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C’était une semaine chargée : BNP Paribas et Société Générale publiaient leurs résultats trimestriels le 31 octobre, suivis, le 6 novembre, par Crédit Agricole et BPCE. Si l’on s’en tient à l’évolution des cours de bourse (voir graphique), l’enthousiasme ne fut pas général. Mais lors de telles publications, les investisseurs jugent-ils les chiffres tel quels ou plutôt les publications comparées à leurs anticipations ?
Côté chiffres, BNP Paribas reste le leader avec un résultat net part du groupe de 2 868 millions d’euros trimestriel, en hausse de 5,9 % par rapport au troisième trimestre 2023. Mais si l’on regarde la meilleure progression, Société Générale l’emporte. La Banque rouge et noire affiche un résultat net part du groupe de 1 367 millions d’euros. L’an dernier à la même époque, le chiffre publié était de 295 millions d’euros, plombé il est vrai par des éléments exceptionnels (905 millions hors éléments exceptionnels). Sur les neuf premiers mois de l’année, la banque de La Défense affiche ainsi une progression de 62,2 % de ses profits.
Sur le troisième trimestre, BPCE, fait un petit pas en avant, +1 %, avec un profit de 925 millions d’euros. Enfin, le groupe Crédit Agricole parvient à un résultat net part du groupe de 2 080 millions d’euros, dont 1 666 sont à imputer à Crédit Agricole SA. Ces résultats marquent une baisse de 12,8 % par rapport au troisième trimestre 2023, mais ils doivent être corrigés notamment des reprises de provisions exceptionnelles Épargne Logement du troisième trimestre 2023, selon Crédit Agricole SA. Selon la banque verte, le « résultat net part du Groupe sous-jacent » corrigé s’établit « en hausse de +10,9 % par rapport au troisième trimestre 2023 ».
Ces différences de trajectoire partent dès la ligne du haut, c’est-à-dire le Produit net bancaire : +10,5 % pour Société Générale (6,8 milliards d’euros), +8 % pour le groupe BPCE (5,9 milliards) +2,7 % pour BNP Paribas (11,941 milliards), mais -0,4 % pour le Crédit Agricole (9,213 milliards d’euros). Côté coût du risque, BNP Paribas, Société Générale et le Groupe Crédit Agricole font état d’un coût du risque « stable » ou encore « modéré » : 32 points de base (pb) pour BNP Paribas, 27 pb pour Société Générale, de même que pour le Groupe Crédit Agricole (32 pb pour Crédit Agricole SA). C’est un peu plus compliqué pour BPCE, dont le coût du risque affiche une croissance de 64 %. Il ressort cependant à un niveau faible, à 24 pb.
Banque de détail : le rebond bientôt ?
Dans le détail des activités, le métier historique, la banque de détail en France, reste à la peine. Les réseaux Banque Populaire et Caisses régionales l’illustrent. La banque de détail en France n’est pas non plus flamboyante chez BNP Paribas par exemple. Le PNB de Commercial, Personal Banking & Services (CPBS), le pôle intégrant la banque de détail et les services spécialisés, est en baisse de -2,6 % par rapport au troisième trimestre 2023. Les résultats se révèlent plus intéressants à l’étranger et ils sont compensés par les autres activités du groupe. Une embellie se dessine cependant pour la banque de détail en France, via la reprise de la production de crédit, la conquête de clientèle ou le développement de nouvelles activités notamment.
Du côté des revenus d’intérêts, Société Générale souligne un « rebond » par rapport au troisième trimestre de l’année précédente (+43 %). BPCE en profite également. Le groupe évoque une progression du PNB de 4 % au T3-24 pour le pôle Banque de proximité et Assurance, « notamment portée par le rebond de la marge nette d’intérêts ». Les revenus des commissions et portefeuilles sont aussi annoncés en hausse.
Dynamisme de la BFI
La diversification des activités est un maître mot dans la banque française, elle compense les éventuelles difficultés de la banque de détail domestique. « Dynamisme » et « forte croissance » caractérisent la Banque de financement et d’investissement et les activités à l’international, selon les quatre établissements. BPCE mentionne une « forte croissance » des revenus du pôle Global Financial Services de +12 % au troisième trimestre 2024, par rapport au troisième trimestre 2024. BNP Paribas affiche une hausse de 9 % pour les activités de Corporate Investment Banking, et CACIB peut se prévaloir d’une « très bonne performance financière ».
Le cas de Société Générale est un peu singulier : les revenus de la Banque de détail en France, Banque Privée et Assurances progressent de +18,7 % par rapport au troisième trimestre 2023, et s’établissent à 2 300 millions d’euros. Les réorganisations en cours semblent porter leurs fruits, d’autant qu’elles vont continuer.
L’enjeu de la maîtrise des dépenses
Parmi les autres points d’attention, l’efficacité opérationnelle et la maîtrise des dépenses sont également ici en cause. BNP Paribas déclare rester en ligne avec son objectif de 1 milliard d’euros de baisse des dépenses sur l’année 2024. C’est aussi un des points forts de SG, avec un « effet de ciseaux positif » lié aux frais de gestion. Son coefficient d’exploitation s’établit à 63,3 %, enregistrant une forte baisse par rapport au troisième trimestre 2023 (70,4 %). La progression de Société Générale sur ce chapitre est significative.
Pas d’inquiétude non plus du côté des exigences réglementaires : les quatre établissements continuent à dépasser les seuils minimums requis, tant pour les exigences CET1 que pour le LCR. A noter, à ce sujet, que Crédit Agricole vient d’être intégré aux établissements d’importance systémique mondiale (G-SIB) de catégorie 2.
De façon générale, les résultats sont solides, mais ils s’avèrent quelque peu affectés par les efforts de diversification des activités. Il s’agit de pallier les faiblesses, à la fois structurelles et liées au contexte économique et politique, de la banque de détail en France car, si la banque universelle à la française reste solide et résiliente, sa profitabilité pâtit encore de la comparaison avec ses homologues à l’international.