Les PME confrontées
à des vents contraires

Créé le

06.01.2023

-

Mis à jour le

10.02.2023

En dépit de carnets de commande plutôt bien remplis, les PME font face à des difficultés de trésorerie. Dans un contexte d’inflation, les délais de paiement s’accroissent et le recours aux factors est en hausse.

Décidément, la vie n’est pas un long fleuve tranquille pour les chefs d’entreprise. Après le Covid, qui a vu la mise sous cloche de l’activité économique et la mise en place des diverses « perfusions », nous avons vécu une année 2021 de bonne facture mais, dès le début de 2022, nous avons entendu les premières inquiétudes chez les chefs d’entreprise, confirmées et accentuées tout au long de l’année que nous venons de vivre. Cette succession de chocs imprévisibles et non modélisables a usé les équipes dirigeantes et on retrouve cette sensation de lassitude dans l’étude Baromètre Bpifrance Le Lab et Rexecode, selon laquelle près d’un dirigeant sur deux (47 %) pense céder son entreprise dans les cinq prochaines années. Usure passagère, mouvement de fond ou sur-réaction liée au contexte ?

D’ailleurs, nous relevons le décalage entre ce que nous entendons actuellement des chefs d’entreprise et les prévisions pour 2023. Majoritairement, des entrepreneurs nous disent avoir des carnets de commandes plutôt remplis, qui tentent de faire du fine tuning avec les hausses de prix de matières premières, et que leur principal problème reste la gestion de la trésorerie, sujet très épineux pour la quasi-totalité d’entre eux.

Ces décalages entre les visions micro et macro nous laissent quelques espoirs mais sont aussi la résultante des effets « longue traîne » des bons chiffres 2021 et de certaines aides (Prêts garantis par l’État, ou PGE, notamment) pas encore totalement remboursées.

La question qui se pose alors est celle-ci : quelle va être l’attitude des PME face à leur trésorerie en 2023 ?

Des pressions asymétriques selon les secteurs

Tout d’abord, on note que les pressions sur les trésoreries peuvent se révéler assez asymétriques entre entreprises et entre secteurs d’activité. Les facteurs qui viennent peser sur les niveaux de trésorerie sont de plusieurs ordres et ont des origines parfois différentes. Dans l’industrie, par exemple, on a vu que les difficultés d’approvisionnement avaient conduit certains chefs d’entreprise à « surstocker ». Ce qui a eu pour conséquence d’accroître le besoin en fonds de roulement et on a alors assisté à des déblocages de nouveaux PGE en 2022.

Plus généralement, et quel que soit le secteur d’activité, durant la deuxième partie de l’année 2022, l’inflation est venue éroder les marges des entreprises qui, pour certaines d’entre elles, n’ont pas pu répercuter les hausses de coûts de revient sur les prix de vente. Phénomène d’autant plus difficile à maîtriser quand il touche l’ensemble des « intrants », et que la baisse du pouvoir d’achat a conduit à revoir à la hausse les rémunérations.

Autre élément important dans la gestion de la trésorerie : le poste client. Après le pic du T3 2020, les délais de paiement avaient baissé jusqu’à fin 2021. Par contre, depuis début 2022, la situation se tend et les retards de paiement s’accroissent. Cela se traduit dans la gestion des entreprises par un recours plus important aux factors (+16,9 % sur les neuf premiers mois de 2022 par rapport aux neuf premiers mois de 2021 selon l’ASF).

Les entreprises adaptent leurs stratégies pour lutter contre l’allongement des délais de paiement et leurs conséquences sur la trésorerie. Tout d’abord, de plus en plus d’entreprises se tournent vers des facturations d’acomptes et des pénalités de retard si les délais de règlement ne sont pas respectés.

Préserver la relation commerciale

Ensuite, que faire lorsqu’un client demande un délai supplémentaire ? Il est bien évident que la relation commerciale doit être préservée. Aussi, entre le refus net et l’accord sans conditions, les chefs d’entreprise soucieux de leur trésorerie arrivent à trouver un terrain d’entente, parfois avec un paiement partiel immédiat. Preuve que la préservation de la trésorerie est leur souci principal.

Qu’en est-il des entreprises qui éprouvent des difficultés à rembourser leurs PGE ? Des chefs d’entreprise nous font part de ces difficultés par manque de trésorerie et nous sommes très étonnés de constater que le dirigeant a souvent attendu que la situation soit irréversible pour faire appel à nos adhérents. Sur ce sujet, on peut demander à renégocier la durée de remboursement ; les solutions existent et elles sont précisées en fonction du montant (plus ou moins 50 000 euros).

Certes, la cotation Banque de France de l’entreprise risque d’être dégradée, mais c’est un faux problème. En effet, quel est l’objectif à court et moyen terme du chef d’entreprise ? S’il s’agit (comme toujours) de perdurer, alors il faut dans un premier temps renégocier et revenir auprès de la Banque de France avec un nouveau bilan pour obtenir une nouvelle cotation. On aura ainsi sauvé une entreprise, des emplois et du savoir-faire en région.

Au travers de nos rencontres avec les chefs d’entreprise, nous constatons qu’ils s’attendent à une année 2023 où l’inflation va perdurer, alimentée par les hausses de prix des matières premières et les augmentations de salaires nécessaires pour compenser la perte de pouvoir d’achat.

Au niveau de la Banque Centrale Européenne (BCE), le resserrement de la politique TLTRO (Targeted Longer-Term Refinancing Operations) va contribuer à la baisse de l’inflation mais va de pair avec un ralentissement de l’économie et une hausse des taux d’emprunt. Après avoir évité la destruction créatrice « schumpétérienne » lors de la crise du Covid, va-t-on connaître une année 2023 où les entreprises « zombies » qui ont survécu en 2020 vont cette fois-ci choir, et où les vainqueurs seront les entreprises qui ont su gérer leur cash ?

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº877