Serait-ce le signe avant-coureur d’une nouvelle crise financière d’envergure ? Lloyd Blankfein, l’ancien patron de Goldman Sachs, a jeté un pavé dans la mare en avertissant que les marchés sont sur le point de connaître un ajustement sévère et que le crédit privé pourrait en être le catalyseur, comme les subprime en 2008.
Avec 1,34 billion de dollars aux États-Unis et près de 2 000 milliards de dollars à l'échelle mondiale en 2024 d’après la Réserve Fédérale américaine (Fed), le crédit privé a vu ses actifs multipliés par cinq depuis 2009. Un boom lié au retrait des banques du secteur des prêts après 2008. Mais alimenté aussi par l’expansion rapide des investisseurs particuliers attirés par de hauts rendements et l’essor des sociétés de développement commercial (BDC), qui gèrent 450 milliards de dollars d’actifs et dont 40% sont cotées.
Risque de bank run
Sous surveillance depuis la faillite de First Brands, fournisseur automobile, et du prêteur subprime Tricolor l’automne dernier, le secteur traverse une zone de turbulences. Les craintes de défauts de paiement systémiques sont, en effet, montées d’un cran après l’annonce par Blue Owl Capital, un acteur majeur spécialisé dans les prêts au secteur des logiciels, de l’arrêt des retraits de l'un de ses fonds et de la vente d’une partie de ses actifs à un investisseur institutionnel.
En cause, l’exposition forte des BDC au secteur des logiciels mis à mal par l’IA et la crainte d’une dévalorisation de leurs portefeuilles.
Une défiance qui touche aussi le géant Blackstone, confronté à une demande de retrait de 7,9 % des actifs du fonds BCRED, soit 3,8 milliards de dollars. Mais pour David Robinson, professeur de finance à l’université Duke (Caroline du Nord), plus qu’une défaillance fondamentale, on assiste plutôt à une dynamique de bank run.
Un secteur bien capitalisé
Selon le professeur, ces inquiétudes « pourraient être exagérées » et il n’y a pas de risque contagion, car « les BDC disposent d'un panier de titres bien plus sophistiqué que les banques ».
Force est de constater que les ventes de Blue Owl ont été réalisées à 99,7 % de la valeur nominale et pèsent 1,46 % de ses actifs totaux. Quant au risque de liquidité, les fonds privés sont généralement fermés, limitant les risques de fund run. Evan Gunter, analyste de S&P Global Ratings, explique que « pour une BDC ou un fonds qui doit faire face à des rachats d'investisseurs, il est essentiel de gérer la liquidité en tenant compte des attentes des investisseurs. Le gating (utilisé pour limiter, suspendre ou retarder les rachats en cas de forte demande de retrait ou de tension sur les marchés, ndlr) est un outil important dans la boîte à outils du gestionnaire de fonds pour gérer la liquidité sans avoir à recourir à des ventes forcées. »