L’industrie de l’asset management face à la retraite

Créé le

30.09.2026

-

Mis à jour le

14.10.2026

Face au vieillissement démographique et à la baisse attendue du taux de remplacement, l’Association française de la gestion financière plaide pour une articulation plus ambitieuse entre répartition et capitalisation, afin de mieux préparer les retraites futures tout en orientant l’épargne longue vers l’économie.

La retraite est un sujet à la fois intime et collectif. Intime parce qu’elle touche chacun d’entre nous au moment où se pose la question de notre niveau de vie futur, collectif en ce qu’elle engage notre pacte social, les relations entre générations et notre capacité à préparer l’avenir économique du pays.

Il suffit parfois d’un dîner familial pour mesurer l’inquiétude que suscite le sujet. Mes propres enfants, aujourd’hui trentenaires, me disaient récemment qu’ils étaient convaincus qu’ils « n’auraient rien » à la retraite. C’est faux : notre système par répartition continuera de verser des pensions. Mais cette conviction traduit tout autant une inquiétude réelle qu’une lucidité face aux transformations démographiques.

C’est à cette question que nous avons voulu nous confronter, à l’AFG, dans le cadre du groupe de travail qui a abouti à la publication en juin 2026 du Livre blanc. Notre propos n’est pas d’opposer répartition et capitalisation, mais de répondre à une question essentielle : comment garantir aux générations futures un niveau de vie satisfaisant au moment de leur retraite ?

Notre conviction est qu’il faut construire une complémentarité efficace et équitable entre les deux systèmes.

$!L’industrie de l’asset management face à la retraite

Un constat démographique implacable

En 1960, notre système par répartition comptait quatre cotisants pour un retraité. En 1980, ce ratio était tombé à 2,8 et, en 2020, à 1,8. Les projections indiquent qu’il pourrait atteindre 1,4 en 2070.

Dans le même temps, nous vivons plus longtemps. Ce progrès considérable modifie l’équation financière du système. Avec moins de cotisants pour financer davantage de retraités vivant plus longtemps, maintenir le niveau actuel des pensions devient mécaniquement plus difficile.

À législation inchangée, les projections tablent ainsi sur une baisse de l’ordre de dix points du taux moyen de remplacement à l’horizon 2070 : il passerait de quelque 60 % aujourd’hui à moins de 50 % des 25 meilleures années pour un salarié du secteur privé.

Ces chiffres ne remettent nullement en cause la légitimité de la répartition, socle de notre pacte social et qui doit le demeurer. Mais elle ne peut plus, à elle seule, répondre à la question du niveau de vie des futurs retraités.

Donner au plus grand nombre accès
à la performance du capital

Une autre dimension, pourtant rarement abordée, s’inscrit dans notre réflexion : la répartition ne permet pas, par construction, de bénéficier de la performance financière du capital.

Les ménages disposant d’un patrimoine peuvent investir une partie de celui-ci sur les marchés financiers et bénéficier, sur longue période, de la performance des entreprises et de l’économie. Ceux qui ne disposent pas de ce patrimoine en sont beaucoup moins souvent les bénéficiaires.

La capitalisation pose donc aussi une question d’équité : comment permettre au plus grand nombre de tirer parti, dans la durée, de la performance générée par l’investissement dans l’économie ?

L’enjeu n’est pas de remplacer une source de revenus par une autre, mais de les diversifier progressivement, en combinant la solidarité de la répartition avec les revenus susceptibles d’être générés par une épargne investie sur le long terme. Le véritable débat n’est donc plus celui de la répartition contre la capitalisation, mais celui de leur meilleur équilibre.

Un modèle à plusieurs piliers

Les expériences étrangères sont riches d’enseignement. En Suède, aux Pays-Bas ou au Danemark, la répartition est complétée par des mécanismes collectifs de capitalisation couvrant largement les salariés. Les actifs détenus par les institutions de retraite représentent ainsi environ 11 % du PIB en France, contre 107 % en Suède, 147 % aux Pays-Bas et près de 200 % au Danemark.

