Comparatif de la compétitivité de l’UE par composante

Créé le

21.12.2022

-

Mis à jour le

22.12.2022

Les arguments en faveur d’une Union des marchés
de capitaux (UMC) sont
plus forts que jamais.
En décembre 2022,
la Commission a présenté de nouvelles propositions sur la compensation, l’insolvabilité et la cotation des entreprises, mais
les progrès de ce projet tardent à se concrétiser.

Ces six dernières années, les entreprises, y compris les petites et moyennes (PME), des États membres de l’Union européenne ont été mises à rude épreuve : d’importants chamboulements et des crises extrêmes ont eu lieu, à commencer par le Brexit, suivi de la pandémie et des conséquences de la guerre en Ukraine. Les entreprises européennes ont été confrontées à des défis continus. Aujourd’hui, face à la crise énergétique et la flambée de l’inflation, elles évoluent dans un contexte plus qu’incertain.

En temps de crise, il est d’autant plus important que les entreprises puissent s’appuyer sur des marchés de capitaux solides, capables de fournir les financements nécessaires. Cependant, il est bien connu que les entreprises européennes continuent de dépendre fortement des prêts bancaires pour financer leurs investissements. Selon les dernières analyses d’EY, les prêts bancaires de la zone euro devraient diminuer l’année prochaine pour la première fois depuis 2014.

De son côté, la Banque Centrale Européenne (BCE) estime que 75 % des entreprises de la zone euro continuent de chercher des prêts bancaires par rapport à d’autres types de financement de marché. L’un des objectifs clés de l’Union des marchés de capitaux (UMC) est de contribuer à réduire cette dépendance vis-à-vis des canaux bancaires et de réduire le coût de la levée de capitaux, en particulier pour les PME. Ceci ne pourra être réalisé qu’en mettant en place un système financier dans lequel des marchés de capitaux plus profonds et intégrés absorberont une plus grande partie de l’épargne des citoyens et joueront un rôle plus important dans le financement des entreprises.

En Europe, l’UMC est considérée comme un projet à long terme depuis des années, mais des obstacles subsistent.

Le déficit de fonds propres

Les recherches de l’AFME démontrent que quelques obstacles majeurs empêchent le projet de CMU de démarrer véritablement. Parmi les principaux obstacles, figurent le déficit de financement par fonds propres au sein de l’UE, qui continue de se creuser par rapport à ses homologues mondiaux, et la faiblesse du marché de la titrisation, qui demeure importante pour le système financier de l’UE.

Dans l’ensemble, les marchés actions de l’Union européenne progressent lentement. La performance de l’UE est nettement inférieure à son potentiel, comme en témoigne la baisse de la part des actions cotées dans la capitalisation boursière mondiale. La capitalisation boursière des actions cotées sur le marché intérieur de l’UE est passée de 18 % en 2000 à seulement 10 % du total mondial aujourd’hui. Cette chute drastique est le résultat d’un enchevêtrement de facteurs : une tendance continue de sorties de la cote, un nombre réduit d’introductions en bourse et, plus récemment, des valorisations plus faibles liées à l’incertitude des perspectives économiques. Par conséquent, l’UE dans son ensemble devient de moins en moins attractive en tant que région où les entreprises peuvent accéder à de vastes réserves de capitaux ou entrer en bourse.

Pour y remédier, les marchés publics et le cadre des introductions en bourse doivent être améliorés. La réglementation sur la cotation de l’UE sera essentielle à cet égard et stimulera la compétitivité transfrontalière des marchés de l’UE pour les cotations, tant pour les entreprises déjà cotées en bourse que pour les nouvelles entrantes. Cette initiative devrait viser à favoriser un environnement dynamique pour les cotations, en réduisant les coûts pour les entreprises de toutes tailles, dans la mesure du possible, tout en veillant à ce que les investisseurs continuent de bénéficier de la sécurité juridique et des mécanismes d’informations robustes. Les principales caractéristiques du cadre existant de l’UE, qui ne sont pas claires, pèsent de manière disproportionnée sur les émetteurs et ne parviennent pas à rassurer les investisseurs, devraient être abordées lors de cet examen.

La titrisation demeure limitée

Le marché européen de la titrisation n’a pas non plus décollé et il est en retard par rapport à ses homologues à l’échelle internationale. Par exemple, les niveaux d’émissions de titrisations de l’UE ont diminué de 10,9 % sur la période 2020-2021, tandis que la titrisation aux États-Unis a progressé de 74,5 % sur la même période. En outre, pendant la pandémie, la titrisation a joué un rôle de soutien en libérant des capacités de prêt bancaire en dehors de l’Europe, mais dans l’UE, les niveaux d’émission annuelle moyenne en matière de titrisation ont diminué de 10,9 % par rapport à la moyenne d’avant la pandémie.

Selon les acteurs du marché, les obstacles réglementaires freinent la croissance du marché européen de la titrisation. Bien que des changements aient été apportés au cadre de titrisation au niveau de l’UE avec un nouveau cadre simple, transparent et standardisé (STS), celles-ci n’ont pas eu l’effet souhaité sur le redressement du marché.

L’absence d’un marché de la titrisation performant constitue un frein stratégique pour le système financier européen. Elle nuit à la compétitivité des institutions financières européennes et limite leur capacité à recycler les capitaux pour soutenir de nouveaux financements. Elle a également poussé les investisseurs institutionnels à se tourner vers d’autres produits qui n’offrent pas les mêmes avantages en termes de protection, de transparence et de liquidité.

