Il a été introduit par le règlement sur la Taxonomie européenne et publié pour la première fois par les grandes banques en 2024 sur la base des données arrêtées au 31 décembre 2023. Le Green asset ratio mesure la proportion d’actifs bancaires investis dans des activités considérées comme durables au sens de la Taxonomie. Autrement dit, la part « verte » du portefeuille d’une banque. Ou du moins, d’une partie !
Explication : le Green asset ratio couvre seulement les expositions éligibles à la Taxonomie européenne : celles pour lesquelles les entreprises soumises à la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) publient elles-mêmes les indicateurs du règlement Taxonomie.
Des limites reconnues par l’Autorité bancaire européenne
Mécaniquement, les banques dont le portefeuille est composé de petites et moyennes entreprises, de clients de détail ou d’entreprises hors Union apparaissent moins « vertes ». Ainsi, le Green asset ratio reflète davantage la réalité réglementaire des entreprises financées que la réalité économique des financements bancaires. Les superviseurs ont d’ailleurs reconnu cette limite : l’autorité bancaire européenne a ainsi proposé un ratio complémentaire, le nking Book Taxonomy Alignment Ratio (BTAR), intègrant non seulement les données CSRD, mais également des données volontaires collectées par les banques.
Certes, la directive CSRD impose aux entreprises de publier des informations extra-financières harmonisées selon les European Sustainability Reporting Standards (ESRS). Dans les plans initiaux du Green Deal, la montée en puissance de la CSRD et des ESRS devait progressivement fiabiliser les données, transformant le Green asset ratio en véritable instrument de pilotage incitant le secteur bancaire à soutenir les investissements verts.
Les standards d’information simplifiés
Un premier jeu de normes ESRS a été adopté le 31 juillet 2023 et appliqué dès le 1er janvier 2024 dans les premiers rapports de durabilité des grandes entreprises cotées. C’était la vague 1. Mais la complexité des ESRS a suscité une opposition croissante, entraînant une décision de « Stop the Clock » au premier semestre 2025 et un mandat confié à l’EFRAG pour proposer une version simplifiée. Chose faite le 3 décembre 2025 ! À la clef : une réduction de la charge de reporting, notamment par la suppression des datapoints volontaires et une révision des principes de matérialité.
La simplification des ESRS s’est accompagnée d’un resserrement du périmètre de la CSRD sur les vagues 2 et 3. La directive Omnibus du 13 novembre 2025 a relevé les seuils d’application à 1 750 salariés et 450 M d’euros de chiffre d’affaires, réduisant drastiquement le nombre de sociétés concernées. Par ailleurs, l’ESMA, le gendarme boursier européen a reporté sine die l’adaptation du règlement ESEF (European Single Electronic Format), destiné à faciliter l’accès digital aux données de durabilité.
Les travers initiaux renforcés
Ces reports et restrictions affectent directement le calcul du Green asset ratio : moins d’entreprises publient leurs indicateurs clefs extra-financiers, augmentant mécaniquement la part des expositions non éligibles ou non alignées. Dans ce nouveau contexte, le Green asset ratio perd encore en comparabilité entre établissements, dépendant davantage de la typologie de clientèle que des choix stratégiques de financement. Il reste peu représentatif de l’économie réelle financée par les banques. Pour compenser, celles-ci devront intensifier la collecte de données volontaires auprès de leurs clients.
En se donnant initialement des standards ESRS d’une ambition excessive, la démarche européenne a abouti à un paradoxe : renonçant à renforcer la transparence d’une large part des investissements, elle réduit la capacité des banques à piloter leurs prêts verts. Même simplifiées, les nouvelles ESRS proposées par l’EFRAG demeurent denses et complexes. Mais surtout elles s’appliquent à un nombre restreint de sociétés. Ce resserrement prive les banques d’une base de données d’informations suffisamment large et homogène pour orienter efficacement leurs financements, condamnant le Green asset ratio au statut d’indicateur réglementaire sans utilité réelle comme levier d’investissement durable.