De plus en plus d’investisseurs souhaitent intégrer des considérations liées au climat dans leurs décisions d’investissement. Ils ont conscience que le réchauffement climatique n’affectera pas seulement leur mode de vie, mais aussi leurs investissements. De nombreuses entreprises doivent en effet faire face aux risques liés aux changements réglementaires, technologiques, et de modes de consommation qu’impose la neutralité carbone. À ces risques dits « de transition » s’ajoutent les risques physiques liés à l’évolution du climat, y compris les risques de catastrophes naturelles, qui rendent vulnérables certains actifs des entreprises.
Au-delà des risques, l’émergence d’une économie à faibles émissions de carbone fait apparaître aussi de nouvelles opportunités d’investissement que McKinsey, le cabinet de conseil, estime autour des 173 000 milliards de dollars.
Pour répondre à ces nouveaux besoins d’investissements, les sociétés de gestion ont lancé de nouveaux produits axés sur la thématique du climat et ont aussi réorienté les mandats de gestion de fonds existants.
Dans notre dernier rapport « Investing in Times of Climate Change », nous avons dressé un panorama mondial des fonds climat.
Pour aider les investisseurs à mieux comprendre la multitude d’options s’offrant à eux, nous avons divisé l’univers en cinq catégories (voir graphique 1), allant des fonds dits « bas carbone », dont l’objectif est de réduire l’exposition d’un portefeuille aux risques climatiques, aux fonds dits de « solutions climatiques » investissant dans des entreprises dont les produits ou services répondent aux enjeux climatiques.
À la fin de 2021, nous comptions 860 fonds climat dans le monde, représentant des encours de 408 milliards de dollars, soit le double de l’année précédente, une croissance soutenue par une collecte record et une offre de produits de plus en plus riche.
L’Europe leader
Sans surprise, compte tenu de ses ambitions environnementales, l’Europe maintient sa place de leader dans le marché des fonds climatiques, suivie loin derrière par la Chine qui, pour la première fois, a dépassé les États-Unis pour prendre la deuxième place.
Dopés par l’intérêt accru des investisseurs pour les questions climatiques et par la réglementation, les encours des fonds climat distribués en Europe ont doublé en un an, pour atteindre 325 milliards de dollars à la fin du mois de décembre 2021.
Les stratégies les plus populaires ont été celles axées sur les solutions climatiques ainsi que celles classées « Climate Conscious ». Ces dernières investissent dans des entreprises bien positionnées face à la transition écologique.
Sur l’année 2021, la collecte des fonds climat en Europe a atteint de nouveaux sommets : plus de 108 milliards de dollars, soit une hausse de 61% par rapport au précédent record établi en 2020. Ces flux importants ont été accompagnés par une vague de nouveaux produits (151), dont la moitié était représentée par les stratégies « Climate Conscious ».
Les fonds climat sont majoritairement des fonds relevant de l’Article 9 du règlement sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR), représentant 208 milliards dollars (près de 64 % des encours à la fin 2021). Ces fonds ont systématiquement un objectif d’investissement durable à caractère environnemental formalisé, comme l’exige la réglementation.
Les fonds climat relevant de l’Article 8, quant à eux, représentaient 52 milliards de dollars, soit 16 % de l’univers.
Tout le monde doit agir
Dans son dernier rapport, le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a averti que la fenêtre pour agir contre le réchauffement climatique se refermait rapidement. Pour avoir une chance de maintenir la hausse de la température mondiale en dessous de 1,5 °C, les émissions mondiales doivent diminuer de moitié d’ici 2030 et atteindre zéro d’ici 2050.
Une coopération intergouvernementale à l’échelle mondiale est indispensable pour faire face à cette menace, mais le secteur privé a aussi un rôle important à jouer. En plus de fournir les capitaux nécessaires au financement du développement de solutions, les investisseurs doivent aussi protéger leurs portefeuilles des risques liés au climat. Les gérants, quant à eux, doivent s’efforcer d’influencer les entreprises afin qu’elles diminuent leur empreinte carbone.
Dans ce marché des fonds climat en pleine croissance, l’investisseur doit toutefois redoubler de vigilance. La plupart de ces produits ne disposent pas d’un long historique de performance et leur impact sur le monde réel est encore difficile à évaluer. Finalement, l’investisseur doit bien comprendre à la fois l’objectif de ces fonds, leur processus d’investissement et les résultats attendus.