En tant qu’outil, la titrisation est particulièrement bien placée pour soutenir l’économie européenne grâce à sa capacité à transférer les risques tout en renforçant la capacité des banques à gérer efficacement leurs bilans pour continuer à prêter aux entreprises et aux ménages. Pour y parvenir, des efforts supplémentaires doivent être déployés afin de débloquer la contribution de cet important instrument de financement de la croissance de l’UE. Les équilibres du cadre européen de titrisation doivent être corrigés de toute urgence afin d’encourager les émetteurs et les investisseurs à revenir sur le marché. Il ne fait aucun doute que des progrès considérables ont été accomplis au cours des cinq dernières années, cependant, les législateurs de l’UE devraient désormais saisir les opportunités offertes par les discussions législatives en cours sur les CRR3/ CRD6 et la directive Solvabilité 2 pour ajuster les calibrages en matière de titrisation dans le cadre de ces réglementations et définir des mandats concrets en vue d’autres modifications.

Des avancées positives

Il devient clair que l’UE doit continuer à œuvrer à l’expansion et à l’approfondissement significatifs des capacités de ses marchés des capitaux. C’est d’autant plus important au regard des mobilisations du capital requises par les transitions vertes et digitales. Les marchés de capitaux ont la capacité inhérente de contribuer à cet objectif et, au cours des cinq dernières années, l’évolution des marchés ESG a été particulièrement remarquable à cet égard. Le montant des émissions de dette ESG de l’UE est passé de 61 milliards d’euros en 2017 à 360 milliards d’euros en 2021. Les émissions d’obligations vertes de l’UE ont continué à progresser en 2022, bien qu’à un rythme plus lent cette année, avec des volumes en hausse de 8 % en glissement annuel au premier semestre 2022.

L’UE continue de consolider son leadership mondial en matière de finance durable. L’UE et les autorités nationales ont encouragé cette transition via des stratégies fortes de lutte contre le changement climatique et d’objectifs ambitieux de décarbonisation. Le développement du cadre réglementaire dans ce domaine (en particulier la taxonomie de l’UE au service d’activités durables, le cadre d’informations ESG et une norme européenne sur les obligations vertes) devrait contribuer davantage à la transition en matière de durabilité et au rang de l’UE dans le monde. La Commission européenne a lancé un programme d’émissions obligataires sans précédent, sous la forme d’obligations sociales, vertes et conventionnelles, qui totalisent plus de 200 milliards d’euros de produits à partir de 2022 (et devraient à terme dépasser 750 milliards d’euros.

Dans le domaine de la finance digitale, 2021 a été une année d’investissement extraordinaire pour les fintechs. L’année 2022, en revanche, a vu une baisse de l’activité d’investissement au niveau mondial. L’AFME a constaté que l’investissement a diminué dans toutes les régions majeures, passant d’environ 90 milliards de dollars en 2021 à 80 milliards de dollars en 2022.

Néanmoins, l’UE a progressé sur la voie d’une plus grande digitalisation, car les États membres ont amélioré leur cadre réglementaire local avec de nouveaux terrains d’expérimentation et des pôles d’innovation. Le nombre de licornes de la fintech est passé de 13 à 18, ce qui suggère une amélioration globale de l’environnement pour la technologie financière.

Ces tendances digitales ont toutefois engendré des difficultés pour les autorités de surveillance et les instances de réglementation, car les activités financières non régulées (certaines via des protocoles de finance décentralisée, ou DeFi) ont connu une croissance exponentielle au cours des dernières années.

Un long chemin reste à parcourir

Alors que le cycle législatif actuel de l’UE entre dans sa dernière année, il est plus que jamais essentiel que l’UE prenne de nouvelles mesures pour mettre en place un système financier solide et diversifié, capable de mobiliser efficacement les vastes réserves d’épargne en Europe, de soutenir les entreprises de toutes tailles, de promouvoir l’innovation et d’attirer des acteurs mondiaux de premier plan.

La détérioration des perspectives économiques cette année a également mis en évidence les arguments convaincants en faveur des progrès de l’UMC, renforcés par les défis croisés des mobilisations de capitaux exigées par les transitions vertes et numériques.

Au cours des cinq dernières années, il est évident que les marchés de capitaux ont bien résisté, mais les décideurs politiques doivent maintenir l’élan de l’UMC. Sans cela, la position de l’Europe parmi les principaux marchés de capitaux mondiaux risque de perdre de plus en plus de terrain.

Enfin, le succès dépend de la qualité de la réglementation et de ses effets sur la réalisation des objectifs de l’UMC, et non sur le nombre de législations adoptées. Les initiatives en cours de discussion dans le cadre du deuxième plan d’action de l’UMC et les propositions à venir de la Commission ont le potentiel de permettre des progrès importants. Les autorités de l’UE devraient mettre en place des politiques axées sur les besoins des investisseurs et des entreprises, créant les conditions propices au renforcement des capacités des marchés de gros de l’UE et susceptibles d’être à la pointe de l’innovation sur les marchés financiers mondiaux.

Un long chemin reste à parcourir avant l’aboutissement de l’UMC.

Évolution de la compétitivité de l’UE par composante

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À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº875-876