Le paiement par carte bancaire, en Europe, s’appuie sur des règles dont les principes ont été posés il y a déjà plus de 30 ans. Au fil des années, tout un écosystème s’est développé avec l’implication de multiples acteurs : schemes, acquéreurs et émetteurs, PSPs, fabricants de terminaux de paiement, fournisseurs de services... Grâce à leurs contributions, « les rails » monétiques permettant d’accepter, de traiter, de sécuriser des milliards de transactions ont été bâtis, dans un premier temps pour répondre à des besoins d’encaissement en point de vente. Au fil du temps, ils ont évolué pour prendre en compte le développement du e-commerce et ses spécificités.
Nouveaux usages de consommation, nouveaux acteurs, évolutions technologiques, évolutions réglementaires... Ce mouvement de fond ouvre la voie à de multiples opportunités. Le smartphone est désormais le premier medium d’accès à un monde qui se digitalise à vitesse V et qui gomme chaque jour davantage les frontières entre univers physique et univers online. Il répond aussi au besoin d’instantanéité qui se développe dans absolument tous les domaines : envoi d’argent, achats de biens et services, retail, restauration, mobilité... La mise en place de la DSP2, qui offre la possibilité d’initier des virements instantanés de compte à compte, vient élargir les champs du possible et confirmer ce changement de paradigme à venir.
Comme dans toutes les industries, un changement de cap de cette ampleur requiert d’adopter une nouvelle approche, de nouvelles règles, de développer de nouveaux outils, de nouveaux modèles d’affaire. Il nécessite également une nouvelle infrastructure, capable de soutenir la mise en œuvre de toutes les promesses portées par ces évolutions.
Pour aboutir à un nouveau service de paiement, totalement dématérialisé, intégré au plus près des expériences d’achat et enrichi de services à valeur ajoutée, il est indispensable de s’adosser sur un wallet, carrefour technique et de communication qui seul permet d’offrir et, surtout, de combiner l’accès à divers services : paiement, expériences d’achat, fidélité, services à valeur ajoutée... Mais la pertinence et le potentiel du wallet sont directement corrélés à sa capacité à interagir avec les univers et les équipements qui l’entourent : systèmes d’encaissement, sites Internet mais également barrières de péage, kiosques, scanners...
Pour aboutir à ce nouveau système en réseau, nous devons donc mettre en place de nouveaux « rails » sur lesquels « faire circuler » ces nouveaux services, afin d’aboutir à des expériences les plus fluides et universelles possibles.
Wallet et QR code, le combo gagnant
Dans cette optique, le QR code a bien des prédispositions. Il est universel, peut être scanné par n’importe quel smartphone du marché, via un geste désormais totalement naturel pour le plus grand nombre. Il est flexible, peut embarquer différents types d’informations (par exemple localisation, identité, objet, service, transaction), et donc être personnalisé en fonction des contextes d’utilisation. Il est très peu coûteux, car il s’appuie sur les smartphones et tablettes déjà en circulation et sur des équipements déjà déployés (scanners, lecteurs ...). Il est sécurisable, du fait des nombreuses règles de contrôle qui peuvent lui être appliquées.
Un scan de QR code permet d’initier une demande d’argent, d’effectuer toutes les étapes du passage en caisse en un seul geste (paiement, fidélité, ticket dématérialisé), de payer son addition au restaurant, de participer à une cagnotte, de payer sur Internet, de commencer un parcours de shopping en Scan & Go. La force du QR code, c’est sa capacité à faire le lien entre les mondes physique et online, à permettre un acte d’achat hybride, qui combine le meilleur de l’expérience d’achat en magasin et le meilleur de l’achat en ligne.
Depuis près de 10 ans, en Asie, des centaines de millions d’utilisateurs ont intégré les wallets AliPay, KakaoPay, WeChatPay, Paytm, etc., dans leur quotidien d’achat et de shopping. En Europe, Swish (en Suède), Twint (en Suisse), ou Lyf Pay (en France), etc. tentent de leur emboîter le pas. Les mois et années qui viennent nous diront s’ils ont été adoptés par leurs publics.
Le projet European Payment Initiative (EPI), qui ambitionne de mettre en place un nouveau moyen de paiement dématérialisé commun à tous les pays de la zone euro, s’inscrit dans cette dynamique. Il est très emblématique du nouveau modèle qui se dessine... et des challenges que le monde du paiement doit désormais s’attacher à relever.