Les leviers financiers
pour préserver le cash

Créé le

10.01.2023

-

Mis à jour le

24.01.2023

Inflation, volatilité, appels de marge : le trésorier doit se mettre à la manœuvre pour en limiter l’impact sur les liquidités disponibles. Dans cette perspective, plusieurs outils s’offrent à lui, mais il doit en évaluer la pertinence et l’efficacité.

Il ne fait aucun doute que les années 2020 ont constitué un tournant majeur, mettant fin à vingt ans de mondialisation « heureuse », comme l’avait fait un siècle plus tôt le déclenchement de la guerre de 1914-1918. Après avoir cru à « la fin de l’histoire », nous voici replongés dans ce qui a de tout temps rythmé l’histoire humaine : épidémies et guerres.

Pour le trésorier d’entreprise, l’évolution est saisissante, car ce changement de paradigme signale le retour en force d’une grande oubliée dans les économies développées : l’inflation. Tout d’abord causée par la rupture des chaînes de création de valeur du fait des confinements décrétés en réponse à l’épidémie de Covid-19, elle a été alimentée par la flambée des prix de l’énergie, provoquée par la guerre en Ukraine et les mesures réciproques de boycott ou de rationnement d’énergie qu’elle a entraînées.

La hausse des prix a un impact direct sur le besoin en fonds de roulement (BFR), car le montant des créances clients enfle en proportion des prix. C’est particulièrement vrai pour EDF, dans un secteur où les prix ont flambé. À ce premier effet s’ajoutent les appels de marge, conséquence des couvertures prises sur les marchés à terme pour immuniser le résultat d’exploitation contre le risque de variation de prix. Dans un contexte de grande volatilité, l’impact est considérable. En effet, aux appels de marge sur les positions vendeuses de couverture des ventes futures viennent s’ajouter les dépôts de garantie, dont le mode de calcul sur les marchés organisés est corrélé à la volatilité constatée, d’où des emballements qui ont vu ces dépôts atteindre 60 % du nominal du contrat.

Un argent plus rare et plus cher

Le trésorier voit donc s’accroître le besoin de financement, au moment même où les banques centrales, d’abord incrédules devant sa résurgence, décident de s’attaquer durement à l’inflation en relevant leurs taux d’intérêt directeurs et en se retirant progressivement du marché obligataire pour provoquer la remontée des taux d’intérêt long terme. La conséquence est univoque : un argent plus rare et plus cher, ce qui se traduit négativement dans les conditions de financement offertes par les banques. Le trésorier d’entreprise doit alors se mettre à la manœuvre pour en limiter l’impact sur son résultat financier :

– d’une part, en faisant jouer la concurrence entre les banques : du fait de structures de bilan différentes, celles-ci subissent et donc répercutent très différemment l’impact du resserrement monétaire ;

– d’autre part, en réduisant autant que possible le besoin de financement. À cette fin, plusieurs solutions sont possibles et doivent être explorées : en premier lieu, la cession d’actifs non stratégiques, qui permet de générer du cash, non seulement le produit de la cession mais aussi le BFR qui était précédemment immobilisé par l’activité cédée ; en second lieu, la mise en place ou l’extension d’un cash pool, tant au niveau de la maison mère que des filiales, qui permet d’accroître la trésorerie disponible et d’éviter ainsi d’inutiles frais bancaires, tout en simplifiant le quotidien des trésoriers de filiales, libérés d’une gestion quotidienne peu créatrice de valeur.

Financer l’actif circulant

Ces actions étant réalisées, le trésorier peut alors s’intéresser au financement d’éléments bien identifiés de l’actif circulant au sein de son bilan. Créances clients, créances fiscales, de même que certains stocks peuvent faire l’objet d’un financement par les banques (affacturage) ou les marchés financiers (titrisation). Compte tenu de la complexité juridique des montages, ceci n’a d’intérêt que pour des montants très significatifs et il importe de vérifier au préalable que l’opération donnera accès à des taux de financement attractifs, en comparaison d’une ligne de crédit confirmée classique.

Pour des raisons de simplicité, il peut être tentant, dans le cas de l’affacturage, de retenir une offre bancaire globale incluant l’assurance des créances contre le risque de défaut. L’expérience montre cependant que les assureurs crédit sont en mesure de proposer des offres très compétitives et surtout bien adaptées au cahier des charges qui leur est soumis. Il peut donc se révéler intéressant de découpler le financement et l’assurance crédit en se posant la question de l’utilité ou non de réaliser un montage déconsolidant. En effet, du fait du retraitement qu’elles font de ces opérations, les normes IFRS (International Financial Reporting Standards) ont retiré leur intérêt window-dressing à la plupart de ces opérations. Celles-ci doivent donc être appréhendées sous l’angle de la compétitivité du taux proposé et de l’intérêt d’une réduction du risque par l’assurance crédit. Les étapes de montage et de consultation sont assez fastidieuses et requièrent une expertise technique qui peut justifier le recours à un courtier d’assurances spécialisé et expérimenté.

Pour des volumes très importants, la titrisation offre une alternative intéressante. Le financement venant des marchés financiers, et non des banques, il est moins affecté par la hausse des coûts de fonds propres des établissements bancaires. Dans ces opérations, le trésorier sera assisté par des avocats spécialisés dans le domaine.

Le trésorier d’entreprise dispose de nombreux leviers. Il importe alors qu’il se montre agile et sache mobiliser rapidement les plus efficaces d’entre eux pour faire face à cet environnement inédit.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº877