Le paiement fractionné, traduit de l’anglais « Buy Now Pay Later » par « Achetez maintenant, payez plus tard », est une offre de financement à court terme qui permet d’effectuer des achats et de les payer à une date ultérieure. En France, on recense sur ce marché les fintechs françaises Alma, Pledg, Younited, les internationales Paypal, Klarna, Scalapay et Hokodo, et les filiales de groupes bancaires Django (La Banque Postale) qui a récemment acquis Joe, Floa (BNP Paribas), Oney (BPCE), Franfinance (Société Générale), Cofidis (Crédit Mutuel), Sofinco (Crédit Agricole) ou encore Cetelem (BNP Paribas).
Le BNPL implique un acheteur (le consommateur), un prêteur (une fintech ou un acteur financier) et un commerçant. Généralement structurée comme un processus de prêt d’argent à très court terme, cette facilité de paiement échappe à la réglementation sur le crédit à la consommation dès lors qu’elle n’excède pas 90 jours. Au-delà, les obligations du crédit à la consommation s’appliquent, tels le taux d’usure, l’obligation d’information ou encore une vérification de la solvabilité du client. Cette dernière s’effectuera par algorithme pour le BNPL et par l’obtention et le contrôle de documents pour les crédits à la consommation.
La révision de la directive sur le crédit à la consommation proposée par la Commission européenne tendrait à inclure le BNPL dans son périmètre. Elle prévoit de renforcer l’information précontractuelle ainsi que les obligations de connaissance du client, notamment de sa capacité de remboursement.
Si la plupart des acteurs ont déjà anticipé cette évolution, ils ne l’appliquent pas aujourd’hui sur l’ensemble des parcours, car toute étape ajoutée affecte la conversion. Dans le détail, quelques informations supplémentaires sont demandées et certaines, qui concernent l’opération de BNPL, sont affichées : coût, lorsqu’il y en a un, échéancier, droit du consommateur, fonctionnement...
Cette révision prendrait en compte le « principe de proportionnalité », en premier lieu dans les procédures d’octroi. Dans la pratique, la plupart des acteurs du BNPL l’appliquent déjà, avec des dispositifs complémentaires qui se déclenchent notamment en fonction du montant. S’ils alourdissent le parcours, ils rassurent la société de BNPL sur la solvabilité du client. Il s’agira de KYC (Know Your Customer) renforcé, avec l’utilisation d’une solution pour la certification de l’identité, comme la vidéo par l’association de la pièce d’identité et du visage du consommateur, et d’une action d’open banking, avec un accès sécurisé aux comptes du client pour calculer ses revenus et sa capacité de remboursement, service que fournit notamment la fintech Algoan.
Mutualisation et consolidation
Dans le contexte actuel de hausse des taux, le modèle devient moins rentable. Certains des dispositifs composant l’offre de BNPL ont un coût significatif : acquisition des paiements, KYC, open banking... Une évolution pourrait consister à les mutualiser via l’onboarding des clients par les sociétés de BNPL (diviser le coût sur plusieurs achats en BNPL). Mais dans ce cas, le marchand pourrait craindre de perdre le client au profit de la société de BNPL. Quels acteurs ce mouvement va-t-il servir et desservir ? Les consommateurs les plus aisés pourront continuer à bénéficier du BNPL, après vérification de leur solvabilité. Ceux qui ne passeront pas cette vérification ne pourront plus, par exemple, bénéficier d’un « 4 fois sans frais », et devront faire appel à un crédit à la consommation, plus coûteux, ou subir des frais de découvert bancaire. La réponse réside alors dans l’éducation financière.
Avec l’inflation, les risques d’impayés ont nécessairement augmenté ces derniers mois. Les algorithmes, qui fonctionnent en partie sur le machine learning, et la vérification de la capacité financière des consommateurs par l’open banking permettent d’ajuster le risque d’impayé en temps réel.
La forte croissance du BNPL par rapport au crédit à la consommation classique est due à sa simplicité et à son accessibilité, à la toute fin du parcours d’achat. Même en cas de révision de la directive, qui pourra conduire à alourdir l’acte d’achat des consommateurs et de réduire le taux de conversion, il est probable que les Français continuent en grande partie à l’utiliser, car le besoin sous-jacent reste important, en raison de l’inflation notamment.
Le renforcement de la réglementation pourrait aussi conduire des fintechs à se rapprocher de grands groupes, même si certaines ont démontré leur autonomie en disposant d’un agrément d’établissement de crédit, comme Younited. Le mouvement a déjà été amorcé par Floa, racheté par BNP Paribas. D’autres éléments conjoncturels, comme la raréfaction du financement ou des exigences accrues de la part des investisseurs en matière de rentabilité, constituent des éléments favorables à une consolidation. Enfin, certains marchands pourraient internaliser cette capacité, éventuellement via des cartes de paiement, virtuelles ou non, afin d’allier online et physique. L’arrivée annoncée d’Apple sur ce service pourrait enfin également rebattre les cartes...