ESG : ce qu’il faut penser des sociétés du CAC 40

Créé le

18.02.2025

-

Mis à jour le

21.02.2025

Pour la cinquième fois, le FIR a interrogé les sociétés du CAC 40 sur les piliers de l’environnement, du social et de la gouvernance. Avant d’attribuer des notes en fonction des réponses. Explications des choix méthodologiques et des résultats de ces consultations.

Pour la cinquième année consécutive, le Forum pour l’investissement responsable (FIR) a mené une campagne auprès des sociétés composant l’indice CAC 40 à l’occasion de leurs assemblées générales. Face aux défis environnementaux, sociaux et éthiques majeurs (la lutte contre le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources naturelles et la perte de la biodiversité, la réduction des inégalités, le respect des droits humains, la fiscalité responsable...), les investisseurs responsables sont préoccupés par la durabilité de leurs investissements. Cette campagne annuelle du FIR vise à faire prendre conscience aux entreprises, grâce à l’engagement actionnarial, de l’importance des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et de les inciter à adopter les meilleures pratiques en la matière. Objectif : renforcer leur performance extra-financière et leur durabilité. À cet effet, le FIR propose systématiquement un dialogue après chaque campagne aux entreprises dont les notes sont les plus basses. Ce fut le cas, après notre campagne de 2023, avec douze sociétés.

Grâce à la publication de l’ensemble de l’étude, le FIR offre à tout actionnaire, et plus largement à toute personne intéressée, la possibilité d’obtenir des réponses publiques, claires et synthétiques sur ces questions essentielles, tout en permettant la comparaison entre les sociétés. Cette démarche est à la fois un moyen d’améliorer la compréhension de l’approche des entreprises sur ces problématiques, mais aussi d’obtenir des éclaircissements sur certains points, contribuant à une meilleure évaluation de leur ambition vis-à-vis de leur responsabilité sociétale. Sans prétendre refléter toute la politique d’entreprise, l’exercice permet de présenter sous un autre angle les éléments qui peuvent être habituellement communiqués par les entreprises elles-mêmes.

Une méthodologie évolutive et éprouvée

La transparence impose d’abord une présentation méthodologique. Pour engager cette initiative, le FIR possède une action de chaque entreprise du CAC 40. Conformément à l’article L. 225-108 du Code de commerce, elle peut poser des questions écrites à l’occasion de l’assemblée générale et le conseil d’administration est « tenu de répondre au cours de l’assemblée ». Nous avons donc posé à chacune des sociétés dix questions, toutes subdivisées en sous-parties, portant sur dix grands thèmes de responsabilité sociétale.

Les thèmes ont été sélectionnés par la Commission engagement du FIR, qui regroupe 34 investisseurs représentant plus de 6 200 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Les questions ont ensuite été formalisées, rédigées de manière granulaire afin d’aider les entreprises à en bien comprendre tous les aspects et à les traiter un à un. Elles ont été envoyées aux entreprises au mois de mars, en amont de l’ouverture de la saison des assemblées générales, pour qu’elles puissent les répartir en interne aux équipes concernées. Elles leur ont à nouveau été adressées plus tard suivant les formalités prescrites par la loi. Enfin, 24 analystes spécialisés dans l’approche ESG et ayant une appétence et une expertise sur ces sujets se sont répartis en équipes pour analyser les réponses. Pour chaque entreprise, un score entre 0 et 3 étoiles a été attribué aux réponses apportées à chacune des questions. Même si l’analyse de la transparence a été renforcée, le risque de greenwashing n’est jamais tout à fait exclu et les parties prenantes peuvent être à même d’en juger à la lecture des réponses intégrales.

Le sujet des controverses intégré

Cette méthodologie évolue d’année en année après écoute des parties prenantes. Avec l’expérience, nos questions écrites ont été plus précises. Elles évaluent désormais non seulement la transparence, mais aussi en partie l’ambition des entreprises sur dix sujets ESG importants aux yeux des investisseurs responsables. Pour ce faire, le FIR a sollicité des experts externes sur certaines questions afin de vérifier que les stratégies sont en ligne avec la communication sur les piliers E, S, G. Par ailleurs, le FIR a ajouté une dimension essentielle à cette évaluation en intégrant les controverses qui touchaient les entreprises sur certaines questions posées.

Le dialogue avec les entreprises est constructif : certaines d’entre elles ont confirmé à plusieurs reprises auprès du FIR l’utilité de cet exercice. Au-delà d’une meilleure compréhension des attentes des investisseurs, il leur permet d’avoir un aperçu des actions et bonnes pratiques mises en place par certains de leurs homologues du CAC 40 sur des sujets spécifiques, malgré des modèles d’affaires variés.

Le questionnaire sera plus court cette année

En 2023, quelques critiques nous ont toutefois été formulées, comme l’absence de prise en compte de la matérialité ou le caractère chronophage de l’exercice avec l’arrivée de la CSRD. Aussi, en 2024, outre la note moyenne équipondérée (voir tableau) les travaux ont présenté en annexe une note globale pondérée suivant les enjeux de double matérialité1. Par ailleurs, le FIR adoptera dès cette année un format de questions plus court, permettant néanmoins de cibler de nouvelles préoccupations des investisseurs responsables, d’approfondir certaines questions dans le but d’atteindre des angles morts de la CSRD, et d’identifier des sujets spécifiques pour chaque entreprise. Ainsi, quatre questions génériques seront posées à l’ensemble du CAC 40 : sur la sobriété, le niveau de vie décent sur la chaîne de valeur, la gouvernance de la durabilité, la gouvernance de l’intelligence artificielle et il y aura également une question personnalisée pour chaque entreprise.

Les sociétés du CAC 40 meilleures en gouvernance qu’en social

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Les résultats de la campagne 2024 : des progrès, mais pas toujours

Les exigences des investisseurs responsables continuent de croître et il faut le souligner, les entreprises semblent intensifier leurs efforts pour répondre aux attentes de leurs parties prenantes. Au fur et à mesure que les questions se sont précisées depuis 2020, les réponses obtenues ont, dans l’ensemble, été de plus grande qualité. Ainsi, 29 entreprises ont amélioré leur note entre 2020 et 2024. Entre 2023 et 2024, la moyenne générale est passée de 1,11 à 1,31 point, retrouvant son niveau de 2022. Mais nous ne sommes pas encore à 1,5, niveau moyen d’une notation comprise entre 0 et 3. Les entreprises obtenant trois étoiles demeurent une minorité. Leur nombre a cependant augmenté. Air Liquide, AXA, BNP Paribas, Capgemini, Crédit Agricole, Edenred, Hermès, Kering, l’Oréal, Michelin, Renault, Safran, Schneider Electric, Société Générale, TotalEnergies, Veolia et Vinci, elles sont dix-sept à recueillir trois étoiles (réparties sur 35 réponses sur un total de 400). Elles étaient seulement 11 en 2023, pour 20 réponses. Là encore, des progrès sont notés.

Aucun bon élève sur le climat

Pour les lecteurs de Revue Banque, nous avons réalisé un zoom sur les quatre entreprises du secteur financier, notamment sur la partie environnementale (voir encadré). L’évaluation s’est faite sur les grands piliers. En 2024, à questions équivalentes, les piliers social et gouvernance affichent des progrès significatifs par rapport à l’année précédente, avec des progressions respectives de 0,24 point et 0,25 point. Le social part toutefois de loin : il demeure le moins performant avec 1,23 point en moyenne, bien que l’écart se réduise progressivement chaque année. Le pilier G pour gouvernance se place lui en première position (1,43 point) comme en 2023, la gouvernance éthique et responsable étant au cœur d’une bonne politique de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de sa mise en œuvre. Le pilier E pour environnement atteint 1,29 point en 2024.

À noter, cependant, que pour la question sur le climat, aucune entreprise n’obtient la note maximale. En effet, la plupart des sociétés ne chiffrent pas la contribution de leurs actions ni le montant de leurs investissements alloués à la décarbonation. En parallèle, une grande majorité des entreprises se fixent des objectifs ambitieux pour les scopes 1 et 2, mais sont moins claires pour le scope 3.

Sur une analyse plus globale, deux questions affichent les notes les plus basses cette année : l’intégration des partenaires sociaux dans la stratégie RSE et le salaire décent. Sur ce point, les entreprises n’ont toujours pas assez approfondi leur démarche au-delà de leurs propres salariés en incluant les travailleurs de leur chaîne de valeur (sensibilisation des travailleurs, établissement d’une cartographie des risques, élaboration d’outils de contrôle...). En 2025, nous interrogerons donc à nouveau les entreprises sur cette question, en nous restreignant à ce seul périmètre.

Les compétences RSE des administrateurs à challenger l’année prochaine

Si nous avons noté des progrès, une question affiche une note moyenne en baisse par rapport à 2023 : l’économie circulaire (-0,15 point). Ceci s’explique par un manque de chiffrage des coûts et investissements liés à l’économie circulaire pour une majorité d’entreprises. Par ailleurs, bien qu’elles mettent en place des initiatives pour circulariser certaines de leurs activités, il est difficile d’évaluer le périmètre couvert. Seuls quelques acteurs sont en mesure de communiquer sur la part de leur chiffre d’affaires concernée par la circularité. Désormais, la norme ESRS E-5 offre un cadre sur lequel les entreprises peuvent s’appuyer pour circulariser leurs activités, notamment via une cartographie des risques liés à l’usage des ressources et par la mise en place d’objectifs mesurables.

Dernier point d’attention : une nouvelle question portant sur les compétences RSE des administrateurs avait été introduite. Résultat avec une note moyenne de 1,75 point, les entreprises sont globalement plus matures. Méthologiquement, c’est toutefois la seule question pour laquelle les analystes ont fait preuve d’indulgence en évaluant la simple transparence. En 2025, avec les évolutions réglementaires (ESRS 2 de la CSRD), le FIR réinterrogera les entreprises en allant plus loin que les attentes de la CSRD sur les modes d’évaluation des compétences.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº902
Secteur financier et décarbonation : BNP Paribas se distingue... un peu !
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Des notes supérieures à la moyenne du CAC 40, mais pas forcément en hausse, tel pourrait être le bilan chiffré des entreprises du secteur financier : trois groupes bancaires et un assureur. Si l’on se focalise sur le pilier environnemental, objet de multiples débats, les constats sont variés. En matière de transparence sur leur stratégie de décarbonation, les quatre financières du CAC 40 sont quasiment toutes au même stade avec une note de 1- (traduisez un 1, mais critique !), à l’exception de BNP Paribas avec un 1 sans réserve. La question spécifique adressée à BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale renvoyait au scénario Net-Zero-Emission-by-2050 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Il y est sans réserve mentionné que pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, 6 dollars doivent être annuellement alloués à l’approvisionnement en énergie « propre » pour chaque dollar alloué aux énergies fossiles. Sur les trois compagnies, seule BNP Paribas évoque explicitement le ratio 6:1, considérant qu’il s’agit d’une sous-partie d’un autre ratio de l’AIE, le 10:1. 10 euros investis dans les énergies propres doivent se répartir idéalement en 6 euros dans la fourniture d’énergie bas carbone et 4 euros dans l’efficacité énergétique. BNP Paribas prend un engagement par rapport à ce ratio. Toutefois, l’objectif fixé concerne uniquement l’exploration et le ratio ne prend pas en compte les financements liés au marché de capitaux, comme les émissions obligataires, alors que celles-ci représentent 40 % des financements du secteur accordés aux énergies fossiles en 20231. De façon générale, les quatre acteurs ne détaillent pas assez leurs objectifs de décarbonation sur tous les scopes et horizons de temps. En outre, ils ne communiquent pas ou peu sur les montants d’investissement et de financement dédiés.
Les sociétés du CAC 40 meilleures en gouvernance qu’en social
Des notes supérieures à la moyenne du CAC 40, mais pas forcément en hausse, tel pourrait être le bilan chiffré des entreprises du secteur financier : trois groupes bancaires et un assureur. Si l’on se focalise sur le pilier environnemental, objet de multiples débats, les constats sont variés. En matière de transparence sur leur stratégie de décarbonation, les quatre financières du CAC 40 sont quasiment toutes au même stade avec une note de 1- (traduisez un 1, mais critique !), à l’exception de BNP Paribas avec un 1 sans réserve.
La question spécifique adressée à BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale renvoyait au scénario Net-Zero-Emission-by-2050 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Il y est sans réserve mentionné que pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, 6 dollars doivent être annuellement alloués à l’approvisionnement en énergie « propre » pour chaque dollar alloué aux énergies fossiles. Sur les trois compagnies, seule BNP Paribas évoque explicitement le ratio 6:1, considérant qu’il s’agit d’une sous-partie d’un autre ratio de l’AIE, le 10:1. 10 euros investis dans les énergies propres doivent se répartir idéalement en 6 euros dans la fourniture d’énergie bas carbone et 4 euros dans l’efficacité énergétique. BNP Paribas prend un engagement par rapport à ce ratio. Toutefois, l’objectif fixé concerne uniquement l’exploration et le ratio ne prend pas en compte les financements liés au marché de capitaux, comme les émissions obligataires, alors que celles-ci représentent 40 % des financements du secteur accordés aux énergies fossiles en 20231. De façon générale, les quatre acteurs ne détaillent pas assez leurs objectifs de décarbonation sur tous les scopes et horizons de temps. En outre, ils ne communiquent pas ou peu sur les montants d’investissement et de financement dédiés.
En matière de biodiversité, Crédit Agricole sort du lot avec deux points contre un seul pour les trois autres banques. Globalement, le travail d’évaluation, de suivi et de réduction des risques et dépendances à la biodiversité est partiellement réalisé ou en cours. Les entreprises donnent peu de détails sur leur stratégie et ne sont pas assez transparentes sur les indicateurs mis en place, lorsqu’il y en a. Enfin, en termes de circularité, Société Générale obtient 2 points contre 1 point pour les trois autres établissements.
Le groupe détaille dans sa réponse la place de l’économie circulaire dans sa stratégie, et est le seul à communiquer un chiffre. Selon l’entreprise, 170 millions d’euros ont été investis sur l’année 2023, chiffre incluant l’économie circulaire et le traitement des déchets.
À lire : « Comment le CAC 40 répond-il aux investisseurs ? » – Rapport d’engagement (saison 5) : les réponses écrites aux questions du FIR
Notes :
1 Matérialité en fonction du niveau d’impact – sur l’entreprise, d’une part, et sur son milieu, d’autre part –, affectée aux dix questions selon leur secteur d’appartenance (classification macro-sectorielle interne). À noter, que ce choix a été effectué par simplicité, et que la répartition sectorielle n’est pas parfaite puisque certaines entreprises aux modèles d’affaires différents ont pu être répertoriées dans un même secteur. Certaines questions ont été pondérées de façon uniforme pour tous les secteurs en raison d’une matérialité considérée comme égale pour toutes les entreprises du CAC 40.