En 2014, il y eut la migration SEPA pour nos virements et prélèvements. Depuis, les stratégies nationales dédiées aux paiements, qui se sont succédées, visent à poursuivre la modernisation des usages. Il y eut en 2022 la création du Comité national des moyens de paiement (CNMP), succédant au Comité national des paiements scripturaux et au Comité de pilotage de la filière fiduciaire. La troisième stratégie française pour les moyens de paiement intègre donc les enjeux de la filière fiduciaire, en se portant garant de la liberté de choix des Français dans leurs moyens de paiement.
Depuis octobre 2024, le CNMP est engagé dans le pilotage de cette troisième stratégie nationale, couvrant la période de 2025 à 2030. Dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques accrues, celle-ci comprend des axes assumés pour l’autonomie des paiements français. Depuis un an, notre stratégie a contribué à placer les enjeux de souveraineté tout en haut des priorités de l’écosystème des paiements français.
Le co-marquarge
des cartes défendu
Le caractère central et équilibré du CNMP, où se retrouvent banques, industriels des paiements, commerçants et consommateurs, a permis une prise de conscience par l’ensemble des acteurs de nos liens de dépendance et de l’importance d’assurer un minimum de souveraineté dans nos paiements. Ce premier pas a permis de valoriser concrètement les atouts de notre pays, qui sont autant de vecteurs de notre autonomie. Le réseau CB, par exemple, doit rester central pour nos transactions par carte en France. La défense de la pratique du co-marquage, et le déploiement du réseau CB au sein de portefeuilles électroniques tels qu’Apple Pay sont des avancées concrètes de l’année écoulée. Les déclarations d’intention doivent désormais se concrétiser.
Notre action s’est également portée sur les espèces, autre vecteur de souveraineté. Pour offrir le choix aux Français dans leur moyen de paiement, le CNMP consacre une part importante de ses travaux à la modernisation de la filière fiduciaire. Recours essentiel en cas de crise, comme l’a rappelé le cyclone Chido à Mayotte fin 2024 ou la panne électrique géante du 28 avril dernier en Espagne, les espèces demeurent aussi très appréciées des Français1. Elles doivent donc être disponibles pour le plus grand nombre. C’est la raison pour laquelle nous surveillons de près le maillage de l’accès du public aux espèces en France2. Le CNMP se réjouit par ailleurs que de nouvelles offres voient le jour pour compléter les canaux d’accès du public, à l’instar d’un futur service multi-bancaire de retrait d’espèces en magasin.
Un enjeu sur la tarification
des commerçants
Le dernier incident rencontré par le groupe Crédit Mutuel-CIC du 30 août souligne néanmoins que l’usage des espèces en cas de crise reste très dépendant du bon fonctionnement des systèmes monétiques. Des leçons devront être tirées de cet incident, pour en déduire les conclusions idoines en matière de résilience pour assurer notre capacité collective à offrir des alternatives en cas d’incident monétique.
Pour approfondir notre compréhension des enjeux d’autonomie, nous conduisons aussi d’importants travaux sur les pratiques commerciales et tarifaires rencontrées par les commerçants pour accepter des paiements par carte. Cette initiative, portée par le CNMP, doit permettre d’objectiver, autant que possible, la réalité de ces pratiques de façon à pouvoir éclairer les pouvoirs publics.
Agir en France, penser Europe
L’année 2025 est par ailleurs marquée par une actualité législative dense, dont l’aboutissement doit renforcer la sécurité des paiements européens. Nous associons de près les acteurs du marché français aux travaux sur le futur règlement sur les services de paiement (RSP), afin d’être force de propositions et d’initiatives dans le domaine de la lutte contre la fraude. Les succès de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) y sont particulièrement reconnus, ceux-ci ayant inspiré la probable création d’un équivalent européen, dénommé « Platform on combatting fraud ».
Au niveau national, la proposition de loi dite « Labaronne », adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en mars dernier, prévoit par ailleurs de mettre en place un mécanisme de partage de données de fraude, en premier lieu les IBAN utilisés par les fraudeurs. Sous réserve de l’adoption définitive de la loi, cette initiative permettra à la France d’être moteur dans la lutte contre la fraude au virement avec un dispositif opérationnel dès 2026. Et ce dernier pourrait à terme se connecter à l’infrastructure européenne.
Virement instantané,
les obstacles levés
Par ailleurs, l’écosystème SEPA connaît des évolutions significatives que le CNMP accompagne et soutient. Le virement instantané est, depuis janvier, proposé au même tarif que les autres virements, levant l’un des obstacles essentiels à son adoption massive par le public. Le CNMP travaille activement à l’accompagnement de son essor, par exemple en valorisant les bénéfices du virement instantané par rapport au chèque3. Cela passe aussi par un travail de pédagogie et d’information sur le nouveau mécanisme de vérification du bénéficiaire, offert à tous gratuitement à partir d’octobre 2025 pour réduire les risques d’erreur ou de substitution frauduleuse d’IBAN4.
Les actions du CNMP en 2025 préparent également le futur de nos paiements, en soutenant l’émergence et l’adoption de solutions « nativement » européennes. Le portefeuille de paiement Wero, développé par la société EPI, est désormais bien implanté sur le segment des paiements entre particuliers. Il permettra bientôt de payer sur internet , probablement à partir du 2e semestre 2026. Le CNMP sensibilise ses membres au potentiel que cette solution représente pour notre autonomie et se réjouit de l’arrivée de nouveaux participants comme Revolut. Il soutient aussi les projets de coopération de Wero avec d’autres initiatives, comme celle de l’alliance EuroPA. Ces interconnexions créeront des ponts entre communautés européennes et lutteront contre la fragmentation du marché européen.
Le besoin de l’euro numérique
Enfin, nous plaçons une conviction forte dans le développement d’une offre souveraine de monnaie centrale numérique, devenant indispensable avec la dématérialisation de nos échanges. Le CNMP associe ses membres au suivi des travaux préparatoires pour un euro numérique, dont le potentiel permettrait la disponibilité d’un socle de souveraineté complémentaire aux solutions privées. L’acuité de ce projet est d’autant plus grande qu’un mouvement de dérégulation promouvant les crypto-actifs privés aux États-Unis est enclenché, menaçant de créer de nouvelles dépendances dans nos paiements.
La souveraineté s’est imposée comme un impératif dans la conduite de notre stratégie en 2025, et nous pouvons être satisfaits des premières avancées du CNMP et de l’écosystème en ce domaine, même si tant reste à faire. Il nous faudra, dans les prochaines années, également monter en puissance dans les domaines de l’accessibilité et de l’empreinte environnementale des moyens de paiement : ils constituent d’autres axes stratégiques de notre action sur le long terme. Nous travaillerons à la mise à jour de notre charte d’accessibilité, adoptée en 2022, engageant l’ensemble du CNMP vers des actions concrètes pour garantir des paiements innovants, sécurisés et accessibles à tous les utilisateurs. Par ailleurs, nous devrons développer une connaissance plus fine de l’empreinte environnementale des différents moyens de paiement, face à l’urgence climatique qui exige une prise de conscience de notre écosystème.
Un cadre réglementaire
à fortifier
Enfin, il nous faut être lucides sur ce que nos moyens peuvent couvrir, et sur les relais à activer pour donner plus d’envergure à notre action. Au regard du rôle critique que jouent les nouveaux acteurs des paiements comme les prestataires d’acceptation technique, les portefeuilles mobiles et les réseaux de paiement par carte, nous devrons très certainement réfléchir à fortifier le cadre réglementaire qui leur est applicable. Nos paiements constituent un actif stratégique pour notre résilience économique, notre autonomie industrielle et notre sécurité nationale. Le CNMP agit résolument pour que l’écosystème des paiements, les pouvoirs publics et nos concitoyens en aient conscience. Face à un environnement particulièrement mouvant et incertain, nous devons rester particulièrement agiles pour identifier et activer ensemble les leviers d’actions qui permettront d’atteindre nos objectifs.