces risques d’une nature nouvelle.
Les banques avancent sur une ligne de crête ténue, entre inflation, risque de récession et lutte contre le greenwashing. Elles devront mobiliser leurs ressources pour transformer ces risques en opportunités et jouer pleinement leur rôle dans la transition vers une économie durable.
La donnée climatique, élément clé de la stratégie des institutions financières