Distribution

Produits structurés : vers une meilleure visibilité et pédagogie

Créé le

20.02.2026

-

Mis à jour le

25.02.2026

Face à l’essor des produits structurés dans l’offre à destination des investisseurs particuliers, un groupe de travail de commissions consultatives vient de formuler une série de bonnes pratiques pour en améliorer la lisibilité et la transparence.

L’AMF a publié en janvier une étude visant à améliorer la lisibilité et la compréhension des produits structurés distribués auprès des particuliers français1.

L’élaboration de cette étude a été réalisée avec une approche innovante puisque ces travaux ont été menés par les membres de trois commissions consultatives (épargnants, gestion et marchés) et les réunions animées par les présidentes de ces commissions.

Premier constat de cette étude : l’adhésion aux produits structurés est grande. L’épargnant français les apprécie, car ils lui apportent une garantie en capital et un rendement supérieur à celui du fonds en euro. Tant que ces conditions resteront réunies, l’appétit pour ces produits devrait perdurer.

La collecte annuelle a presque triplé en quatre ans, passant de 23 milliards en 2021 à environ 60 milliards en 2024 (source SRP). Ces produits, principalement des titres de créance (ou Euro Medium Term Notes, EMTN), sont majoritairement distribués en unités de compte (UC) dans des contrats d’assurance vie (à 79 %)2 avec l’appui d’un conseiller en investissement financier (CIF), d’un conseiller bancaire, d’une plateforme ou encore d’une société de gestion.

Quand un conseiller propose à son client un tel produit, il va lui parler d’indice sous-jacent, d’autocall, de barrière de protection, de scénarios, de simulations historiques, de décrément...

$!Produits structurés : vers une meilleure visibilité et pédagogie

Est-ce que le client comprend ces notions et leur impact sur le produit proposé sur la base des documents qui lui sont transmis ?

Une complexité croissante

L’ESMA rappelle que, pour des produits complexes, innovants ou à profil de rendement compliqué, le marché cible doit être défini avec davantage de précision, en tenant compte de la structure de coûts, du profil risque/rendement, de la liquidité et de la complexité.

La cartographie des produits structurés du pôle commun de l’AMF et de l’ACPR indique qu’environ 54 % des produits structurés sont destinés au grand public c’est-à-dire à des clients sans connaissance particulière et à faible tolérance au risque. D’où l’importance de leur communiquer des documents compréhensibles et rédigés dans un français courant.

Pour l’émission d’un EMTN, son producteur (une banque) rédige un prospectus, un Document d’information clé (DIC), soit deux documents réglementaires et un document commercial qui respecte les informations demandées par l’AMF dans sa position 2020-053.

L’étude AMF montre que la plupart des brochures commerciales contiennent tous les éléments nécessaires, évitant ainsi à l’émetteur de se trouver en risque réglementaire, mais de façon souvent longue (7 à 16 pages) et dispersée, avec un langage technique créant de l’incompréhension. En outre, le DIC, document d’information précontractuelle défini dans la réglementation européenne PRIIPS (ou PRIIPs pour Packaged Retail and Insurance-based Investment Products), doit être porté à la connaissance de l’investisseur car il comprend des informations de comparabilité et de lisibilité des produits dont les frais. Or celui-ci est difficilement accessible. Aussi pour la meilleure lisibilité et compréhension par l’épargnant du produit structuré qui lui est conseillé, plusieurs pistes sont envisagées sous forme de questions. Pour chaque question, des exemples de formulations, issus de documents existants, sont fournis, que les émetteurs peuvent reprendre ou adapter. Il est préconisé que le glossaire soit élaboré par les associations professionnelles de la place.

Une meilleure transparence sur les frais

La question de la durée d’investissement est importante et en lien avec les frais. Les brochures et le DIC informent que les frais sont, par exemple de 0,65 %/an sur la durée de l’investissement, soit pour un produit de 10 ans de durée de vie, un montant de 6,5 % payé par le client au moment de l’investissement. Mais si le produit est un autocall avec une possibilité de sortie anticipée automatique et que la condition de sortie (l’action ou l’indice a franchi la barrière haute de cours) est remplie au bout de la deuxième année, le remboursement sera effectué au bout de deux ans ; le client aura alors récupéré son argent avec le rendement promis, net de frais. Il aura donc payé 6,5 % de frais pour deux années d’investissement. D’où l’importance de la transparence sur le mécanisme des frais appliqués.

Le décrément : un point d’attention stratégique

Au cours des dernières années, un type de mécanisme de produit structuré s’est fortement développé, le décrément. Ce dernier permet de détacher le dividende sans que celui-ci ne soit réinvesti dans le calcul de l’indice de référence. L’étude en détaille le fonctionnement et préconise aux émetteurs d’être particulièrement pédagogiques. Il serait utile d’insérer un encadré spécifique décrivant son mécanisme, ses paramètres chiffrés, la comparaison avec les dividendes effectivement observés et l’impact différencié selon le contexte de marché (haussier vs baissier).

Un indice ou une action à décrément, à partir d’un indice ou d’une action dividendes réinvestis, retranche ainsi un montant forfaitaire (en pourcentage ou en points) de dividende. Par exemple, pour un indice dont le dividende net moyen des composantes s’établit à 2,91 % sur 8 ans, le décrément appliqué est de 4,75 % par an, ce qui diminue mécaniquement la trajectoire de l’indice par rapport à son équivalent sans décrément.

En 2023, 73 % des encours et 88 % des émissions d’indices à décrément reposaient sur un décrément en points, dont l’impact relatif augmente lorsque le niveau d’indice baisse ; ainsi, un décrément de 50 points représente 5 % pour un indice à 1 000 points, mais 6,25 % si l’indice baisse à 800 points.

Enfin, l’étude rappelle l’importance de la formation des conseillers et invite les associations professionnelles de CIF à mettre en place des formations spécifiques obligatoires pour leurs nouveaux collaborateurs et régulièrement renouvelées (tous les deux à trois ans) pour les autres. Elle invite également le Haut Comité de Certification de Place (HCCP) à intégrer davantage de questions dédiées aux EMTN structurés dans la certification AMF.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº914
Les préconisations de l’étude de l’AMF
• Rendre facilement accessible le Document d’information clé (DIC) par un lien ouvrant directement sur le produit en question et bien mis en évidence.
• Créer, au début du document commercial, un encadré avec des questions simples que l’investisseur doit poser et leurs réponses en langage clair :
– Où trouver l’information réglementaire de ce produit ?
– Quelle est la durée de mon placement ?
– Suis-je certain de récupérer mon investissement lors du remboursement final ?
– Combien mon épargne sera rémunérée lors du remboursement du produit ?
– Que se passe-t-il si « l’établissement » n’est pas en mesure de rembourser ?
– Quels sont les facteurs de performance de l’indice sous-jacent ?
– Quels sont les frais ?
– Est-ce que le produit qui m’est proposé correspond à mon profil d’investisseur ?
• Créer un glossaire donnant la définition en français courant des termes techniques, rajouté en fin de brochure.
Notes :
1 « Étude du groupe de travail des commissions consultatives sur les bonnes pratiques pour améliorer la lisibilité et la compréhension des produits structurés, distribués aux particuliers en France », janvier 2026.
2 « Cartographie des produits structurés », rapport final, mars 2024.
3 « Accès des analystes financiers, désignés au sein des établissements membres du syndicat, aux informations en amont de la publication du prospectus », instruction AMF DOC-2020-05.