Si ces modèles ne sont évidemment pas transposables mécaniquement, ils illustrent néanmoins qu’il est possible d’associer solidarité collective et constitution progressive d’une épargne de long terme, tout en mobilisant davantage de capitaux au service de notre tissu économique.

C’est cette voie d’équilibre que nous souhaitons explorer, à travers : un premier pilier public, universel et obligatoire par répartition ; un deuxième pilier collectif obligatoire par capitalisation ; et un troisième pilier d’épargne supplémentaire, facultatif.

Les Français sont-ils prêts ?

On entend encore souvent que les Français seraient culturellement opposés à la capitalisation. Je ne le crois pas. Ils sont attachés à la solidarité, et ils ont raison de l’être. Mais cet attachement n’exclut pas une adaptation du système. Les enquêtes d’opinion montrent qu’environ un Français sur deux est favorable au développement de la capitalisation. Et dans la pratique, les comportements ont déjà commencé à évoluer.

La création du Plan d’épargne retraite (PER) dans le cadre de la loi PACTE en est l’illustration. Plus de 13 millions de Français disposent désormais d’un PER, individuel ou collectif. L’AFG s’inscrit dans cette continuité : dès 2016, notre Livre blanc sur l’épargne longue dessinait les contours de dispositifs qui allaient devenir les PER.

Ce succès, réel, reste incomplet. Seuls 4,9 millions environ de ces détenteurs disposent d’un PER d’entreprise. La diffusion de l’épargne retraite collective demeure donc insuffisante, en particulier dans les petites entreprises. La prochaine étape doit être celle de la généralisation.

L’épargne retraite, un levier pour l’économie

L’enjeu dépasse largement la seule question – déjà majeure – des retraites. Aujourd’hui, 43 % du patrimoine financier des Français est investi en liquidités ou en dépôts bancaires. Une part importante de cette épargne reste donc peu exposée aux actifs de long terme, alors même que certaines liquidités sont conservées pendant de longues périodes. Ce décalage est paradoxal : la France dispose d’une épargne abondante, mais une part insuffisante est orientée vers le financement de la croissance et des entreprises.

Or ces dernières ont besoin de fonds propres et d’investisseurs capables de les accompagner dans la durée. L’épargne retraite constitue, à ce titre, un vecteur particulièrement pertinent. Elle finance notre appareil productif, l’innovation, les infrastructures et la transition énergétique. Elle peut également contribuer à renforcer la compétitivité et la souveraineté françaises et européennes en orientant davantage de capitaux vers les entreprises et les projets de notre continent. Elle produit ainsi un double bénéfice : préparer l’avenir des retraités tout en préparant l’avenir économique du pays.

Deux propositions pour amorcer l’évolution

À partir de ces constats, l’AFG propose une démarche progressive à deux niveaux.

Le premier consiste à mettre en place un régime complémentaire interprofessionnel de retraite par capitalisation pour l’ensemble des salariés du secteur privé, venant compléter le système par répartition.

Totalement distinct de celui-ci, il serait géré par les partenaires sociaux, dans une logique de gouvernance paritaire, et reposerait sur un compte individuel en euros permettant à chaque salarié de suivre les droits qu’il acquiert.

Dans le scénario étudié, le dispositif serait amorcé par la réorientation de 12 à 15 % des cotisations du régime complémentaire par répartition, soit environ un point de cotisation. Le Livre blanc identifie plusieurs pistes permettant de financer cette transition, telle que la mobilisation d’une partie des revenus générés par les réserves existantes du régime complémentaire ou une évolution temporaire des règles d’indexation des pensions complémentaires.

Le nouveau régime concernerait dans un premier temps les salariés de moins de 40 ans. Ce choix permettrait une allocation d’actifs adaptée à un horizon de long terme, les premières prestations n’intervenant qu’après vingt ou vingt-cinq ans.

