Les Exchange-Traded Funds (ETF) ont connu une année record en termes de collecte en 2024. Cette tendance est à rapprocher de la croissance continue des parts de marché de la gestion passive. La très grande majorité des ETF révèle en effet de cette catégorie. Globalement, les flux nets entrants sur les ETF en Europe ont atteint 247 milliards d’euros en 2024.
Flux nets entrants, ETF domiciliés en Europe
Le précédent record de 2021 a été littéralement pulvérisé : il s’établissait à 159 milliards. À noter, sur la seule année 2024, les flux ont progressé de 75 %. À l’exception notable des thématiques (voir encadré), tous les grands segments se sont bien comportés. Avec toutefois des écarts...
Trump fait la recette des actions
Le grand gagnant, ce sont les produits centrés sur les actions américaines. Au cours de l’année, les investisseurs européens se sont largement repositionnés sur les marchés d’Outre-Atlantique, dans un contexte où l’indice S&P 500 a généré une performance de près de 33 % en euros. L’élection de Donald Trump a été bien accueillie par la Bourse. L’agenda protectionniste de la nouvelle administration américaine devrait, toutes choses égales par ailleurs, profiter aux entreprises locales et booster les valorisations. Trimestre après trimestre, les ETF actions ont dominé les autres segments, avec une accélération en fin d’année.
Une dynamique en accélération, trimestre par trimestre
ETF actifs : une augmentation qui se confirme
En 2024, plus de 70 % des souscriptions nettes dans des ETF actions se sont dirigées ainsi vers des produits d’actions américaines de grandes capitalisations ou des fonds d’actions internationales de grandes capitalisations. Des produits qui incluent une grande part d’actions américaines, tant est grand le poids des États-Unis dans les indices mondiaux.
Ce succès s’explique. Les ETF passifs sont un outil idéal pour faire de telles réallocations tactiques. Déjà, ils sont bon marché, car un ETF répliquant le S&P 500 facture en général une petite poignée de points de base de frais de gestion annuels. De surcroît, ils sont faciles d’accès et peuvent être achetés ou vendus à tout moment de la journée. Par ailleurs, sur ce segment de marché particulièrement liquide et efficient, les gérants actifs ont énormément de mal à générer de la valeur sur le long terme, la très grande majorité d’entre eux sous-performent l’ETF sur une base nette de frais.
Les ETF obligataires font désormais du buy and hold !
Si la gestion passive a longtemps été l’apanage de l’univers actions, elle progresse de plus en plus sur l’obligataire. En particulier, sur ses segments les plus liquides, comme la dette souveraine des pays de la zone euro, les obligations d’entreprise de très bonne qualité... L’année 2024 aura été marquée par le début d’un cycle de baisse de taux au niveau mondial. Cela incite les investisseurs à se repositionner sur les produits à plus longue maturité. Si en début d’année, les produits monétaires et à très faible duration avaient encore la cote, les ETF obligataires plus traditionnels ont recommencé à collecter à partir du 3e trimestre. Le résultat final paraît en demi-teinte : les 47 milliards d’euros de souscriptions nettes en ETF obligataires sur l’année sont certes inférieurs aux 53 milliards enregistrés en 2023. Mais la tendance pourrait s’accélérer au fur et à mesure que les baisses de taux se concrétisent. À noter, les ETF ont pénétré récemment la catégorie des fonds à maturité fixe : ces produits de type buy and hold, où les titres sont détenus jusqu’à leur échéance, ont été particulièrement prisés par les investisseurs ces dernières années, grâce à des rendements intéressants.
L’ETF n’est plus forcément indiciel...
Mais l’innovation la plus récente du marché, ce sont les ETF actifs. Contrairement à leurs aînés, ils ne cherchent pas à répliquer un indice, mais allouent leurs actifs en fonction des opportunités identifiées par les équipes de gestion. Ce marché a connu une certaine ébullition, avec 183 ETF actifs dénombrés à fin septembre 2024. Leurs encours nets ont presque doublé, pour atteindre 54 milliards d’euros à fin 2024, contre seulement 30 milliards fin 2023. Leur part de marché reste toutefois très limitée face à la gestion passive, avec 2,5 % des encours totaux sur le marché européen.
En pratique, une bonne partie des ETF actifs disponibles en Europe ne sont que « timidement actifs » : il ne s’agit pas, comme on pourrait le penser, de stratégies de forte conviction, avec des portefeuilles concentrés et une gestion discrétionnaire. La plupart emploient plutôt une gestion systématique et/ou quantitative, en utilisant par exemple de l’analyse multifactorielle. Leurs portefeuilles sont plus diversifiés que ceux de fonds actifs traditionnels, mais leurs frais sont également meilleur marché que ceux de la gestion active traditionnelle, signe que les investisseurs continuent à associer les ETF aux faibles coûts. Reste à voir si ces produits parviendront à trouver leur public cible, car ils occupent une place difficile à définir, à mi-chemin entre de la gestion active de conviction et gestion passive.
...mais Ishares reste toujours leader
Côté acteurs, iShares, la branche de BlackRock dédiée à la gestion passive, reste de loin le principal fournisseur du marché européen des ETF (voir graphique). Ses produits ont engrangé 84 milliards d’euros de souscriptions nettes en 2024, et sa part de marché s’établit à 42 % sur les encours. Un chiffre très important, mais malgré tout en légère baisse par rapport aux 44 % à fin 2023. La compétition pour la seconde place, elle, s’intensifie. En encours, Amundi (12,4 % de part de marché) domine encore Xtrackers (10,9 %), mais sur la seule année 2024, la société de gestion hexagonale a été dominée par son concurrent en termes de collecte.
Le trio de tête : IShares, Xtrackers et Amundi
À noter, certains plus petits concurrents, comme Legal & General, Natixis/Ossiam et WisdomTree, ont enregistré des sorties nettes. Preuve que l’inexorable progression ne s’applique pas à tous. En revanche, le succès sur le marché des ETF continue à reposer sur des économies d’échelle. D’où la volonté de la plupart des sociétés de gestion d’augmenter leurs volumes pour réduire les coûts opérationnels.