Placé au cœur des enjeux financiers de l’entreprise, le métier de trésorier a fortement évolué ces dernières années. Il se complexifie encore avec la multiplication des risques et incertitudes (volatilité des marchés, inflation, contexte géopolitique). Désormais gardien de la mitigation de ces risques, le trésorier doit les intégrer dans son quotidien en anticipant et évaluant au plus juste leur survenance. Simultanément, il reste le garant de la mise à disposition de la liquidité nécessaire pour accompagner la croissance de l’entreprise, tout en faisant face à la volatilité croissante des marchés, à un risque de fraude qui ne cesse d’augmenter et à la digitalisation toujours plus importante de son métier.
Un rôle désormais transversal
Autrefois peu connecté avec les entités opérationnelles du groupe, le trésorier central doit désormais être en prise directe avec l’ensemble des acteurs internes qui ont accès aux informations relatives à la liquidité et aux risques de marché. Il devient crucial de disposer de l’ensemble des informations nécessaires pour obtenir une prévision la plus précise possible. La mise en place d’une position de liquidité, intégrant la totalité des expositions du groupe, devient un outil d’aide à la décision incontournable, afin de sélectionner les meilleures sources de financement ou les meilleurs véhicules d’investissement.
Les groupes opérant dans des zones monétaires variées, exposés de ce fait à un risque de change, doivent également être en mesure de disposer de toutes les informations relatives aux expositions de change futures.
De même, l’extrême volatilité des marchés des matières premières requiert d’avoir accès aux données nécessaires à une atténuation du risque. En effet, à l’instar du risque de change, les groupes exposés à un risque sur matières premières doivent avoir à leur disposition les outils d’aide à la décision permettant de le neutraliser, et en premier lieu l’accès à la consolidation des expositions sous-jacentes, en provenance de l’ensemble des entités du groupe, afin d’optimiser la politique de couverture.
Enfin, en ces heures de cyberfraudes, un accent tout particulier est mis sur la sécurité de la direction de la trésorerie. Sécuriser les processus opérationnels de trésorerie, fiabiliser les outils, protéger les actifs, prévenir la fraude et veiller à la fiabilité des informations financières constituent des enjeux majeurs face auxquels chaque société doit définir une organisation sans faille.
Financier vert, une nouvelle facette du métier
La finance verte, durable et responsable est une dimension nouvelle qui s’ajoute aujourd’hui au métier du trésorier. Ainsi, il a la possibilité de recourir à des financements socialement responsables. Il peut émettre des obligations vertes, dont la vocation est de supporter des projets verts, ou des crédits à impact, qui sont adossés à une trajectoire d’engagements environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) de l’entreprise. Ces nouveaux crédits attirent les directions financières et de la trésorerie du fait de leur flexibilité. Les trésoriers peuvent ainsi lier leurs financements à la stratégie extra-financière du groupe. En matière d’investissement vert, les fonds ISR (investissement socialement responsable), qui regroupent différents enjeux ESG, y occupent une partie prépondérante dans les choix de placements.
Les bailleurs de fonds dialoguent régulièrement avec les entreprises dans lesquelles ils investissent afin d’évaluer leurs initiatives en matière d’ESG. Depuis 2015 et l’accord de Paris sur le climat, le marché des financements ESG et des fonds ISR, a le vent en poupe en dépit du risque avéré de greenwashing.
Néanmoins, une nouvelle étape a été franchie par l’UE et la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) relative aux reportings extra-financiers, et la taxonomie verte, destinée à flécher les investissements, qui s’imposent à un spectre large d’entreprises. Le trésorier est désormais partie intégrante du reporting extra-financier. Les entreprises qui seront en mesure de fournir des données fiables sur leur impact se démarqueront auprès des investisseurs et des consommateurs.
Le niveau d’exigence en termes de reporting est ainsi considérablement relevé via l’instauration d’obligations de ces publications extra-financières. Nous assistons à une augmentation des prérogatives du trésorier, désormais partie prenante dans l’établissement de ces reportings.
L’intelligence artificielle au service de la prévision
Cette technologie va permettre au trésorier de disposer de prévisions plus fiables que celles dont il dispose à ce jour, et qui reposent en général sur des méthodes empiriques et déclaratives.
L’intelligence artificielle (IA) offre ainsi la possibilité d’affiner les prévisions de trésorerie, afin d’optimiser les instruments de financement et placements à mettre en place. L’entreprise capitalise sur la capacité de cette technologie à analyser les motifs de trésorerie, à partir de données endogènes et exogènes, et ainsi à prévoir des tendances pour des périodes à venir. Pour cela, dans une société où la donnée reste reine, l’IA doit s’appuyer sur des données de qualité pour envisager des prévisions fiables.
En fonction des tendances du passé, le modèle, s’appuyant sur le machine learning (ML), auto-apprend. Grâce à la maturation de l’algorithme, le taux d’erreur diminue au fur et à mesure de son apprentissage dans le temps.
Le métier de trésorier ne disparaîtra pas au profit de l’IA, il est nécessaire de faire évoluer le modèle, et de rester vigilant face aux « cygnes noirs » qu’aucun algorithme ne peut anticiper.
L’essor des cryptos se poursuit
Malgré le krach observé en 2022 sur le marché des cryptomonnaies, suivi du scandale de FTX, l’écosystème des cryptomonnaies continue de se développer. S’il reste un actif de diversification marginal au sein des trésoreries, de nombreuses entreprises acceptent déjà les cryptomonnaies en tant que moyen de paiement, et certains fournisseurs de services de paiement comme PayPal ont commencé à les accepter, permettant ainsi à de nombreux commerçants de profiter de cette opportunité. Cependant, l’avenir des cryptomonnaies semble très incertain, car les gouvernements veulent contrôler leur croissance, et leur cadre juridique reste à définir. Le fait que de nombreux gouvernements et banques centrales ont accéléré les discussions sur les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) nous amène à penser qu’à l’avenir, les monnaies numériques seront bien présentes dans les entreprises. Que l’on parle de cryptomonnaie ou de MNBC, il y aura nécessairement un impact au niveau de la trésorerie et de son système d’information.
Trésorier augmenté, une réalité non virtuelle
Le trésorier augmenté est un métier aux nombreuses expertises, multicasquettes, en pleine mutation. Il devra composer entre volatilité des marchés, objectif RSE, processus algorithmiques d’aide à la décision, digitalisation des données et révolution numérique du système monétaire. Pour mener à bien l’ensemble de ces missions, il doit maîtriser la digitalisation de sa fonction, afin de disposer de l’information nécessaire à une bonne prise de décision et de sécuriser la donnée, tout en considérant les risques cyber. Il doit nécessairement s’appuyer sur l’utilisation d’un TRMS (Treasury and Risk Management System), qui est le cœur de son système d’information. On voit par ailleurs apparaître des fintechs qui transforment les métiers de la finance. Le trésorier dispose ainsi d’un ensemble de nouveaux outils. À charge pour lui de les sélectionner en fonction de ses problématiques. Il doit ainsi disposer des compétences techniques nécessaires aux choix et à l’intégration de ces technologies. Pour cette raison, la formation permanente est devenue une nécessité.