Collecte d’épargne des ménages, un marché affaibli en 2025

Créé le

24.12.2024

-

Mis à jour le

03.01.2025

La faiblesse du marché du crédit immobilier pèse sur les marchés de l’épargne. Moins d’arbitrage sur les dépôts à vue, moins d’investissement en unités de compte... Décryptage des grandes tendances de l’année à venir, dans un contexte marqué par l’absence de loi de finances.

Malgré une progression du revenu disponible des ménages et une consommation atone, la collecte d’épargne est affaiblie en 2024. Pourtant, le taux d’épargne est historiquement élevé, à 18,2 % au troisième 2024, contre norme de long terme de 14,5 %. Contre-intuitif, certes ! Explication : au sens des comptables nationaux, promoteurs du taux d’épargne, l’épargne est la part du revenu disponible non consommée. Elle peut servir à investir dans l’immobilier neuf, ou à faire des dépenses en rénovation, elle peut donner lieu à des placements financiers ou à rembourser le capital des crédits déjà contractés. Mais le secteur ménages a une autre ressource clé en sus de ses revenus : le crédit !

En pratique, l’effondrement du crédit habitat, en limitant les ventes dans l’ancien, a asséché le mouvement de transferts de patrimoines immobiliers des vendeurs vers leur patrimoine financier. Pire, avec la hausse des apports dans les opérations immobilières, les ménages acheteurs ont mobilisé du patrimoine financier pour accroître leur patrimoine immobilier. Au final, les flux placements financiers des ménages, somme de la collecte nette et des intérêts capitalisés sur tous les produits d’épargne, sont déprimés depuis deux ans malgré un taux d’épargne élevé. Les crédits ne font plus les dépôts !

Léger rebond envisageable en 2025

Pour 2025, la confiance des ménages, déjà fragile, semble être impactée par l’anticipation d’une dégradation de l’emploi et par la perspective d’une austérité budgétaire des administrations publiques. Leur pouvoir d’achat devrait être contraint en 2025, malgré la désinflation à l’œuvre. De plus, il est probable que les taux d’intérêt à dix ans sur la dette publique hexagonale restent élevés malgré une Banque Centrale européenne (BCE) plus accommodante, compte tenu de la prime de risque de la France depuis l’été à cause des finances publiques dégradées et surtout de l’instabilité politique. Les taux du crédit habitat devraient probablement cesser de refluer, limitant de fait la reprise du crédit habitat, bien que la contrainte du taux d’usure ne joue plus. Le taux d’épargne baisserait légèrement (17,2 % en moyenne annuelle), et en l’absence d’un crédit plus dynamique, le marché des nouveaux placements financiers des ménages n’afficherait qu’un timide rebond depuis ses niveaux déprimés de 2024 (voir tableau). Cette analyse est effectuée, sans projet de loi de finances 2025, même si on connaît la sensibilité des arbitrages des épargnants aux incitations fiscales diverses !

Stabilité du fonds en euros et baisse des taux courts

En revanche, sur l’autre déterminant clé des arbitrages des épargnants entre produits, à savoir les rendements servis, on peut réaliser des prévisions. La BCE devrait poursuivre ses baisses de taux en 2025, pour amener le taux de refinancement de 3,4 % actuellement à 2,25 % fin 2025. Véritable taux directeur des marchés de l’épargne des ménages hexagonaux, le taux du Livret A baisserait lui aussi deux fois en 2025 : une première fois en début d’année de 3 % à 2,4 %, puis une seconde à l’été pour atteindre 1,8 %. Autre placement sans risque plébiscité par les ménages, revenu en tête de gondole depuis deux ans, les fonds en euros de l’assurance vie verraient leur rendement 2024 se stabiliser à 2,6 %, après son bond de 1,3 % en 2021 à 2,6 % en 2023.

Épargne de bilan : des taux moindres, mais des flux entrants

La baisse des rendements de court terme va naturellement freiner l’attrait des produits de bilan. Mais cet effet sera contrarié par de forts comportements de précaution liés à la remontée du chômage. Or, les produits de bilan, et notamment l’épargne réglementée, sont les réceptacles favoris de cette épargne de précaution. Deuxième fait majeur : les arbitrages défavorables sur les énormes montants disponibles sur les comptes courants (dépôts à vue, estimés à 512 milliards d’euros fin 2024) vont confirmer leur accalmie avec un coût d’opportunité de détention désormais en baisse, après une année 2023 d’arbitrages massifs en leur défaveur. Après avoir explosé pendant la décennie de taux d’intérêt anémiés et la crise Covid, ces masses ont déjà reflué. En pourcentage du revenu disponible, les dépôts à vue ont bondi de 20 % en 2012 à 37,2 % en 2021 ! Ils s’établiraient à 27 % du revenu disponible en 2025.

Assurance vie : retour du fonds en euros en collecte positive

En 2024, malgré des prestations toujours élevées, plombées par la hausse des apports en immobiliers, l’assurance vie a clairement repris du terrain. Cette reprise est due à une politique agressive des assureurs visant à relancer le segment des fonds en euros, avec une hausse nette du taux servi et des campagnes promotionnelles agressives, surtout au premier semestre. Avec la baisse des rendements de court terme, la reprise de l’assurance vie se confirmerait malgré le coup de frein probable des unités de compte. Le segment des fonds immobiliers est toujours en souffrance et le CAC 40 en baisse assez nette en 2024, sans que l’on n’entrevoie de catalyseur de rebond en 2025. Surtout avec les menaces douanières de la nouvelle administration américaine ! De 40,2 % en 2023, à 37,2 % en 2024, le poids des unités de compte baisserait à 34,6 % en 2025. Il resterait toutefois porté par le développement du plan d’épargne retraite assurantiel.

Côté fonds en euros, les assureurs n’ont pas intérêt à ce que les taux souverains hexagonaux s’envolent au risque d’accumuler les moins-values latentes. Car ils ont beaucoup d’obligations en portefeuille. Par ailleurs, une petite musique monte sur l’éventualité d’un grand emprunt national placé directement auprès des particuliers. Une ancienne tradition quand les taux d’emprunt publics se tendent ! Ce serait indéniablement une menace pour les assureurs. Toutefois, nous pensons que les versements sur les fonds en euros ne vont pas subir de contraintes en 2025. Au final, après une faible collecte nette en 2023 de 1,3 milliard, l’assurance vie confirmerait son rebond de 2024 (29 milliards) pour atteindre 36,7 milliards en 2025. Après des années de collectes nettes négatives, il y aura même une bascule en territoire positif pour les fonds en euros !

Marchés : prudence sur les chiffres du non-coté

Dernière grande masse d’épargne : les valeurs mobilières. Les comptes titres, plans d’épargne en actions, plan d’épargne salariale. Hors unités de comptes de l’assurance vie. Ce segment verrait une inflexion des fonds monétaires, rendus moins attractifs par la baisse des taux courts et un attrait à peine écorné des obligations en direct. Ils collecteraient encore 3,7 milliards en 2025. Le boom des ETF (Exchange Traded Fund) se poursuivrait. Les flux vers les investissements dans le non-coté resteraient très élevés et proches de 20 milliards. Ce total représente bien plus que le marché du private equity : il englobe les parts de sociétés non cotées de toute nature détenues par les ménages.

Enfin, les flux d’épargne salariale, y compris les plans d’épargne retraite non assurantiels, ralentiraient en tandem avec la pression baissière sur les résultats des entreprises et des rachats toujours importants de la part des épargnants en raison des apports immobiliers et d’un pouvoir d’achat contraint.

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À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº899-900