Selon les hypothèses étudiées, un tel dispositif pourrait permettre d’accumuler environ 200 milliards d’euros après vingt ans et d’injecter plusieurs milliards d’euros supplémentaires chaque année dans l’économie française. Les simulations montrent surtout qu’à cotisations constantes, il pourrait assurer, à terme, une retraite supérieure à celle d’un système exclusivement fondé sur la répartition.

Le second niveau consiste à renforcer les PER collectifs d’entreprise. Nous proposons d’étendre ces dispositifs à toutes les entreprises de plus de dix salariés, dans le prolongement de la logique de la loi sur le partage de la valeur. Une partie des flux issus de l’intéressement, de la participation ou des primes de partage de la valeur pourrait être automatiquement orientée vers le PER, avec une possibilité de renoncement pour le salarié.

Cette logique d’adhésion par défaut, qui a fait ses preuves à l’international, permettrait de développer l’épargne longue tout en préservant – c’est fondamental – la liberté de choix de chacun.

La confiance, condition de la réussite

Aucune réforme de cette nature ne pourra réussir sans confiance. L’épargne retraite est un engagement de très long terme. Les règles doivent donc être stables et lisibles. Chaque salarié doit pouvoir comprendre immédiatement où il en est de ses droits.

À nouveau, regarder hors de nos frontières montre que les systèmes les plus robustes sont aussi souvent les plus simples : un compte individuel, une information claire, une vision immédiate des droits acquis et une gestion adaptée à l’horizon de départ à la retraite. Nous disposons déjà en France d’un outil précieux avec Info Retraite. Il pourrait constituer le socle d’une information consolidée permettant à chacun de visualiser, dans un même espace, ses droits issus de la répartition comme ceux constitués par capitalisation.

Cette information est aussi une question d’éducation financière. Épargner pour sa retraite suppose de comprendre ce que l’on épargne, pourquoi, sur quelle durée et avec quel niveau de risque.

Enfin, la gouvernance sera déterminante. L’État doit garantir le cadre, la stabilité, la transparence et la protection des épargnants. Les entreprises doivent jouer leur rôle dans la diffusion des dispositifs. Les partenaires sociaux ont vocation à piloter le nouveau régime. Et les professionnels de la gestion d’actifs ont une responsabilité très concrète : investir efficacement cette épargne longue au service des futurs retraités et de l’économie.

De l’immobilisme à l’adaptation

Au fond, le choix qui se présente à nous n’est pas celui de la répartition contre la capitalisation. Il est celui de l’immobilisme contre l’adaptation. Notre ambition n’est pas de proposer une révolution du modèle français, mais de l’adapter de manière pragmatique, progressive et équilibrée. Il s’agit de préserver ce qui fait sa force : la solidarité entre les générations. Mais aussi de lui apporter un complément permettant de mieux protéger les générations futures.

Il s’agit également de faire un meilleur usage de l’épargne considérable dont disposent les Français, en orientant une part plus importante de cette épargne longue vers les entreprises, l’innovation, les infrastructures et les grandes transformations de notre économie.

Il s’agit, enfin, de répondre à une inquiétude qui traverse toute une génération de jeunes actifs : celle de savoir si, demain, ils pourront bénéficier d’un niveau de protection satisfaisant.

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº19
Les propositions de l’AFG pour répondre aux enjeux du vieillissement
• Instaurer les PER collectifs d’entreprise dès 10 salariés et généraliser la création d’un régime complémentaire interprofessionnel de retraite par capitalisation pour l’ensemble des salariés du secteur privé sont les deux propositions phares de l’association.
• Renforcer la solidarité par la répartition, diversifier les sources de revenus à la retraite, donner au plus grand nombre accès à la performance du capital et mobiliser davantage notre épargne au service de notre économie : c’est moins une rupture avec le modèle français qu’une manière de le préparer aux réalités du XXIe siècle.
• C’est dans cet esprit que l’industrie de la gestion d’actifs entend prendre sa part au débat sur les retraites. Non pas pour défendre un modèle contre un autre, mais pour contribuer à construire un système plus résilient, plus lisible et plus inclusif.