Paiement : la fin du cash a-t-elle sonné ?

Créé le

29.08.2022

-

Mis à jour le

14.09.2022

Dans l’histoire de la monnaie, il est de coutume de dire qu’au fil des âges, aucun moyen de paiement n’en a totalement éradiqué un autre. Et même à l’heure du tout électronique, le troc et le chèque ont toujours une proportion d’usage non négligeable... Pourtant, après deux ans de pandémie durant lesquels les messages de prévention ont mis l’accent sur l’absence de contact non nécessaire entre les individus, sans compter désormais l’augmentation des prix, les échanges en espèces sont en chute libre. C’est du moins l’un des points qui ressortent le plus du dernier baromètre de la consommation des ménages réalisé pour le compte de Nickel et de Mastercard en juin dernier.

Les moyens de paiement « sans contact » sont en progression (+ 4 points par rapport au baromètre précédent), en particulier via le smartphone et les applications de paiement. Si le passage du seuil de paiement sans contact à 50 euros a été très apprécié, de plus en plus de Français (53 %) trouveraient utile de le relever à 100 euros. Près de la moitié des Français déclarent même avoir de moins en moins d’espèces sur eux, notamment les 55-75 ans (+ 8 points par rapport au baromètre antérieur). Pour autant, ils sont encore 66 % à affirmer payer encore au moins une fois par mois en espèces, même si, entre deux vagues d’enquête, l’une en 2021 et l’autre début 2022, ce chiffre a baissé de 2 points. À titre de comparaison, ils sont 86 % à déclarer faire au moins un paiement sans contact par mois, et 23 % à payer au moins une fois par mois à l’aide du smartphone. Il faut dire qu’avec la pandémie, l’e-commerce est devenu une norme, avec 55 % des Français qui disent l’utiliser régulièrement (dont 68 % des 25-34 ans).

Cet usage moins important des espèces s’observe plus particulièrement au niveau des distributeurs de billets (DAB). Selon le Global ATM Markets and Forecasts to 20271 de RBR, le nombre de retraits d’argent au DAB et leur valeur ont chuté dans le monde entier par rapport aux chiffres pré-épidémie de Covid-19. Et les prévisions de l’institut ne voient pas d’amélioration en volume dans un futur proche puisque le nombre de retraits devrait plafonner à 72 588 millions au niveau mondial en 2027, contre 84 740 millions effectués en 2019 (et 68 872 millions en 2021). Les retraits devraient en revanche concerner des sommes plus importantes, car RBR prévoit qu’ils atteindront, en valeur, 17 658 milliards de dollars en 2027, contre 16 808 milliards de dollars en 2019.

Si l’on regarde dans le détail, même si le retrait d’espèces a commencé à remonter un peu partout dans le monde en 2021, cela n’a pas été le cas dans la communauté économique européenne. Et l’Europe de l’Ouest devrait connaître la remontée la plus faible en valeur, avec de grandes disparités d’un pays à l’autre : ainsi, en 2027, l’Italie retirera 100 milliards de dollars en espèces de plus qu’en 2021, alors que, dans le même temps, au Royaume-Uni, les retraits en valeur baisseront de 40 milliards de dollars en six ans. Ces fluctuations et la différence entre l’Europe de l’Ouest et d’autres zones (comme l’Amérique latine, le Moyen-Orient et l’Afrique ou l’Inde) s’expliquent par les taux d’inflation attendus dans chaque zone, mais également par l’émergence de nouveaux services liés au DAB allant au-delà du simple retrait (notamment, dans certains pays, le versement des pensions et allocations via ces réseaux). Les espèces ne seront sûrement plus le moyen de paiement privilégié pour les particuliers en ce XXIe siècle, mais il leur reste encore de beaux atouts pour survivre.

Évolution des retraits en espèces dans le monde

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº871