L’alternative à la commission interbancaire existe

Créé le

23.08.2023

-

Mis à jour le

24.08.2023

Si la carte bancaire s’est généralisée, ce mode de paiement a un coût pour le marchand. Or le numérique offre des solutions alternatives plus innovantes et avantageuses, qui continuent de s’installer dans les usages. L’évolution des flux SEPA constitue ainsi un concurrent sérieux face aux systèmes de paiement traditionnels.

Rien de plus simple que d’utiliser une carte bancaire : on l’insère dans le terminal de paiement et on compose son code confidentiel (ou on la pose simplement dans le cas du sans-contact), et c’est payé. Pour réaliser cette opération basique, une infrastructure informatique complexe est nécessaire, tout comme l’implication de nombreux acteurs.

La carte est un système de paiement « 4 coins », où le consommateur reçoit de la part de sa banque (l’émetteur) un moyen de paiement lié à un réseau de paiement (CB, Visa, Mastercard, etc.). Le commerçant souscrit quant à lui, via sa banque ou sa plateforme de paiement (l’accepteur ou le prestataire de service de paiement – PSP), un contrat lui permettant d’encaisser des fonds grâce au moyen de paiement de ce réseau. Concernant le modèle économique, le prix total pour le commerçant se décompose de la sorte :

Prix total commerçant = Interchange + commission du réseau de paiement + commission du PSP.

L’interchange vise à rémunérer les investissements réalisés par l’émetteur afin de mettre à la disposition de ces clients des moyens de paiement (production et envoi de la carte physique, infrastructure informatique, distributeurs de billets, etc.). La commission du réseau de paiement (scheme fee) est également fixée par le réseau. Pour les grands remettants, avec des volumes très significatifs, elle peut être négociée directement avec celui-ci. Pour ces grands commerçants, il est possible de limiter ce coût en passant des accords avec les principales banques de la place, visant à remettre directement les transactions à chacune des banques émettrices directement sans passer par le réseau de paiement, en évitant ainsi cette partie du prix.

Enfin, la commission du PSP vise à rémunérer la gestion par ce dernier de l’acceptation (processus informatique permettant le traitement d’une opération côté commerçant) et de l’acquisition (réception des fonds via l’affiliation à un réseau de paiement).

Le prix de ces transactions est donc la résultante d’un système de paiement complexe impliquant de nombreux acteurs. Ce prix peut être baissé grâce au pouvoir de négociation des grands commerçants. Il reste toutefois significatif pour les commerçants de tailles moyenne et petite. Il existe des alternatives au paiement par carte, tel que Paypal, ApplePay ou Paylib en France mais ces moyens de paiement ne sont pas moins chers car ils nécessitent les mêmes investissements que les réseaux cartes traditionnels, qu’ils utilisent d’ailleurs bien souvent en arrière-plan.

Y a-t-il donc des réseaux de paiement moins coûteux et aussi utilisés par les consommateurs que la carte ? Pas à ce jour, mais certaines innovations pourraient peut-être remettre en cause le monopole des réseaux existant.

Les cryptomonnaies. À l’autre bout de la chaîne, au plus loin des paiements traditionnels, les paiements via la blockchain font leur apparition, mais l’adoption côté marchand n’est pas au rendez-vous. La multiplicité des devises, leur fluctuation, le fait de n’avoir pas de solution unifiée de paiement, et le coût significatif de traitement des échanges, rendent pour l’instant ce mode de paiement très peu utilisé, et sur un modèle encore peu clair pour les marchands. Certaines initiatives visent à fournir une carte traditionnelle adossée à un compte crypto et un compte d’échange, afin de convertir en temps réel de la cryptomonnaie en euros. On en revient à un paiement par carte traditionnel en termes d’avantages et d’inconvénients : le porteur conserve alors tout le risque et les coûts de change.

L’orchestration de paiement. Solution intermédiaire qui va permettre de router la carte vers l’une des différentes solutions d’acquisition du paiement, l’orchestration se développe rapidement chez les e-commerçants qui souhaitent proposer une expérience shopping unifiée tout en offrant une variété de méthodes de paiement. Deux avantages : les banques ne font souvent pas payer de frais quand les cartes des porteurs appartiennent au même réseau de paiement, et le taux d’acceptation est optimisé, certains acquéreurs étant plus susceptibles d’accepter certaines cartes. Donc si vous pouvez avoir plusieurs banques, vous multipliez les opportunités de ne pas payer de frais.

L’évolution des flux SEPA, un concurrent sérieux. Vous flashez un QR code, votre application bancaire s’ouvre et vous demande de confirmer le montant et de le valider via votre empreinte digitale, et c’est payé. Aussi simple qu’un paiement sans contact. Derrière tout ça, un rail de paiement classique en Europe : le SEPA, ce flux utilisé traditionnellement pour faire un virement ou pour être prélevé. Plusieurs évolutions permettent désormais son utilisation pour des paiements internet ou en proximité. Tout d’abord, la DSP 2 (Directive sur les services de paiement 2) puis la DSP 3, qui offrent aux sociétés d’open banking la possibilité de générer un virement, de façon irrévocable et fiable. Ensuite le déploiement des réseaux de virements instantanés (pour ne pas attendre un ou deux jours l’arrivée des fonds). Enfin, l’alliance de l’open banking et du BaaS (Banking-as-a-Service) qui permet de s’assurer de l’arrivée des fonds sur un compte intermédiaire du marchand ou de fiabiliser les remboursements totaux ou partiels, le rapprochement bancaire.

Cette technologie dispose de nombreux atouts, et avec son adoption grandissante par les utilisateurs, le nombre de cas d’usage devrait exploser : solution aux problèmes de plafonds des cartes pour les achats avec montants élevés, remplacement des chèques de banques grâce à la garantie du paiement pour l’acheteur comme pour le vendeur, possibilité d’intégrer des QR codes sur les factures... Enfin, et surtout, son modèle tarifaire différent de celui de la carte donnera l’opportunité aux marchands d’optimiser les coûts liés au paiement tout en proposant au consommateur une expérience très fluide et sécurisée. Le coût pour « processer » des flux SEPA nettement inférieur à celui des flux monétaires, si les volumes des intermédiaires sont suffisants pour diluer leurs coûts fixes. Ce modèle peut donc être un concurrent agressif d’un point de vue tarifaire.

La facilité d’utilisation, l’expérience utilisateur et la tarification de ces prestations pour le vendeur pourraient en faire une alternative à la carte bancaire. Reste encore à la carte plusieurs avantages au bénéfice du consommateur : par exemple, aujourd’hui, la garantie de remboursement en cas de non-livraison du produit acheté en ligne ou de livraison d’un produit endommagé doivent encore être gérés individuellement par les marchands.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº883
La carte, anatomie d’un succès
En 1967, six banques françaises s’associent pour lancer la première carte de paiement en France, la « Carte Bleue ». Cette dernière amène un niveau de sécurité inégalé pour les commerçants qui pouvaient être inquiets (et le sont parfois encore) à l’idée de se voir refuser des chèques sans provision ou d’être confrontés aux risques de vol des espèces. En 2023, tous les commerçants ou e-commerçants proposent le paiement par carte bancaire. Système de paiement le plus répandu, il continue à bénéficier d’innovations qui facilitent l’expérience d’achat tout en garantissant la sécurité du paiement à l’utilisateur et au commerçant.